Monaco, première ville à donner le départ des trois grands Tours : la Vuelta s’élance samedi

19/08/2026 à 16h31  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Le Tour d'Espagne part samedi du Rocher par un contre-la-montre de 9,4 kilomètres, avant la France, l'Andorre et l'Espagne. Aucune ville n'avait encore lancé les trois grands Tours, et le favori habite sur place.

La Vuelta est le troisième des grands Tours du calendrier cycliste, aux côtés du Giro et du Tour de France : trois semaines de course, un maillot rouge pour le leader du classement général, et une arrivée finale qui désigne le vainqueur au temps cumulé. L’édition 2026 s’élance samedi 22 août de Monaco et s’achèvera le dimanche 13 septembre à Grenade.

Le choix de la principauté n’a rien d’anodin. En donnant son grand départ depuis le Rocher, le Tour d’Espagne fait de Monaco la première ville au monde à avoir lancé les trois grands Tours, après le Giro en 1966 et le Tour de France en 2009. Aucune autre ville n’a réussi ce triplé, pas même Turin, qui n’a accueilli que des départs d’étape ordinaires sur le Tour 2024 et la Vuelta 2025.

Un territoire de 2 km² accueille donc l’ouverture d’une course qui traversera France, Andorre et Espagne. Qu’est-ce qui pousse une épreuve espagnole à commencer aussi loin de ses routes ?

Un contre-la-montre de 9,4 kilomètres pour ouvrir trois semaines

La première étape prend la forme d’un contre-la-montre individuel de 9,4 kilomètres dans les rues de la principauté. Le format est court, le classement général s’y joue en secondes plutôt qu’en minutes, mais il attribue immédiatement le premier maillot rouge de l’édition et donne le ton des rapports de force.

Ce type d’ouverture chronométrée sert autant la course que le décor. Les organisateurs y trouvent une séquence télévisuelle dense, concentrée sur quelques heures, quand une étape en ligne étale son intérêt sur plus de quatre heures de retransmission. Le peloton, lui, entame trois semaines de course avec un effort maximal d’emblée.

Soixante ans d’histoire entre le Rocher et le peloton

La relation entre Monaco et le cyclisme professionnel se construit depuis le milieu du XXe siècle, par des rendez-vous ponctuels mais réguliers.

  • le Grand Prix de Monaco cycliste, disputé de 1949 à 1983, où couraient Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Raymond Poulidor ;
  • le grand départ du Giro 1966, organisé pour le centenaire du quartier de Monte-Carlo, avec une première étape vers Diano Marina disputée devant le prince Rainier III et la princesse Grace Kelly ;
  • le grand départ du Tour de France 2009, dont le contre-la-montre inaugural revint au Suisse Fabian Cancellara ;
  • sept départs d’étape du Tour au total depuis 1952, dont celui de la dernière étape vers Nice en 2024 ;
  • le grand départ de la Vuelta 2026, qui complète la collection.

Le Giro 1966 avait par ailleurs inauguré une pratique devenue banale, celle de la présentation des équipes en nocturne et retransmise à la télévision la veille du départ. Jacques Anquetil y avait perdu trois minutes dès la première étape, gêné par un spectateur, un retard jamais comblé qui le laissa troisième du général final.

Pogačar court chez lui et vise le triplé

Le grand favori de cette Vuelta réside à Monaco. Tadej Pogačar, qui vient de remporter son cinquième Tour de France, connaît par cœur les routes du contre-la-montre inaugural, un avantage rare pour une première étape de grand Tour.

L’enjeu dépasse cette édition. Une victoire finale ferait du Slovène le neuvième coureur de l’histoire à avoir gagné les trois grands Tours, après Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali, Christopher Froome et Jonas Vingegaard. Ce dernier a mis un terme à sa saison et ne sera pas au départ.

La principauté abrite d’ailleurs une partie du peloton depuis longtemps, de Christopher Froome à Primož Roglič en passant par Peter Sagan. Roglič sera présent sur cette Vuelta, mais son équipe a annoncé qu’il n’y viserait pas le maillot rouge, ce qui laisse le champ libre à un scénario dominé par une seule équipe.

Ce que les équipes françaises viennent chercher

Decathlon-CMA CGM aligne l’Autrichien Felix Gall en leader, en l’absence de Paul Seixas laissé au repos après le Tour de France. Gall reste sur une deuxième place au classement général du dernier Giro et vient de remporter le Tour de Burgos. Léo Bisiaux, Jordan Labrosse et Matthew Riccitello figurent dans les huit coureurs retenus.

L’objectif principal sera de jouer le classement général sur cette Vuelta. Nous verrons où nous en serons au terme de ces trois semaines, mais monter sur le podium d’un autre grand Tour cette année viendrait couronner une saison formidable.

Felix Gall, leader de Decathlon-CMA CGM, propos publiés sur le site officiel de son équipe le 18 août 2026

Groupama-FDJ United mise de son côté sur Rémi Martin-Guyonnet et Valentin Madouas, quand Visma-Lease a Bike emmène Wout van Aert accompagné des Français Christophe Laporte et Bruno Armirail. Trois formations installées en France disposent ainsi de coureurs susceptibles de viser des étapes, dans une course où les échappées trouvent traditionnellement plus d’espace que sur le Tour.

Trois pays et vingt-trois jours de course

Le tracé quitte rapidement la Côte d’Azur pour rejoindre l’Andorre puis l’Espagne, avant une arrivée à Grenade le 13 septembre. Cette internationalisation des grands départs est devenue la norme économique du cyclisme professionnel : une collectivité paie pour accueillir la course, l’épreuve gagne une exposition hors de son pays, et le calendrier s’affranchit des frontières nationales qui le définissaient.

Pour un cycliste amateur, l’effort du contre-la-montre inaugural reste le plus transposable de tout le programme. Rouler seul, sans abri aérodynamique ni relais, oblige à tenir une intensité stable proche du seuil pendant une dizaine de minutes, un exercice que les entraîneurs utilisent précisément pour évaluer la condition physique d’un pratiquant. Le reste du parcours, avec ses cols andalous, relève d’un registre inaccessible sans des années de préparation.

Ces trois semaines succèdent à un été de course déjà chargé, marqué par la domination sans partage du Slovène sur le dernier Tour, et par une disette française que la Vuelta pourrait interrompre.

Ce qu’un grand départ délocalisé dit du cyclisme

Un grand départ à l’étranger n’est plus une curiosité. Il traduit un modèle où les organisateurs vendent l’ouverture de leur épreuve au plus offrant, avec les bénéfices touristiques que la collectivité d’accueil espère en retirer. Le cyclisme reste l’un des rares sports gratuits pour son public, ce qui déplace le financement vers les villes-étapes et les diffuseurs.

Reste la question du sens sportif. Une course nationale qui commence à 1 000 kilomètres de ses routes perd une part de son ancrage, et gagne une audience qu’elle n’aurait pas eue. Le débat traverse les trois grands Tours, et l’absence de victoire d’étape française sur le dernier Tour a montré qu’un public peut suivre une épreuve sans y trouver de représentation locale.

Le cyclisme français, lui, aborde cette Vuelta avec une génération dont le prodige lyonnais révélé cet été constitue la figure la plus visible, même absent du départ monégasque. Trois semaines suffisent parfois à révéler un coureur, et c’est ce que les équipes hexagonales viennent chercher entre le Rocher et l’Andalousie.

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