Rénelle Lamote, septième sacre : la patronne du 800 m français a retrouvé le goût de gagner

01/08/2026 à 11h55  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

En 1′58″70 à Albi, Rénelle Lamote a décroché un septième titre national sur 800 mètres, un record de victoires sur la distance, douze ans après le premier. Derrière elle, quatre Françaises ont fini à moins de deux secondes : le demi-fond tricolore n'avait jamais été aussi dense avant un championnat d'Europe.

Le 800 mètres est la distance la plus cruelle de l’athlétisme : deux tours de piste courus presque à la vitesse d’un sprint, sans le confort d’une allure de fond ni la brièveté d’un 400 mètres. Le 26 juillet, au Stadium municipal d’Albi, Rénelle Lamote y a signé un septième titre de championne de France sur la distance, en 1′58″70, nouveau record des championnats. La sociétaire du Montpellier Athletic Méditerranée Métropole devient ainsi la coureuse la plus titrée de l’histoire du double tour de piste français.

Le chiffre impressionne d’autant plus qu’il s’étale sur douze saisons, depuis un premier sacre décroché en 2014. Dans un sport où les carrières de demi-fondeuses dépassent rarement la décennie au plus haut niveau, cette régularité pose une question simple. Comment tient-on aussi longtemps devant des rivales qui, elles, se renouvellent tous les quatre ans ?

Une finale lancée trop vite pour être perdue

Tout s’est décidé à trois cents mètres de l’arrivée. Agnès Raharolahy avait imprimé un rythme très soutenu, en passant aux 400 mètres en 57″5, un train qui interdisait toute course d’attente. Rénelle Lamote a pris ses responsabilités en se portant en tête, avec la conviction qu’une course lente lui aurait été fatale.

Derrière, Clara Liberman n’a rien lâché. La sociétaire du Haute Bretagne Athlétisme est revenue dans les vingt derniers mètres et a chuté sur la ligne, à douze centièmes seulement. L’écart s’est joué sur un détail travaillé à l’entraînement, ce mouvement du buste que les techniciens appellent le cassé et qui se répète des centaines de fois pour gagner quelques millièmes.

La scène résume une carrière entière. Lamote n’a pas gagné parce qu’elle était la plus rapide sur le papier, son record personnel de 1′56″93 la situant loin devant, mais parce qu’elle a lu la course avant les autres. Cette victoire refermait aussi une longue disette, celle d’une athlète qui n’avait plus franchi une ligne en tête depuis les séries des championnats de France 2024.

Je me suis dit : purée, je ne sens pas les filles. J’ai mis un coup d’œil et j’ai finalement senti leur énergie, qu’elles n’allaient rien lâcher. Je me suis arrachée et j’ai bien fait, car sinon, ça ne passait pas. C’était super important pour moi de gagner aujourd’hui, cette victoire me fait du bien.

Rénelle Lamote, à l’issue de la finale du 800 mètres des championnats de France Elite, à Albi, le 26 juillet 2026

Douze ans au sommet d’une discipline qui use

Née à Coulommiers, formée loin des projecteurs, Rénelle Lamote a construit sa carrière par accumulation plutôt que par éclat. Elle a été sacrée championne de France en 2014, 2016, 2018, 2019 et 2021 avant ce nouveau titre, et elle a décroché trois médailles d’argent aux championnats d’Europe. Aucune Française n’a jamais gagné autant de fois sur 800 mètres, un record qu’elle partageait jusqu’ici avec Maryvonne Dupureur et Nathalie Toumas.

Le travail avec son entraîneur Bruno Gajer, à Montpellier, s’est adapté à ce que le corps accepte encore à ce stade d’une carrière. Les volumes baissent, la qualité monte, la récupération devient un poste de dépense à part entière. La longévité en demi-fond relève moins du don que de la gestion, une leçon qui déborde très largement le cadre de la piste.

La finale la plus dense jamais courue en France

Le classement d’Albi mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il raconte autre chose qu’une simple victoire. Cinq coureuses ont franchi la ligne à l’intérieur de deux secondes, et la Fédération française d’athlétisme parle de la finale nationale la plus dense de tous les temps sur la distance.

PlaceAthlèteChrono
1reRénelle Lamote1′58″70
2eClara Liberman1′58″82
3eLéna Kandissounon2′00″15
4eCharlotte Dumas2′00″59
5eJulia Cherot2′00″60

L’ancien record des championnats, 1′58″71, appartenait déjà à Lamote et datait de Caen en 2022. Il est tombé d’un centième, ce qui relève de l’anecdote statistique, mais quatre coureuses sous les 2′00″60 dans une même finale nationale ne relève pas de l’anecdote du tout. Le 800 mètres féminin français n’avait jamais présenté un tel plateau.

L’effet Bourgoin sur toute une génération

Cette densité a une origine récente et identifiable. Fin juin, au meeting de Paris, Anaïs Bourgoin a effacé en 1′55″65 un record de France qui résistait depuis trente et un ans, les 1′56″53 de Patricia Djaté-Taillard établis à Monaco en 1995. Nous racontions alors le parcours de la nouvelle recordwoman. Une barrière mentale saute rarement pour une seule athlète.

Bourgoin manquait justement à Albi, forfait après une gêne à l’ischio ressentie à l’entraînement la veille de la compétition. Son absence n’a pas diminué la finale, elle l’a plutôt révélée : la hiérarchie du 800 mètres français ne tient plus à une seule coureuse. Le même mouvement s’observe sur le tour de piste masculin, où un record vieux de vingt-deux ans vient de tomber.

Ce qu’une carrière longue apprend aux coureurs du dimanche

La trajectoire d’une athlète de haut niveau ne se transpose pas telle quelle dans la vie d’un coureur amateur, mais certains principes traversent les niveaux sans perdre leur validité. Quatre d’entre eux reviennent systématiquement dans les carrières qui durent, et aucun ne demande de talent particulier pour être appliqué.

  • accepter que la progression ne soit pas linéaire, et qu’une saison sans victoire ne signe pas la fin d’un cycle ;
  • traiter la récupération comme une séance à part entière plutôt que comme du temps perdu ;
  • préférer la régularité sur douze mois à l’intensité sur six semaines, parce que le corps enregistre les habitudes, pas les exploits isolés ;
  • conserver un objectif lointain, qui donne du sens aux séances ingrates de janvier.

Les bénéfices de cette approche dépassent le chronomètre. Une pratique d’endurance maintenue sur plusieurs décennies améliore la capacité cardiorespiratoire, préserve la densité osseuse et réduit nettement le risque cardiovasculaire, des effets que la science mesure aujourd’hui avec une constance rare dans le domaine de la prévention.

Birmingham, dans dix jours

Sa victoire d’Albi place Rénelle Lamote parmi les athlètes prioritaires pour les championnats d’Europe de Birmingham, du 10 au 16 août, aux côtés de Clara Liberman. La Fédération française d’athlétisme y alignera une délégation étoffée, et la France pourrait présenter deux coureuses capables de viser une finale sur 800 mètres, configuration qu’elle n’avait plus connue depuis longtemps. Nous avions détaillé les premiers noms retenus pour l’Angleterre.

Reste une inconnue plus intéressante que le décompte des médailles. Une athlète de trente-deux ans qui vient de renouer avec la victoire après deux saisons sans succès n’aborde pas un grand rendez-vous comme une jeune coureuse pressée : elle sait exactement ce qu’elle a à perdre, et combien il reste peu d’occasions. C’est souvent dans cette configuration que naissent les courses mémorables, celles qui n’obéissent à aucune projection de chronomètre.

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