Andorre, une attaque à 50 kilomètres : Pogacar met la Vuelta à distance

26/08/2026 à 13h07  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Parti seul à cinquante kilomètres de l'arrivée dans les cols andorrans, Tadej Pogacar a porté son avance au-delà de trois minutes au terme de la quatrième étape. Il ne lui manque plus que la Vuelta pour rejoindre un club de sept coureurs.

Le maillot rouge distingue le leader du classement général de la Vuelta, le troisième et dernier grand Tour de la saison. Il change souvent d’épaules pendant la première semaine, le temps que la haute montagne fasse le tri. Cette année, il n’a pas bougé depuis le départ de Monaco, et l’écart avec le deuxième dépasse déjà trois minutes.

Mardi 25 août, sur les routes d’Andorre, Tadej Pogacar a réglé la question d’un seul geste. Le Slovène a attaqué à cinquante kilomètres de l’arrivée et n’a plus revu personne. Une victoire construite en solitaire qui laisse ses adversaires à distance respectueuse après quatre journées seulement. Comment un coureur peut-il creuser un tel écart aussi tôt sur une épreuve de trois semaines ?

Cinquante kilomètres seul devant, dans la Collada de Beixalis

L’étape proposait quatre cols andorrans, au lendemain de l’étape annulée sous un orage de grêle. Le rythme est monté dès la première ascension, puis s’est encore durci dans la Collada de Beixalis, 6,5 kilomètres à 8,5 % de moyenne. C’est là que le porteur du maillot rouge a placé son accélération.

Personne n’a suivi. Pogacar a franchi la ligne d’Andorre-la-Vieille avec 2 minutes 39 secondes d’avance sur le Belge Jarno Widar et l’Autrichien Felix Gall. Le Slovène a expliqué après la course qu’il n’avait pas prémédité une attaque aussi lointaine, mais qu’il ne voulait pas se retrouver isolé face aux autres leaders du général, susceptibles de s’allier contre lui dans le final.

Ce raid de cinquante kilomètres relève d’un registre que peu de coureurs peuvent se permettre. Il suppose de tenir un effort d’une heure et demie au-dessus du seuil, sans relais, sur un terrain qui monte et descend en permanence. La marge se paie ensuite sur les jours suivants, et c’est justement le calcul que le classement permet de vérifier.

Un classement général déjà très étiré

Après quatre étapes, les écarts au général ressemblent à ceux d’une troisième semaine plutôt qu’à ceux d’un début de course. Le tableau ci-dessous reprend les quatre premiers du classement au soir de l’étape andorrane :

CoureurÉquipeRetard
Tadej PogacarUAE Team Emirates XRGMaillot rouge
Primoz RoglicRed Bull-Bora-Hansgrohe3 min 21 s
Enric MasMovistar3 min 32 s
Sepp KussVisma-Lease a Bike3 min 44 s

Onze secondes séparent les deuxième et troisième places, quand plus de trois minutes les séparent du premier. Cette configuration change la nature de la course pour les poursuivants, qui vont devoir arbitrer entre attaquer un leader hors de portée et sécuriser un podium disputé entre eux.

Le détail des étapes restantes et des classements annexes est publié sur le site officiel de l’épreuve, qui suit également le maillot de meilleur grimpeur et le classement par points.

Ce que le vainqueur a dit de sa journée

L’intéressé n’a pas caché sa satisfaction au micro des organisateurs, tout en refusant de considérer la course comme terminée. Trois semaines laissent le temps à une défaillance, à une chute ou à une journée sans, et le Slovène le sait mieux que personne pour avoir perdu un Tour de France dans les Alpes après avoir dominé les deux premières semaines.

C’était assez difficile, mais la journée était magnifique. N’importe quelle avance est précieuse, mais c’est vraiment bien car je peux aborder les prochains jours avec calme et confiance.

Tadej Pogacar, au terme de la 4e étape de la Vuelta 2026 à Andorre-la-Vieille, le 25 août 2026

Le maillot rouge a ajouté vouloir continuer étape par étape, jour après jour. Une prudence de façade : quatre jours après un maillot pris pour neuf centièmes, il dispose de 3 minutes 21 secondes de matelas sur son dauphin et peut laisser filer une échappée sans conséquence.

Andorre, l’endroit où tout a commencé pour lui

Le lieu de cette démonstration n’est pas anodin dans la carrière du Slovène. C’est en Andorre, sur la Vuelta 2019, qu’il avait signé sa toute première victoire d’étape sur un grand Tour. Il avait alors 20 ans et terminait troisième du classement général de cette édition.

Devant lui, cette année-là, figuraient l’Espagnol Alejandro Valverde et un certain Primoz Roglic, vainqueur final. Sept ans plus tard, le même Roglic pointe à plus de trois minutes du même Pogacar sur les mêmes routes. Le rapport de force s’est inversé aussi nettement qu’un scénario de cinéma l’aurait écrit.

Ce retour aux sources explique l’émotion du coureur, qui a évoqué après l’arrivée l’un des meilleurs souvenirs de sa carrière sportive. Reste que ce succès andorran ouvre surtout une porte que son palmarès n’avait jamais franchie.

Le club très fermé des vainqueurs des trois grands Tours

Gagner le Tour de France, le Giro et la Vuelta au cours d’une même carrière reste l’un des accomplissements les plus rares du cyclisme. Depuis la création des trois épreuves, sept coureurs seulement y sont parvenus :

  • Jacques Anquetil, premier à réaliser le triplé ;
  • Felice Gimondi, l’Italien qui a complété la série dans les années 1960 ;
  • Eddy Merckx, recordman des victoires sur grands Tours ;
  • Bernard Hinault, dernier Français du groupe ;
  • Alberto Contador, triple vainqueur de la Vuelta ;
  • Vincenzo Nibali, seul Italien de l’ère moderne à y figurer ;
  • Chris Froome, dernier entré dans la liste.

Tadej Pogacar a déjà remporté le Tour de France et le Giro. Seule la Vuelta manque encore à son palmarès, ce qui donne à ces trois semaines un enjeu que ses adversaires ne peuvent pas lui contester sportivement, faute de moyens pour le déloger.

L’écart de niveau interroge d’ailleurs le peloton sur la manière de courir face à un coureur de ce calibre. Attendre son point faible, s’allier plus tôt, changer de tactique collective : aucune réponse n’a fonctionné jusqu’ici sur les grandes courses par étapes.

Ce que la haute montagne peut encore raconter

Il reste plus de deux semaines de course avant Madrid, avec des arrivées au sommet dans le nord de l’Espagne et un contre-la-montre encore à disputer. Les Asturies et la Cantabrie proposent des pentes plus courtes mais souvent plus raides que les cols pyrénéens, un terrain propice aux écarts brutaux et aux défaillances soudaines.

Pour les amateurs qui suivent la course, l’exploit du jour rappelle surtout ce qu’un col de ce gabarit demande vraiment quand on le grimpe sans dossard. Une ascension de six kilomètres à 8 % de moyenne représente déjà, pour un cycliste régulier, un effort de trente à quarante minutes proche du maximum, avec les bénéfices cardiovasculaires qui vont avec. La différence tient au rythme, pas à la nature de l’exercice, et c’est peut-être ce qui rend ces images si parlantes depuis le canapé.

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