Clásica San Sebastián : crevaison, remontée et sprint gagné, Evenepoel seul recordman de la classique basque

02/08/2026 à 14h15  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Crevé à cinquante kilomètres de l'arrivée et relégué à près d'une minute, Remco Evenepoel a tout repris avant de régler Richard Carapaz au sprint dans les rues de Donostia. Une quatrième victoire qui le laisse seul en tête du palmarès et interroge la manière dont se préparent désormais les classiques d'été.

La Clásica San Sebastián est la première grande classique d’un jour de l’après-Tour, disputée chaque été dans les collines du Pays basque espagnol autour de Donostia. Sa 45e édition s’est courue samedi sur 221 kilomètres et cinq ascensions à double chiffre, un format qui n’existe nulle part ailleurs au calendrier WorldTour : ni une course de plaine, ni une étape de montagne, mais une succession de murs à plus de 10 % séparés par des vallées roulantes.

Remco Evenepoel l’a remportée pour la quatrième fois, en autant de participations, et devient le seul coureur à l’avoir gagnée aussi souvent. Le Belge de 26 ans a pourtant crevé à cinquante kilomètres de l’arrivée, concédé près d’une minute, puis tout repris. Comment une course aussi verrouillée sur le papier peut-elle basculer sur un incident mécanique, et pourquoi ce scénario en dit-il plus long qu’une victoire tranquille ?

Une crevaison au pire endroit du parcours

L’incident survient dans la descente du Jaizkibel, quatrième ascension du jour, juste avant que la course ne s’enflamme. Evenepoel change de vélo au pied de l’Erlaitz, une bosse de 3,8 kilomètres à 10,6 % de moyenne, au moment précis où le peloton des favoris accélère. Près d’une minute de retard sur une pente à 10 % équivaut, sur ce terrain, à un abandon de position quasi définitif.

Le coureur de Red Bull-Bora-Hansgrohe remonte alors la file des voitures seul, ses équipiers ayant épuisé leurs cartouches plus tôt à contrôler l’échappée. Giulio Pellizzari finit par le ramener au bas de l’Erlaitz, Maxim van Gils temporise à l’avant. Vingt kilomètres de chasse ont suffi pour effacer l’écart, ce qui donne une idée de la marge dont disposait le Belge ce jour-là.

La suite tient en huit kilomètres. Dans le Murgil, ultime difficulté de 2,1 kilomètres à 10,1 %, Evenepoel place son accélération et un seul homme parvient à prendre sa roue.

Les murs basques, un terrain sans équivalent au calendrier

Ce qui rend cette classique si sélective tient moins à sa longueur qu’à l’enchaînement de difficultés courtes et très raides, placées en fin de parcours. Les principaux juges de paix de l’édition 2026 se succèdent dans le dernier tiers :

  • le Jaizkibel, montée maritime devenue le symbole de l’épreuve, où s’est produite la crevaison ;
  • l’Erlaitz, 3,8 kilomètres à 10,6 %, à une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée ;
  • le Murgil, 2,1 kilomètres à 10,1 %, dernier tremplin à huit kilomètres du but ;
  • une descente technique vers le front de mer, qui interdit toute récupération avant le sprint final.

Ces pentes ressemblent davantage à celles des classiques ardennaises qu’à celles d’un grand tour, mais elles arrivent après 200 kilomètres de course et souvent par 30 °C. Le profil favorise les puncheurs-grimpeurs capables de répéter les efforts, catégorie dans laquelle Evenepoel s’est installé depuis sa première victoire ici, à 19 ans.

La configuration explique aussi pourquoi les sprinteurs purs désertent l’épreuve, et pourquoi le vainqueur y sort d’un groupe de moins de dix coureurs.

Carapaz, seul rescapé du rythme belge

Richard Carapaz est le seul à avoir tenu la roue d’Evenepoel dans le Murgil. L’Équatorien d’EF Education-EasyPost sortait pourtant d’un Tour de France très dépensier, où il avait décroché son maillot à pois dans les Alpes à 33 ans. Le champion olympique de 2020 n’a rien pu faire au sprint, face à un adversaire qui possède l’un des meilleurs démarrages du peloton sur ce type de final.

Ben Tulett, coéquipier de Jonas Vingegaard chez Visma | Lease a Bike, a réglé le groupe des poursuivants pour la troisième place. Le forfait de Primož Roglič, renversé par une voiture à la veille de la course, avait déjà retiré un prétendant sérieux du plateau.

Je n’étais pas en difficulté. J’ai pratiquement rattrapé tout l’écart dans la montée, j’allais plus vite que les gars de devant. Je devais juste me contenir, parce qu’il y avait encore une longue distance à parcourir.

Remco Evenepoel, au micro d’Eurosport à l’arrivée de la Clásica San Sebastián, le 1er août 2026.

Quatre victoires en quatre participations

Le chiffre est rare dans le cyclisme moderne. Aucun coureur n’avait jusqu’ici gagné quatre fois cette classique, et personne ne l’a fait avec un taux de réussite intégral sur ses participations. Le Belge n’a jamais pris le départ de Donostia sans lever les bras, ce qui relève autant du talent que d’une lecture précise du terrain.

Cette spécialisation raconte une évolution du calendrier. Les grands coureurs ciblent désormais un nombre restreint d’objectifs qu’ils préparent en reconnaissance, plutôt que d’accumuler les jours de course. Deuxième du dernier Tour de France derrière Tadej Pogačar, Evenepoel est arrivé au Pays basque avec la fraîcheur d’un coureur qui a couru sa Grande Boucle sans jamais s’effondrer, à la différence de la génération précédente. La récupération est devenue un paramètre d’entraînement au même titre que le volume, comme le montre le travail mené par les équipes sur la chaleur.

Marc Hirschi en 2024, Giulio Ciccone en 2025 : les deux éditions précédentes avaient consacré des coureurs venus d’horizons différents. Le retour d’un même vainqueur redonne à l’épreuve une continuité de palmarès qu’elle avait perdue.

Les Français toujours en embuscade sur les classiques d’été

Léo Bisiaux a pris la dixième place, meilleur résultat tricolore du jour. Le coureur de Décathlon CMA CGM, passé par le cyclo-cross et le VTT, incarne une génération qui monte sans avoir encore trouvé son terrain de prédilection sur les classiques vallonnées. Aucun Français n’a remporté la Clásica depuis les deux succès consécutifs de Laurent Jalabert, en 2001 et 2002.

Le calendrier estival reste un angle mort du cyclisme français, souvent utilisé comme rampe de lancement vers le Tour d’Espagne plutôt que comme objectif. Le maillage des courses professionnelles hexagonales évolue toutefois, comme le montre le projet de nouvelle classique dans le Grand Paris. Les statistiques de licenciés et la carte des épreuves sont publiées par la Fédération française de cyclisme.

Ce que les pentes de Donostia renvoient aux cyclistes du dimanche

Une bosse à 10 % ne se négocie pas de la même manière selon qu’on pèse 61 kilos ou 85. Le rapport poids-puissance devient déterminant au-delà de 8 % de pente, et c’est précisément ce qui rend ces murs si lisibles pour un cyclotouriste : les mêmes lois s’appliquent, à des vitesses différentes, sur les côtes du dimanche matin.

Le vélo présente d’ailleurs un avantage que la course à pied n’offre pas sur ce type de terrain. Le pédalage supprime l’impact au sol, ce qui autorise des séances longues en côte sans la charge articulaire d’un dénivelé couru. Les effets sur la capacité cardiorespiratoire sont comparables, pour un risque de blessure sensiblement inférieur, ce qui explique la place croissante du vélo dans les programmes de reprise.

Reste la part la moins mesurable de ce que la course a montré samedi : la capacité à ne pas céder quand tout part de travers à cinquante kilomètres du but. Les duels du Tour ont relancé l’envie de vélo chez beaucoup de pratiquants cet été, et la Clásica ajoute une nuance à ce récit. La performance de haut niveau tient parfois moins à la puissance qu’à la décision de continuer quand la course semble perdue.

Associé à : , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée