11 médailles, zéro or : l’athlétisme français quitte Birmingham au 19e rang européen

17/08/2026 à 15h12  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

Trois médailles d'argent, huit de bronze et aucun titre : la délégation tricolore referme ses championnats d'Europe au dix-neuvième rang des nations, deux ans après en avoir ramené seize de Rome, dont quatre en or.

Les championnats d’Europe d’athlétisme se sont refermés dimanche soir à Birmingham, et le décompte tricolore tient en deux nombres : onze médailles, dont aucune en or. Trois en argent, huit en bronze, et une dix-neuvième place au tableau des médailles, ce classement qui hiérarchise les nations d’abord sur le nombre de titres, ensuite seulement sur le total des podiums.

La délégation avait pourtant ramené des médailles presque chaque soir, jusqu’aux deux bronzes du dernier jour. Le paradoxe est là : une équipe présente partout, jamais devant. À deux ans des Jeux de Los Angeles, ce genre de bilan se lit moins comme un accident que comme un signal. Que dit-il exactement de l’athlétisme français ?

Deux bronzes le dernier jour, et rien au-dessus

Dimanche, Hilary Kpatcha a décroché à 28 ans sa première médaille internationale, grâce à un bond à 6,98 m au deuxième essai. Le concours de la longueur s’est joué à quatre centimètres : l’Italienne Larissa Iapichino l’emporte à 7,00 m, la Britannique Jazmin Sawyers prend l’argent à 6,99 m. La Française revient d’un après-Jeux difficile, marqué par une onzième place à Paris avec 6,56 m, puis de longs mois sans entraînement avant une réinstallation à l’Insep.

Quelques minutes plus tôt, le Martiniquais Baptiste Thiery avait franchi 5,85 m à la perche pour sa propre première médaille internationale, derrière Armand Duplantis (6,15 m) et le Grec Emmanouil Karalis (6,00 m). Le perchiste de 25 ans sortait d’un mois de juillet compliqué, avec une chute sur la tête à Monaco et une quatrième place seulement aux championnats de France d’Albi.

Ces deux podiums ont le même goût pour ceux qui les décrochent, et un goût très différent pour la fédération qui compte. Une première médaille internationale à 25 ou 28 ans raconte une trajectoire personnelle réussie. Elle ne raconte pas une hiérarchie continentale renversée.

Le tableau des médailles est sévère avec ceux qui n’ont pas d’or

Le classement des nations ne pondère pas les podiums, il les hiérarchise. Une seule médaille d’or place un pays devant une délégation qui en ramènerait dix d’argent. La comparaison avec les deux éditions précédentes montre l’ampleur du décrochage tricolore.

ÉditionTotal de médaillesTitres européens
Birmingham 2026110
Rome 2024164
Munich 202290

Deux campagnes sans le moindre titre en trois éditions : il faut remonter à 1982 pour retrouver un Euro aussi maigre côté français avant cette série. Rome 2024 fait figure d’exception, et son épilogue invite d’ailleurs à la prudence, puisque cette moisson avait précédé des Jeux à domicile qui n’ont rapporté qu’une seule médaille d’argent à l’athlétisme tricolore.

La lecture du directeur technique national

Frank Bignet, directeur technique national de la Fédération française d’athlétisme, a livré dimanche soir une analyse à deux entrées. Il reconnaît la sanction du classement tout en pointant un autre indicateur, la placing table, qui comptabilise les places dans le top 8 européen et où la France se situe au quatrième rang. Sa formule résume la position dans laquelle se trouve la fédération.

Ce n’est ni un grand soleil radieux, ni une éclipse totale

Frank Bignet, directeur technique national de l’équipe de France, au bilan des championnats d’Europe de Birmingham, le 16 août 2026

La nuance est réelle. Une délégation qui place beaucoup d’athlètes dans les huit premiers dispose d’un vivier ; une délégation qui ne gagne pas manque de ce qui transforme un vivier en résultats. Les deux constats sont vrais en même temps, et c’est précisément ce qui rend le diagnostic difficile.

Ce que la campagne tricolore a quand même produit

Le détail des onze podiums donne une image plus fine que le total. Les médailles se répartissent sur des familles d’épreuves très différentes, ce qui n’est pas le signe d’une équipe adossée à une seule discipline. Les concours et le demi-fond ont porté l’essentiel de la récolte.

  • trois médailles d’argent, pour Alice Finot sur 3000 m steeple, Muhammad Abdallah Kounta sur 400 m et Just Kwaou-Mathey sur 110 m haies ;
  • trois bronzes sur les courses de fond, avec Étienne Daguinos sur 5000 m, Jimmy Gressier sur 10 000 m et l’équipe de France du marathon ;
  • deux bronzes sur les haies et la marche, pour Laeticia Bapté sur 100 m haies et Aurélien Quinion sur le marathon marche ;
  • trois bronzes dans les concours, avec Marie-Julie Bonnin et Baptiste Thiery à la perche, Hilary Kpatcha à la longueur.

Cette répartition se lit aussi comme un inventaire des absences. Le sprint court n’a rien rapporté, et l’équipe était arrivée en Angleterre privée d’un titre à défendre sur 100 m haies, forfait qui a pesé sur le total autant que sur le moral du groupe.

Un signal à deux ans de Los Angeles

La délégation était partie avec quatre-vingts athlètes et trois titres à défendre, un effectif qui plaçait la France parmi les nations les plus fournies de la compétition. Aucun de ces titres n’a été conservé. L’écart entre la taille du groupe et le rendement final constitue, selon les termes mêmes du directeur technique, la difficulté principale du moment.

Le paradoxe tient au fait que la profondeur, elle, existe. Les championnats de France d’Albi avaient produit cent cinq records personnels en trois jours, un chiffre qui indique une base élargie et des athlètes en progression. Passer du record personnel au titre continental reste le saut le plus difficile, et c’est exactement celui que les Bleus n’ont pas franchi.

Le calendrier ne laisse pas beaucoup de marge, et la sélection olympique se jouera sur des minima plus exigeants que des places de finaliste. Les résultats détaillés publiés par la Fédération française d’athlétisme serviront de base à la préparation des deux prochaines saisons, avec des Mondiaux à disputer entre-temps.

Pour les licenciés qui suivent ces championnats depuis leur club, l’effet est moins mécanique qu’on l’imagine. L’athlétisme reste l’une des rares pratiques où course, sauts et lancers se travaillent au même endroit, ce qui en fait un socle de motricité recommandé chez les jeunes bien avant toute logique de performance. Une piste ne se remplit pas au rythme des médailles, mais au rythme des créneaux disponibles et des entraîneurs formés.

Ce que l’or manquant ne dit pas

Un classement par nations est un instrument grossier, et l’athlétisme le sait mieux que d’autres sports : une finale se joue parfois à quatre centimètres, un centième ou une hauteur de barre. Onze podiums restent onze podiums, obtenus dans un championnat que la plupart des nations européennes abordent au sommet de leur forme estivale.

La question qui suit ce bilan porte moins sur le comptage que sur ce qu’on en fait. Une fédération peut lire un dix-neuvième rang comme un avertissement ou comme un point de départ, et la différence se mesurera moins dans les déclarations d’août que dans les choix d’encadrement des mois qui viennent. Los Angeles arrivera vite pour une génération qui a désormais l’expérience des finales sans en avoir encore l’habitude de gagner.

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