Euro d’athlétisme : quinze Français déjà sélectionnés pour Birmingham, et pas un seul sprinteur

21/07/2026 à 19h21  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

La Fédération française d'athlétisme a rendu publics quinze noms pour les Championnats d'Europe du 10 au 16 août, tous sur les longues distances et la marche. Derrière ce choix, une règle assumée qui écarte toute sélection de principe.

À trois semaines de l’ouverture des Championnats d’Europe d’athlétisme, la Fédération française d’athlétisme a déjà rendu publics quinze noms. Aucun sprinteur, aucun sauteur, aucun lanceur parmi eux : les premiers sélectionnés français pour Birmingham sont tous des coureurs de fond ou des marcheurs, retenus sur les épreuves de route et le 10 000 mètres.

Les Championnats d’Europe réunissent tous les deux ans les meilleurs athlètes du continent sur l’ensemble des disciplines, piste, route et concours. L’édition 2026 se tiendra du 10 au 16 août à l’Alexander Stadium de Birmingham, première fois que la compétition se dispute en Grande-Bretagne, avec plus de cinquante nations engagées.

Cette entrée en matière par les longues distances n’a rien d’un hasard de calendrier. Elle traduit une manière très particulière de composer une équipe nationale, que la fédération assume publiquement. Sur quels critères la France décide-t-elle aujourd’hui d’envoyer, ou non, un athlète à un championnat continental ?

Une doctrine assumée : personne pour faire de la figuration

La règle affichée par le comité de sélection tient en une phrase : ne retenir que les athlètes ayant une possibilité réelle de terminer parmi les huit premiers de leur épreuve individuelle. Cette exigence écarte la sélection de principe, longtemps pratiquée pour récompenser une saison ou donner de l’expérience internationale à un espoir.

Le principe a un coût immédiat, celui de délégations plus resserrées, et un bénéfice différé, un taux de finalistes plus élevé. Sur le marathon masculin, trois des quatre retenus ont couru sous 2 h 08′45″ entre le 1er septembre 2025 et le 26 avril 2026, marque obligatoire pour entrer dans l’équipe.

Un réel potentiel pour aller chercher une médaille.

Jean Galfione, responsable de la haute performance à la Fédération française d’athlétisme, à propos du groupe marathon dévoilé le 5 mai 2026

L’ancien champion olympique de saut à la perche, passé de l’autre côté, applique une logique qu’il connaît pour l’avoir vécue : une finale se prépare des années avant le championnat, pas au moment de remplir un formulaire d’engagement.

Les quinze noms déjà connus

Deux vagues d’annonces, le 5 mai puis le 2 juin, ont dessiné l’ossature de l’équipe sur les épreuves d’endurance.

  • Marathon hommes, le 16 août : Emmanuel Roudolff-Levisse, Hassan Chahdi, Félix Bour et Valentin Gondouin ;
  • 10 000 mètres hommes : Yann Schrub, Jimmy Gressier et Simon Bédard ;
  • 10 000 mètres femmes : Alessia Zarbo, seule sélectionnée sur les vingt-cinq tours ;
  • Semi-marathon marche : Pauline Stey, Clémence Beretta, Ana Delahaie et Kilian Lebreton ;
  • Marathon marche : Aurélien Quinion, Martin Madeline-Degy et Camille Moutard.

Roudolff-Levisse est le seul à avoir rempli les minima les plus exigeants, grâce à sa sixième place au marathon de Paris en 2 h 05′58″. Chahdi, lui, apporte l’expérience des grands rendez-vous, avec une septième place aux Mondiaux 2023 et une vingtième aux Jeux de Paris.

Le reste de l’équipe, sprint, demi-fond et concours, sera dévoilé progressivement d’ici au début du mois d’août.

Le fond sur route, point fort français du moment

Le 10 000 mètres masculin illustre le mieux la santé actuelle de la discipline. Yann Schrub y sera athlète prioritaire grâce à son record d’Europe du 10 kilomètres sur route en 26′43″, référence qui dépasse largement les minima fédéraux. À ses côtés, Jimmy Gressier arrive avec le statut de champion du monde de la distance.

Ce trio, complété par Simon Bédard, champion de France en titre, place la France parmi les nations capables d’aligner plusieurs finalistes continentaux. Nous avions raconté la façon dont Gressier a réécrit les records nationaux sur piste, symptôme d’une génération qui a déplacé le curseur.

Chez les femmes, la sélection est plus étroite. Alessia Zarbo, championne de France et deuxième de la Coupe d’Europe le 23 mai, portera seule les couleurs françaises sur le 10 000 mètres, autre conséquence directe de la doctrine du top 8.

La marche athlétique, discipline discrète et pourvoyeuse de finales

Sept athlètes sur quinze relèvent des épreuves de marche, proportion qui étonne toujours le grand public. Cette discipline, où l’un des deux pieds doit rester en contact avec le sol et où la jambe avant doit être tendue à l’impact, exige une technique aussi codifiée que celle d’un saut. Les juges peuvent disqualifier un concurrent à quelques mètres de l’arrivée, ce qui en fait l’une des épreuves les plus tendues d’un championnat.

Aurélien Quinion en est le meilleur représentant français, avec une quatrième place sur 20 kilomètres et une cinquième sur 35 aux Mondiaux de Tokyo en 2025. La fédération affiche pour lui une ambition de podium, voire de titre, sur le marathon marche.

Cette discipline de haut niveau entretient un lien ténu mais réel avec la pratique de masse : la marche reste, avec la course, la famille d’activités la plus répandue en France, et l’essor de la marche nordique a rapproché des clubs un public qui n’aurait jamais poussé la porte d’un stade.

Aucune marathonienne : un choix qui interroge

La décision la plus commentée est une absence. Aucune Française ne courra le marathon à Birmingham, le comité estimant que l’équipe alignable n’était pas en mesure de se mêler à la lutte pour le top 3. Le choix est assumé, mais il prive la discipline d’une vitrine au moment précis où la pratique féminine de la course sur route progresse le plus vite.

Le débat n’est pas propre à l’athlétisme. Il oppose une sélection strictement méritocratique à une sélection d’exposition, la première protégeant la crédibilité de l’équipe, la seconde construisant une filière en donnant des repères aux plus jeunes. La Fédération française d’athlétisme publie ses minima et ses critères en amont, ce qui rend au moins la règle lisible pour les athlètes concernées.

Ce que le 1er août dira du reste de l’équipe

Les annonces de sélection sur le sprint, le demi-fond, les sauts et les lancers sont attendues d’ici au début du mois d’août, après les derniers meetings internationaux. La délégation française complète devrait compter entre 80 et 100 athlètes, ordre de grandeur habituel pour un championnat continental.

C’est à ce moment que la doctrine du top 8 se lira vraiment. Sur la piste, où les écarts se jouent au centième, l’application stricte du critère produira des exclusions plus douloureuses que sur la route.

Pour le public, ces championnats d’août arrivent au bon moment. Ils suivront de peu les vacances scolaires, période où le nombre de coureurs occasionnels atteint chaque année son maximum, et ils précéderont de quelques semaines la rentrée des clubs. Une finale gagnée à Birmingham vaut, en septembre, plusieurs campagnes d’affichage pour les comités départementaux qui cherchent des licenciés.

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