6,15 m avec l’estomac retourné : le quatrième titre européen de Duplantis

19/08/2026 à 18h26  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Le Suédois a franchi 6,15 mètres à Birmingham puis arrêté le concours, sans tenter le record du monde. Deux jours plus tard, il a raconté le repas qui a précédé son quatrième titre continental.

Le saut à la perche se juge à la barre franchie, et rien d’autre. Dimanche 16 août, au dernier jour des championnats d’Europe d’athlétisme de Birmingham, Armand Duplantis a passé 6,15 mètres pour décrocher son quatrième titre continental, devant le Grec Emmanouil Karalis (6,00 m) et le Français Baptiste Thiery (5,85 m).

La marque est loin de son record du monde, et le Suédois de 26 ans a arrêté le concours dès la victoire acquise. Une blessure récente expliquait déjà en partie cette prudence. Une autre raison est apparue deux jours plus tard, quand le double champion olympique a raconté sa journée de compétition.

Il avait déjeuné un poulet tikka masala quelques heures avant d’entrer dans l’aire de saut. Que se passe-t-il dans le corps d’un athlète quand un repas mal choisi tombe au mauvais moment ?

Un concours écourté une fois la victoire acquise

Le déroulé du concours de Birmingham ne laissait rien deviner. Duplantis a franchi ses barres, pris la tête, et cessé de sauter dès que le titre lui était assuré. Aucune tentative au-delà de 6,15 m n’a été enregistrée, alors que le public attendait une attaque du record du monde, un exercice devenu un rituel de ses sorties.

Le détenteur du record mondial avait prévenu avant la compétition qu’une blessure récente l’empêchait d’être à cent pour cent. Ce genre de déclaration passe généralement pour de la gestion d’attente, tant les athlètes de ce niveau annoncent rarement leur pleine forme avant un grand rendez-vous.

Le classement final confirme malgré tout la hiérarchie continentale de la discipline. Karalis, seul autre sauteur au-dessus de six mètres, reste le principal rival européen du Suédois, et l’écart de quinze centimètres entre les deux hommes correspond à peu près à celui observé depuis trois saisons.

Le poulet tikka masala, une erreur assumée

L’explication est venue de l’intéressé, dans un entretien accordé à l’organisation des championnats et relayé le 18 août. Duplantis y raconte des maux de ventre qui l’ont accompagné toute la journée du concours, conséquence directe du plat commandé le midi. Il dit avoir passé sa journée aux toilettes avant de venir sauter.

C’est la plus grosse erreur de ma carrière en termes d’alimentation. J’ai tout fait pour éviter la sauce épicée, mais quand on a l’estomac fragile, manger indien avant une compétition… Je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai fait ça.

Armand Duplantis, dans un entretien accordé à l’organisation des championnats d’Europe, propos rapportés le 18 août 2026

Le ton de la confession compte autant que son contenu. Un champion qui reconnaît une faute de préparation banale rappelle que le haut niveau ne se joue pas seulement sur des protocoles millimétrés, mais aussi sur des décisions ordinaires prises quelques heures avant l’effort.

Ce que la digestion impose à un sportif avant l’effort

Le mécanisme derrière cette mésaventure n’a rien de mystérieux, et il concerne autant un perchiste olympique qu’un coureur du dimanche.

  • la digestion mobilise une part importante du débit sanguin vers le système digestif, au moment précis où les muscles en réclament davantage ;
  • les plats gras et fortement épicés ralentissent la vidange gastrique et prolongent donc cette concurrence ;
  • les recommandations les plus répandues en nutrition du sport situent le dernier repas complet environ trois heures avant l’effort ;
  • un aliment inhabituel testé le jour d’une compétition expose à une réaction que l’entraînement n’a jamais permis d’anticiper ;
  • les troubles digestifs figurent parmi les premières causes d’abandon sur les épreuves d’endurance longues.

La règle empirique du milieu tient en une phrase : rien de nouveau le jour J. Elle vaut pour les chaussures, pour les boissons, et d’abord pour l’assiette, comme le rappelait déjà notre analyse de ce que l’on mange avant, pendant et après l’effort.

Reste que cette contrariété digestive n’a pas empêché le résultat, ce qui en dit long sur l’écart de niveau au sommet de la discipline.

Un podium relevé et un Français en bronze

Derrière le Suédois, le concours a offert au public français une satisfaction rare sur ces championnats. Baptiste Thiery a décroché le bronze avec 5,85 m, sa première médaille internationale en catégorie senior.

Ce podium s’inscrit dans un bilan tricolore contrasté. La France a quitté Birmingham avec onze médailles, dont trois en argent et huit en bronze, mais aucun titre, quand l’Italie terminait en tête du classement par nations, comme le montrait le bilan chiffré de la délégation française.

La perche, une discipline où le détail décide

Peu d’épreuves d’athlétisme dépendent autant de paramètres non chronométrables. La longueur et la rigidité de la perche, la vitesse de course d’élan, le vent, la température qui modifie la souplesse du matériau : chaque élément peut coûter les quelques centimètres qui séparent une barre franchie d’une barre tombée.

Le corps entre dans la même équation. Un sauteur convertit une course d’élan d’une quarantaine de mètres en énergie élastique stockée dans la perche, puis en élévation verticale, ce qui exige un gainage complet et une coordination qu’un inconfort abdominal perturbe directement.

Cette exigence explique pourquoi la discipline attire les profils polyvalents, souvent issus de la gymnastique ou du sprint, et pourquoi la France y compte plusieurs représentants au niveau international, comme le montrait la présence de trois Françaises en finale à Birmingham.

Ce qu’une anecdote d’estomac raconte du haut niveau

Les récits de performance mettent volontiers en avant la préparation, la technologie et les données. Celui-ci ramène à quelque chose de beaucoup plus commun : un athlète qui commande un plat, se trompe, et compose ensuite avec les conséquences. La marge entre un champion et un pratiquant du dimanche se réduit sur ce terrain-là.

La suite arrive vite. Duplantis est attendu ce jeudi à Lausanne pour le City Event d’Athletissima, sur les quais d’Ouchy, où il dispute sa huitième participation avec trois victoires déjà à son actif. Le contexte y sera festif, le concours court, et l’attente d’un record intacte.

Entre-temps, la question de l’assiette d’avant-compétition aura circulé bien au-delà du cercle des perchistes. Un plat indien mal choisi vaut parfois mieux qu’un rappel de règle nutritionnelle pour installer une consigne dans les têtes, et c’est peut-être l’apport le plus durable de ce quatrième titre européen.

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