Vuelta 2026 : Pogacar s’offre Monaco pour neuf centièmes, avant deux étapes en France

23/08/2026 à 13h05  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Neuf centièmes de seconde ont suffi à Tadej Pogacar pour s'emparer de la première Roja samedi à Monaco, sur un contre-la-montre de 9,4 kilomètres tracé dans les rues de la Principauté. Le Tour d'Espagne reste ensuite deux jours sur le sol français, avec Manosque dimanche et Font-Romeu lundi.

Neuf centièmes de seconde. C’est l’écart qui a séparé Tadej Pogacar d’Ethan Hayter samedi 22 août, au terme du contre-la-montre d’ouverture de la Vuelta disputé dans les rues de Monaco. Le Slovène endosse la première Roja, le maillot rouge de leader du Tour d’Espagne, troisième des grands Tours de la saison avec le Giro et le Tour de France. Un mois après avoir remporté ce dernier, il attaque le seul grand Tour qui manque encore à son palmarès.

La scène avait quelque chose d’inhabituel pour une course espagnole : 9,4 kilomètres tracés sur le circuit de Formule 1, entre la place du Casino, l’épingle du Fairmont et le tunnel Louis II, avant une arrivée boulevard Albert Ier. Le peloton reste ensuite deux jours sur le sol français avant de basculer vers l’Espagne. Pourquoi le Tour d’Espagne s’offre-t-il un départ à ce point excentré, et que change ce détour pour ceux qui suivent la course depuis le bord de la route ?

Neuf centièmes sur 9,4 kilomètres

Le chrono se voulait technique plutôt que puissant, et il l’a été. Sur un tracé plat de 59 mètres de dénivelé seulement, Pogacar a bouclé la distance en 10′57″, à 51,5 km/h de moyenne. Il a fait la différence dans la seconde moitié du parcours, reprenant trois secondes à Hayter après le seul point intermédiaire.

Le Britannique avait pourtant été le premier à passer sous les onze minutes, après un long règne de Joshua Tarling en tête du classement provisoire. Tarling a finalement pris la troisième place à quatre secondes. Le podium du jour s’est donc joué dans un mouchoir de poche, l’un des écarts les plus serrés jamais vus sur un chrono de grand Tour.

Les prétendants au classement général, eux, ont surtout retenu la leçon comptable. Quinze jours de course restent à disputer, mais un contre-la-montre d’ouverture creuse des écarts que personne ne récupère par hasard. Le message envoyé dès la première journée a été reçu par tout le peloton.

Les favoris déjà classés au centième

Le classement du soir donne une première photographie des rapports de force. Les écarts restent faibles en valeur absolue, mais ils dessinent déjà deux groupes distincts :

  • Ethan Hayter, deuxième, à neuf centièmes de seconde ;
  • Joshua Tarling, troisième, à quatre secondes ;
  • Wout van Aert, huitième, à neuf secondes ;
  • Joao Almeida, coéquipier de Pogacar, dix-huitième, à dix-huit secondes ;
  • Felix Gall et Oscar Onley, cités parmi les rivaux annoncés, à quarante-six et cinquante secondes.

Van Aert est le mieux placé pour inquiéter le leader dès dimanche, puisque dix secondes de bonification attendent le vainqueur de la deuxième étape. Les grimpeurs, eux, devront patienter jusqu’aux Pyrénées pour espérer refaire leur retard.

Monaco, seule ville à avoir lancé les trois grands Tours

Le choix de la Principauté n’a rien d’anecdotique. Monaco avait déjà accueilli le départ du Giro en 1966, puis celui du Tour de France en 2009. En recevant celui de la Vuelta, elle devient la seule ville au monde à avoir lancé les trois grands Tours, une ligne que ni Paris ni Milan ne peuvent revendiquer.

Pour le Tour d’Espagne, c’est la septième fois qu’un départ est donné hors des frontières nationales, comme le rappelait déjà le Grand Départ monégasque avant même le premier coup de pédale. La formule permet à l’organisation de la course d’ouvrir son audience au-delà de la péninsule, sur une épreuve longue de 3 275 kilomètres.

Un vainqueur qui courait devant chez lui

Tadej Pogacar réside à Monaco, comme une partie du peloton professionnel, et connaît chaque virage du circuit pour l’avoir emprunté à l’entraînement. L’avantage n’est pas mince sur un parcours aussi court, où la vitesse de passage dans les courbes pèse plus que la puissance brute. Le quadruple vainqueur du Tour de France l’a reconnu au micro de la RTBF juste après le podium.

Je suis très content d’avoir gagné. C’est très spécial parce que je suis passé devant mon appartement à un moment de la course, donc j’ai beaucoup apprécié.

Tadej Pogacar, au micro de la RTBF après le contre-la-montre de Monaco, 22 août 2026

Le leader a aussi annoncé qu’il ne défendrait pas la Roja à tout prix dimanche, un aveu rare pour un coureur de ce statut. Perdre le maillot dès la deuxième étape l’arrangerait même, en déplaçant sur une autre équipe la charge de contrôler la course pendant deux semaines. Cette économie de forces vaut souvent plus qu’un maillot conservé trois jours de plus, et sa domination sur le dernier Tour a montré qu’il savait gérer ce calendrier.

Manosque puis Font-Romeu : la France garde le peloton

La deuxième étape relie Monaco à Manosque sur 215 kilomètres, ce qui en fait la plus longue de cette 81e édition. Le profil accidenté laisse la porte ouverte à plusieurs scénarios, du sprint entre costauds à l’échappée de longue haleine, et le départ fictif se donne en début d’après-midi.

Lundi 24 août, la course rejoint Font-Romeu depuis Gruissan pour sa première arrivée en altitude. Les Pyrénées orientales offriront la première vraie montée de l’édition, celle qui commence à trier le classement général. Trois jours de course auront alors été disputés au nord des Pyrénées, une configuration que le Tour d’Espagne n’avait plus connue depuis longtemps.

Pour les cyclistes du dimanche qui habitent la région, l’occasion est concrète : les routes empruntées restent ouvertes le reste de l’année, et rouler sur un tracé vu à la télévision reste l’une des portes d’entrée les plus efficaces vers une pratique régulière. Reste que l’exercice a un coût physiologique réel, et grimper un col du Tour en amateur demande une préparation que les images télévisées ont tendance à effacer.

Ce que révèle un départ hors les murs

Les grands Tours vendent désormais leur première journée comme un produit distinct du reste de l’épreuve, et les collectivités candidates paient pour l’obtenir. Le calcul se comprend des deux côtés, mais il déplace peu à peu le centre de gravité d’épreuves censées raconter un territoire national. Une Vuelta qui commence à Monaco reste une Vuelta, la question est de savoir combien de kilomètres hors d’Espagne elle peut absorber sans changer de nature.

La réponse appartient autant aux organisateurs qu’aux spectateurs qui se déplacent. Trois jours de course en France, à quelques heures de route pour des millions de personnes, cela fabrique des vocations plus sûrement qu’une retransmission. Le peloton passera devant chez eux lundi, avant de franchir la frontière pour de bon.

Associé à : , , , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée