Trois Françaises en finale de la perche à l’Euro : une première depuis 1998

12/08/2026 à 14h32  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Marie-Julie Bonnin, Margot Chevrier et Bérénice Petit disputeront ensemble la finale du saut à la perche à Birmingham. La France n'y était jamais parvenue depuis l'entrée de l'épreuve au programme européen, en 1998, et ce n'est pas un hasard de calendrier.

Le saut à la perche féminin est entré au programme des championnats d’Europe en 1998, presque un siècle après son équivalent masculin. En vingt-huit ans, la France y a souvent envoyé des représentantes, parfois trois d’un coup, mais jamais elle n’en avait vu trois franchir le cap des qualifications. Mardi 11 août, à l’Alexander Stadium de Birmingham, Marie-Julie Bonnin, Margot Chevrier et Bérénice Petit ont toutes les trois validé leur billet pour la finale.

Le chiffre paraît modeste. Il raconte pourtant une bascule que les statistiques de la Fédération française d’athlétisme mettaient jusqu’ici en évidence par leur silence. Trois qualifiées sur trois engagées, dans un concours où seize athlètes seulement accèdent à la finale continentale, signifie que la France dispose désormais de trois perchistes de niveau européen au même moment. Qu’est-ce qui a permis à une discipline longtemps portée par une seule athlète d’en aligner trois ?

Un chiffre qui n’était jamais tombé depuis 1998

Envoyer trois athlètes à un championnat d’Europe suppose déjà que trois d’entre elles aient réalisé les minima de sélection dans la saison. La France l’avait fait à quatre reprises avant cette édition, dont les deux précédentes de suite. À chaque fois, une ou deux perchistes s’arrêtaient au deuxième tour, victimes d’une barre d’entrée mal négociée ou d’un jour sans.

Les qualifications de la perche fonctionnent selon une logique impitoyable : une hauteur automatique est fixée, et toute athlète qui la franchit est qualifiée. Les places restantes reviennent aux meilleures marques, départagées au nombre d’essais. Une seule barre ratée à un mauvais moment suffit à éliminer une favorite, ce qui rend le triplé français d’autant plus notable.

Le concours du 11 août n’a pas dérogé à ce format. Les trois Bleues ont franchi leurs barres sans trembler, là où plusieurs nations mieux armées ont perdu des représentantes en route.

Comment les trois Bleues ont passé le cut

Le déroulé des qualifications éclaire la manière dont chacune a géré son entrée en concours :

  • Marie-Julie Bonnin a franchi 4,40 m puis 4,50 m sans échec, en économisant visiblement ses essais pour la finale ;
  • Margot Chevrier et Bérénice Petit ont dompté 4,25 m puis 4,40 m dès leur première tentative, la barre suffisante pour valider le passage ;
  • l’une d’elles a tenu à aller chercher 4,50 m malgré la qualification acquise, et l’a franchie au troisième essai.

Ce dernier détail n’a rien d’anecdotique. Prendre des essais supplémentaires quand on est déjà qualifiée coûte de l’énergie, mais cela permet de repartir avec une sensation de barre passée plutôt qu’avec un concours interrompu en cours de route. Les entraîneurs de perche appellent cela remplir sa réserve de confiance, et c’est une donnée aussi concrète que la hauteur elle-même.

Les trois Françaises se retrouvent en finale avec des trajectoires différentes, mais la même absence de doute sur leur capacité à sauter dans ce stade.

Marie-Julie Bonnin, la locomotive à 4,76 mètres

À 24 ans, la perchiste du Stade Bordelais est la référence nationale de la discipline. Championne du monde en salle en 2025 à Nankin, elle est devenue le 22 février 2026, lors de l’All Star Perche de Clermont-Ferrand, la seule détentrice du record de France avec 4,76 m, une marque qu’elle partageait jusque-là avec Ninon Chapelle. Elle a franchi cette barre à son ultime tentative, malgré un dos qui avait nécessité une surveillance particulière les jours précédents.

C’est un énorme pas, qui va me donner beaucoup de confiance pour la saison en plein air. C’est historique mais je ne m’en rends pas du tout compte

Marie-Julie Bonnin, entretien accordé à la Fédération française d’athlétisme le 23 mars 2025, au lendemain de son titre de championne du monde en salle à Nankin

Son été 2026 a confirmé cette trajectoire, avec un saut mesuré à 4,72 m quelques jours avant de rejoindre Birmingham. Le niveau qu’elle affiche la place parmi les prétendantes au podium, dans un concours européen que la Suissesse Angelica Moser et la Britannique Molly Caudery dominent depuis deux saisons.

Margot Chevrier, deux ans pour revenir

La deuxième histoire de ce trio est d’un autre ordre. Margot Chevrier avait quitté les pistes internationales sur une grave blessure à la cheville, contractée aux Jeux de Paris. Deux ans et quelques mois plus tard, elle retrouve un maillot tricolore et une finale continentale.

Le retour d’une perchiste après une fracture de cheville est particulièrement long, parce que la discipline concentre à l’impulsion des contraintes que peu de gestes sportifs égalent. Le pied encaisse plusieurs fois le poids du corps en une fraction de seconde, avec une perche qui restitue son énergie dans l’axe. Reprendre suppose de reconstruire non seulement l’articulation, mais la confiance à courir vite vers un butoir.

Sa présence en finale ne se lit pas seulement dans le tableau des résultats : le retour d’une athlète que la sélection attendait depuis deux ans était l’une des rares bonnes nouvelles d’une équipe de France arrivée diminuée à Birmingham.

Une discipline qui a changé d’échelle en France

La perche tricolore ne se limite plus à ses figures masculines. Chez les jeunes, le titre mondial U20 décroché à Eugene par un perchiste de 18 ans a rappelé la semaine dernière que la filière produit du niveau à tous les étages. Chez les seniors, le record du monde détenu par le Suédois qui repousse chaque année les limites de la discipline a paradoxalement servi la popularité de l’épreuve partout en Europe.

La densité française tient surtout à un réseau de sites d’entraînement spécialisés et à des concours dédiés, dont l’All Star Perche de Clermont-Ferrand, qui offrent aux athlètes des occasions de sauter haut plusieurs fois par saison. Un perchiste progresse par répétition d’opportunités, pas seulement par volume d’entraînement, et la France a construit ce calendrier.

Ce que trois finalistes changent pour la suite

Aligner trois athlètes en finale modifie la façon dont une équipe aborde un championnat. Le risque se répartit, une contre-performance individuelle ne condamne plus la discipline, et les jeunes perchistes qui regardent la finale y voient trois chemins possibles plutôt qu’un modèle unique. La statistique de mardi vaut donc moins pour ce qu’elle célèbre que pour ce qu’elle rend désormais crédible.

La finale se dispute ce mercredi soir, et elle dira si cette densité se transforme en médaille. Le résultat comptera, évidemment. Mais une discipline qui met vingt-huit ans à placer trois représentantes au même endroit vient de franchir une étape que le classement du soir ne pourra pas lui reprendre. Le détail du programme et des résultats est publié par la Fédération française d’athlétisme.

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