80 athlètes pour trois titres à défendre : les Bleus ouvrent leur Euro à Birmingham

09/08/2026 à 14h08  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Quatre-vingts athlètes français, dont neuf néophytes, s'alignent à partir de lundi à l'Alexander Stadium de Birmingham. Trois titres continentaux sont à défendre, et la campagne romaine de 2024 et ses seize médailles ont placé la barre haut.

Tous les deux ans, l’athlétisme européen réunit ses meilleurs spécialistes pendant une semaine, sur une piste unique et devant un stade plein. Les championnats d’Europe sont à la discipline ce que l’Euro est au football : le rendez-vous continental de référence, celui qui distribue des titres sans passer par la case mondiale. L’édition 2026 s’ouvre lundi 10 août à l’Alexander Stadium de Birmingham et se referme le dimanche 16, avec plus de 1 600 athlètes venus de 49 nations.

La France y engage quatre-vingts athlètes, trente-cinq femmes et quarante-cinq hommes, avec trois couronnes continentales à défendre et le souvenir encore frais des seize médailles ramenées de Rome en 2024. Après un été marqué par plusieurs records nationaux et quelques forfaits lourds, que peut réellement espérer cette équipe de France sur sept jours de compétition ?

Une délégation large, jeune par endroits, expérimentée ailleurs

La sélection publiée par la Fédération française d’athlétisme dessine un groupe de 80 noms, très au-delà de la première liste dévoilée à la fin du mois de juillet. La moyenne d’âge s’établit à 27,4 ans et chaque athlète compte en moyenne 7,25 sélections en équipe de France A, ce qui situe le groupe dans une zone rare : assez expérimenté pour ne pas subir l’événement, assez renouvelé pour ne pas s’y répéter.

Le renouvellement se lit dans les convocations : neuf athlètes découvriront l’équipe de France A en individuel, parmi lesquels le sprinteur Samuel Vessat sur 400 mètres, la perchiste Bérénice Petit ou le steepler Pierre Boudy. À l’autre extrémité du spectre, Mélina Robert-Michon dispute à 47 ans son neuvième championnat d’Europe, un record absolu pour l’athlétisme tricolore, avec 75 sélections au compteur.

Le tableau comporte aussi ses trous. Kevin Mayer, Sasha Zhoya, Wilhem Belocian et Cyréna Samba-Mayela manquent à l’appel, et Clément Ducos a renoncé au dernier moment sur 400 mètres haies. Une délégation nombreuse ne dit donc rien, à elle seule, du nombre de finales que la France peut viser.

Trois titres continentaux à défendre

Trois athlètes français reviennent à Birmingham avec l’étiquette de tenant du titre, conquise à Rome en 2024. Leur situation diffère pourtant nettement d’un cas à l’autre :

  • Gabriel Tual, sacré sur 800 mètres, aborde l’épreuve avec un chrono de 1′43″66 cette saison, mais trois Français figurent désormais sous les 1′44″ ;
  • Alexis Miellet défend son titre du 3000 mètres steeple dans une épreuve où l’Allemand Frederik Ruppert a porté le record d’Europe à 7′57″80 en mai ;
  • Alice Finot remet en jeu son steeple avec un statut à part, celui de détentrice du record d’Europe en 8′58″67 ;
  • trois autres Français abordent l’Euro en tête des bilans continentaux 2026, Azeddine Habz sur 1500 mètres, Just Kwaou-Mathey sur 110 mètres haies et Yann Chaussinand au marteau.

Chaussinand illustre bien la marge étroite dans laquelle se joue ce genre de rendez-vous. Son record de France du marteau, 82,44 mètres réalisés le 13 juin à Los Angeles, n’a dépassé que de six centimètres la marque de Gilles Dupray, vieille de vingt-six ans.

Sur la piste, le double médaillé mondial du fond français mène l’autre front. Jimmy Gressier s’aligne sur 5000 et 10 000 mètres, deux distances qu’il détient au niveau national, en 12′51″59 et 26′58″67.

Ce que valent vraiment les chances françaises

Le calcul des médailles s’annonce serré dans plusieurs épreuves où la France a progressé sans encore prendre l’ascendant. Sur 800 mètres féminin, la hiérarchie nationale rebattue cet été a mis en avant Anaïs Bourgoin, qui a porté le record national à 1′55″65 au Meeting de Paris en juin, mais la Suissesse Audrey Werro a couru en 1′53″80 cette saison et la Britannique Keely Hodgkinson en 1′54″33.

Quand je prends le départ d’une course, c’est pour gagner donc forcément je donne tout ce que j’ai. Va falloir aller chercher une médaille !

Anaïs Bourgoin, recordwoman de France du 800 mètres, en zone mixte au Meeting de Paris, le 28 juin 2026

Le même écart se retrouve à la longueur féminine, où Hilary Kpatcha est à 7,02 mètres quand l’Italienne Larissa Iapichino en est à 7,12 mètres, ou à la perche masculine, où le Suédois Armand Duplantis évolue plus de trente centimètres au-dessus des meilleurs Français. Ces quelques centimètres et ces quelques dixièmes séparent une finale d’un podium.

Un stade rénové et deux épreuves qui changent de format

L’Alexander Stadium, remis à neuf pour les Jeux du Commonwealth de 2022, accueille les premiers championnats d’Europe d’athlétisme organisés sur le sol anglais. Selon la sélection officielle publiée par la Fédération française d’athlétisme, la délégation tricolore y sera présente sur presque toutes les disciplines, à l’exception notable du relais 4×100 mètres.

Deux épreuves sortent de l’enceinte. Le marathon partira de Victoria Square pour huit boucles de cinq kilomètres tracées en plein centre-ville, avec les femmes à 8 h 30 et les hommes à 9 h 10 le dimanche 16 août. La marche, elle, abandonne pour la première fois le 20 et le 35 kilomètres au profit d’un semi-marathon et d’un marathon marche, disputés sur un circuit urbain d’un kilomètre.

Seize médailles à Rome, la barre qui sert de repère

Pour situer l’objectif, il faut regarder les campagnes précédentes. La France a connu des Euro fastes et d’autres nettement plus pauvres, sans que la taille de la délégation explique grand-chose :

ÉditionMédaillesDont titres
Zurich 2014259
Amsterdam 2016102
Berlin 2018103
Munich 202290

Zurich 2014 reste le sommet historique et un point de comparaison presque décourageant. Munich 2022 marque au contraire le creux, avec neuf médailles et aucun titre, avant le redressement romain de 2024 et ses seize podiums, troisième meilleure campagne continentale française.

La régularité du volume de médailles masque des variations de qualité que seul le nombre de titres révèle. C’est sur ce curseur, plus que sur le total, que se mesurera la semaine anglaise.

Ce que sept jours de piste vont réellement mesurer

Un championnat d’Europe arrive à un moment particulier du cycle olympique, à mi-chemin entre Paris 2024 et Los Angeles 2028. Il sert moins de verdict que de relevé d’étape : il indique quels athlètes tiennent la charge d’une saison longue, lesquels franchissent le cap de la finale internationale, et lesquels transforment un record personnel en médaille, ce qui n’a jamais été la même chose.

Le fait que neuf Français découvrent le maillot A en individuel, alors que trois titres sont à défendre, dit à lui seul la nature de ce rendez-vous. La profondeur d’un athlétisme national ne se lit pas sur une génération dorée mais sur sa capacité à en produire une suivante, et Birmingham en donnera une mesure assez nette d’ici dimanche soir.

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