Zackaria Dia, 18 ans : le perchiste normand décroche le titre mondial U20 à Eugene

10/08/2026 à 09h24  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Zackaria Dia a franchi 5,80 m dimanche à Eugene et rejoint un club très fermé de perchistes français. Reste à savoir ce qu'un titre mondial junior promet vraiment à un athlète de 18 ans.

Dimanche soir, sur la piste de Hayward Field à Eugene, dans l’Oregon, un adolescent de 18 ans a posé une barre à 5,80 m et s’est installé au sommet de la hiérarchie mondiale juniors. Zackaria Dia, licencié au Pont-Audemer AC, dans l’Eure, est devenu champion du monde U20 de saut à la perche, la catégorie qui rassemble tous les deux ans les meilleurs athlètes de moins de 20 ans de la planète. Il arrivait en favori déclaré, ce qui n’a jamais rendu un concours de perche plus facile.

La discipline occupe une place particulière dans le paysage tricolore. Depuis Jean Galfione et Renaud Lavillenie, la France produit des perchistes en série, au point que le sautoir est devenu l’un des rares terrains où elle rivalise durablement avec les meilleures nations. Le titre de Dia s’inscrit dans cette lignée, mais il vient de plus loin qu’il n’y paraît. Comment un garçon immobilisé au printemps par une fracture de fatigue au dos se retrouve-t-il champion du monde quatorze semaines plus tard ?

Un concours mené avec un sang-froid de vétéran

Dia est entré dans la compétition à 5,35 m, franchis dès la première tentative. Le scénario s’est tendu quand l’Estonien Henri Apri a amélioré son record personnel de 9 cm pour se hisser à 5,75 m, et quand l’Américain Jaxon Jerabek a passé 5,60 m d’entrée. Le Normand a alors choisi l’impasse plutôt que la course au nombre de barres, une tactique risquée qui consiste à laisser filer une hauteur pour économiser des essais.

La suite a tenu du récital. Le perchiste de Pont-Audemer a validé 5,65 m, 5,70 m, 5,75 m puis 5,80 m, chacune de ces quatre hauteurs à sa première tentative. Apri n’a pas eu de réponse à opposer, et le concours s’est refermé sans que le titre soit un instant réellement menacé.

Restait la gourmandise. Dia s’est attaqué à 5,85 m, soit trois centimètres au-dessus de son propre record de France U20, sans y parvenir. Le record des championnats du monde juniors, fixé à 5,82 m par Armand Duplantis, lui échappe donc de deux centimètres. Ce détail dit assez bien à quel niveau se joue désormais sa saison.

Le quatrième Français sur le toit du monde juniors

En s’imposant à Eugene, Zackaria Dia rejoint un club très restreint. Quatre perchistes français seulement ont été sacrés champions du monde U20 depuis la création de la compétition, et la liste raconte à elle seule trente-six ans d’école tricolore :

  • Jean Galfione, sacré en 1990, futur champion olympique à Atlanta ;
  • Axel Chapelle, titré en 2014, déjà sur le sautoir de Hayward Field ;
  • Anthony Ammirati, vainqueur en 2022, détenteur du record de France U20 jusqu’au mois de juin dernier ;
  • Zackaria Dia, 18 ans, champion du monde 2026 avec 5,80 m.

La coïncidence géographique amuse : Chapelle et Dia ont conquis leur titre sur la même piste de l’Oregon, à douze ans d’intervalle. Hayward Field est devenu une adresse familière pour l’athlétisme français, entre Mondiaux seniors et rendez-vous de jeunes.

Ce palmarès a une valeur d’indicateur. Sur les quatre sacrés, trois ont ensuite atteint le très haut niveau international, ce qui n’a rien d’automatique dans une discipline où beaucoup de talents précoces s’arrêtent avant les seniors.

De Pont-Audemer à Hayward Field, une trajectoire accélérée

Le parcours de Zackaria Dia n’a pourtant rien d’une ligne droite. Il pratique l’athlétisme depuis l’âge de six ans, au Pont-Audemer AC, et il a longtemps touché à tout, javelot et haies compris. La perche ne lui plaisait même pas particulièrement au départ, comme il l’a raconté à la Fédération française d’athlétisme, avant que les triathlons benjamins ne lui montrent où il marquait le plus de points.

Sa progression chiffrée donne le vertige. Crédité de 5,40 m la saison passée, il est passé à 5,70 m au cours de l’hiver, puis à 5,82 m le 13 juin dernier à Oullins. Ce saut lui a offert le record de France U20, un centimètre devant Anthony Ammirati, et la deuxième performance mondiale de tous les temps dans la catégorie, derrière celles d’Armand Duplantis. Son entraîneur, Philippe Labbé, le suit depuis ses 12 ans et le voit quasiment tous les jours.

Si lui a réussi à atteindre ces hauteurs-là, pourquoi moi je n’y arriverais pas un jour ? Je ne sais pas quand, mais je ne me mets pas de limites.

Zackaria Dia, à propos d’Armand Duplantis, entretien accordé à la Fédération française d’athlétisme, 16 juin 2026

L’été s’est déroulé exactement comme il l’avait annoncé. Titre national U20 en juillet, puis Mondiaux juniors présentés comme l’objectif majeur de la saison. Il avait aussi prévenu qu’il ne postulerait pas pour l’Euro de Birmingham, jugeant la saison déjà longue, une lucidité assez rare à cet âge.

Ce qu’une fracture de fatigue lui a appris

Le printemps 2026 aurait pu tout compromettre. Bloqué par des douleurs dorsales au retour d’un stage en Italie, Dia a dû renoncer à la perche pendant un mois et demi et se contenter de course et de renforcement musculaire. La rééducation s’est transformée en laboratoire : privé de sautoir, il a accumulé haltérophilie et gainage, et il a gagné en vitesse d’élan sans toucher une perche.

Cette leçon vaut bien au-delà du très haut niveau. Le travail de force et la qualité du sommeil pèsent lourd dans la performance, et Dia a lui-même reconnu avoir troqué ses nuits de quatre heures contre une hygiène de vie plus stricte. La préparation mentale, entamée un an plus tôt, complète un dispositif qu’il mène de front avec un baccalauréat professionnel passé au printemps.

Un bilan tricolore qui ne tient pas qu’à lui

Le sacre de Dia clôt une semaine dense pour les Bleuets. L’équipe de France repart d’Eugene avec six podiums, répartis en deux médailles d’or, deux d’argent et deux de bronze, et douze finalistes classés dans les huit premiers mondiaux. Cela place la France au huitième rang de la table des places, un cran plus haut au tableau des médailles.

Le relais 4×400 m masculin a signé la sortie la plus spectaculaire. Milann Klemenic, Rayan Bouhouche, Lucas Couderc et Dylan Telo ont pris le bronze en 3′04″80, derrière des Américains vainqueurs en 3′01″39. Le record de France U20 tombe après treize ans de résistance, la marque précédente datant des championnats d’Europe juniors de Rieti en 2013.

La première médaille française, elle, était venue du bac à sable. Djelika Diarra a remporté la longueur avec 6,52 m, quatorze centimètres ajoutés à son record personnel, pendant que Soudatou Niang prenait le bronze avec 6,34 m. Sur le tour de piste, Klemenic avait déjà abaissé le record de France U20 du 400 m à 45″83, selon le compte-rendu de la Fédération française d’athlétisme.

Ce que la perche française joue dans les deux ans

Un titre mondial junior ne garantit rien, et Zackaria Dia semble le savoir mieux que quiconque. Les six mètres restent une frontière que très peu franchissent, et le calendrier lui laisse deux saisons complètes avant les Jeux de Los Angeles. La comparaison permanente avec Armand Duplantis, seul junior de l’histoire à avoir sauté plus haut que lui et dont chaque record déplace le plafond mondial, sera son environnement de travail pour longtemps.

Reste le choix qu’il a assumé cet été en écartant l’Euro de Birmingham, où les Bleus alignent 80 athlètes jusqu’au 16 août. Préférer une saison courte à une accumulation de rendez-vous relève d’un arbitrage que beaucoup de jeunes talents ne font pas, et dont la perche française mesurera l’intérêt dans deux ou trois ans. Un dos qui tient jusqu’à 2028 vaudra plus qu’une ligne de palmarès supplémentaire en 2026.

Associé à : , , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée