Deux étapes, deux sprints, deux victoires. Lorena Wiebes a réglé le peloton du Tour de France Femmes dimanche 2 août à Genève, au terme de la deuxième étape partie d’Aigle, après s’être déjà imposée la veille à Lausanne. La Néerlandaise de la formation SD Worx-Protime consolide un maillot jaune qu’elle porte depuis le premier jour et signe sa septième victoire d’étape en carrière sur l’épreuve.
Le Tour de France Femmes, créé dans sa forme actuelle en 2022, se dispute cette année du 1er au 9 août sur neuf étapes, avec un Grand Départ organisé en Suisse. Il s’inscrit dans un cycle de croissance rapide du cyclisme féminin, où les audiences, les budgets et le niveau des équipes ont changé d’échelle en quelques saisons. La question du jour est ailleurs : combien de temps une sprinteuse peut-elle tenir le maillot jaune sur une course qui finira par se décider dans les cols et sur le Ventoux ?
Un scénario d’échappée qui a tourné à l’avantage des sprinteuses
La journée de dimanche n’avait rien d’un copier-coller de la veille. Riejanne Markus est partie seule à un peu moins de 40 kilomètres de l’arrivée et a longtemps conservé une avance suffisante pour croire au coup parfait. Elle n’a été reprise qu’à quelques centaines de mètres de la ligne, au terme d’une poursuite collective menée par SD Worx-Protime, qui a dû engager Lotte Kopecky elle-même dans l’effort.
Ce type de final ne laisse aucune place à l’approximation. Une sprinteuse doit se placer sans savoir si l’échappée sera reprise, alors que le peloton roule déjà à pleine vitesse. Wiebes a raconté avoir trouvé de bonnes roues puis lancé son effort à 250 mètres de la ligne.
C’est spécial de remporter la victoire en jaune, mais aussi parce que mon équipe a travaillé très dur pour y parvenir. Les filles ont tout donné dans le final pour rattraper Riejanne Markus. Cela rend la victoire encore plus belle. À un moment donné, nous avons dû envoyer Lotte Kopecky dans la poursuite, car nous avions besoin de tout le monde pour la rattraper.
Lorena Wiebes, au micro de l’organisation à l’arrivée de la deuxième étape à Genève, le 2 août 2026
La coureuse de 27 ans a également reconnu qu’il serait difficile de conserver la tunique jaune dans les jours à venir. Le profil de la troisième étape lui donne raison sans lui interdire d’espérer.
Genève-Poligny, une étape de transition qui n’en est pas une
Les coureuses quittent la Suisse ce lundi 3 août pour rejoindre Poligny, dans le Jura, après 156,5 kilomètres. Sur le papier, l’étape ne dessine pas de difficulté majeure, mais le Jura ne laisse jamais le peloton tranquille : routes étroites, enchaînement de faux plats montants, vent de vallée. Une échappée y trouve régulièrement le terrain qu’elle cherche, surtout au troisième jour d’une course où les équipes n’ont pas encore figé leurs plans.
C’est aussi le moment où les écarts se creusent discrètement. Un incident mécanique, une chute en queue de peloton ou une bordure suffisent à retirer une prétendante du classement général avant même que la montagne n’ait rendu son verdict.
Les rendez-vous qui décideront du classement général
Trois étapes concentrent l’essentiel des enjeux sur cette édition, qui est la plus longue et la plus exigeante depuis la relance de l’épreuve avec 1 175 kilomètres et 18 795 mètres de dénivelé positif au total, selon le parcours publié par l’organisation de la course.
| Étape | Parcours | Distance | Enjeu |
|---|---|---|---|
| 4e étape, mardi 4 août | Gevrey-Chambertin – Dijon | Contre-la-montre | Premier classement de vérité |
| 7e étape, vendredi 7 août | La Voulte-sur-Rhône – Mont Ventoux | 144 km | Montée finale de 15,7 km à 8,8 % |
| 9e étape, dimanche 9 août | Nice – Nice | 99 km | Dernière chance de renversement |
Le retour du contre-la-montre est l’un des marqueurs de cette édition. Il redonne du poids à un exercice individuel que le cyclisme féminin avait longtemps relégué au second plan, et il départage souvent des coureuses proches en montagne.
Le Ventoux, lui, joue un rôle à part. Nous avions détaillé pourquoi le géant de Provence tient le rôle de juge de paix sur ce parcours, avec une ascension de 15,7 km à 8,8 % qui ne pardonne aucune défaillance.
Ce que le peloton français peut espérer
Côté tricolore, le début de course a surtout servi de test grandeur nature. Ema Comte, engagée avec Cofidis, a reconnu un manque d’expérience après ces deux premières journées à très haute intensité. La tenante du titre, elle, aborde ce Tour sans la moindre victoire depuis janvier, un cas de figure inhabituel pour une leader d’équipe.
Ce contraste résume assez bien l’état du cyclisme féminin français : quelques individualités capables de gagner les plus grandes courses, et un tissu de coureuses encore mince derrière elles. La directrice de l’épreuve Marion Rousse alertait d’ailleurs, à la veille du départ, sur la fragilité de la base du cyclisme dans l’Hexagone.
Une épreuve qui a changé de statut en quatre ans
Le Tour de France Femmes n’est plus une course qui doit justifier son existence chaque été. Plusieurs indicateurs le montrent sans ambiguïté.
- Une diffusion intégrale des neuf étapes, là où les premières éditions se contentaient de résumés ;
- des équipes qui alignent désormais des effectifs spécialisés, avec des rôles distincts pour le sprint et la montagne ;
- un parcours qui emprunte les mêmes cols mythiques que l’épreuve masculine, sans version allégée ;
- des sponsors installés sur plusieurs saisons, condition d’une stabilité que le peloton féminin n’a longtemps pas connue.
Cette montée en puissance a un revers : la pression sur les organismes augmente aussi vite que le niveau. Neuf jours de course avec près de 19 000 mètres de dénivelé demandent une préparation qui n’a plus rien d’amateur, y compris pour les équipes les plus modestes du plateau.
Ce que la course montre chaque jour à l’écran finit d’ailleurs par se voir dans les clubs et sur les routes du dimanche.
Ce qu’une course pareille laisse derrière elle
Une victoire au sprint à Genève ne changera pas la vie d’une cyclotouriste jurassienne. Mais neuf jours de course diffusés en direct, avec des coureuses qui expliquent leur métier au micro, modifient lentement l’idée qu’on se fait du vélo féminin. Les fédérations mesurent depuis plusieurs saisons une hausse des licences féminines dans le sillage de l’épreuve, et les clubs constatent l’arrivée de pratiquantes qui n’auraient pas poussé la porte il y a dix ans.
La suite dira si cette dynamique tient quand les projecteurs s’éteignent, entre septembre et juin. Le Ventoux tranchera vendredi la question sportive ; l’autre question, celle de savoir ce qu’il reste d’une course quand elle est finie, se joue sur un calendrier bien plus long que neuf jours.
