Dimanche 16 août, à l’Alexander Stadium de Birmingham, la Britannique Amy Hunt a remporté son quatrième titre de la semaine en bouclant le relais 4×100 m mixte. Les championnats d’Europe d’athlétisme, créés en 1934 et disputés tous les deux ans, n’avaient jamais vu un seul athlète gagner quatre finales dans une même édition. Quatre-vingt-douze ans plus tard, c’est fait.
Le chiffre paraît anodin sur le papier. Il suppose pourtant d’aligner deux courses individuelles et deux relais en six jours, avec séries, demi-finales et finales, dans un calendrier resserré qui laisse peu de place à la récupération. Comment tient-on un tel programme sans céder physiquement en cours de route ?
Une semaine à quatre finales gagnées
Le compte est simple à établir. Amy Hunt a d’abord enlevé le 100 m puis le 200 m, les deux épreuves reines du sprint court, avant de contribuer à la victoire du relais 4×100 m féminin samedi, puis de conclure dimanche par le relais mixte.
Chaque titre s’est accompagné de tours de qualification. Sur une même semaine, cela représente une accumulation de départs à des intensités maximales, avec les contraintes musculaires qui vont avec, en particulier sur les ischio-jambiers. Le sprint pardonne rarement l’accumulation, et c’est précisément ce qui rend l’enchaînement remarquable.
La quatrième médaille est aussi la plus improbable des quatre, parce qu’elle reposait sur une épreuve que le quatuor britannique n’avait pratiquement pas répétée.
Un relais mixte monté à l’échauffement
Le 4×100 m mixte alterne deux hommes et deux femmes, ce qui complique les passages de témoin entre coureurs de gabarits et de vitesses différentes. Jeremiah Azu, Dina Asher-Smith, Zharnel Hughes et Amy Hunt l’ont pourtant emporté en 39″97, nouveau record d’Europe, devant l’Allemagne et l’Espagne.
La première fois qu’on a fait ce passage de témoin, c’était il y a une heure, à l’échauffement. Regardez comme c’était fluide. De vrais professionnels.
Amy Hunt, après la finale du relais 4×100 m mixte des championnats d’Europe de Birmingham, le 16 août 2026, propos recueillis par l’AFP
L’anecdote en dit long sur le niveau technique atteint par ce groupe. Un passage de témoin réussi se joue sur une zone de vingt mètres et sur des repères travaillés pendant des semaines ; improviser à ce niveau relève de l’exception, pas de la méthode. Elle raconte aussi l’état de forme d’un collectif entier, pas seulement d’une athlète.
Dina Asher-Smith, onze médailles et un record d’ancienneté
Sur la deuxième ligne droite de ce même relais courait une athlète qui, elle aussi, a fait basculer un classement historique. À 30 ans, Dina Asher-Smith a signé une soirée qui la place seule en tête de deux palmarès européens :
- huitième titre continental, ce qui la détache de la discobole croate Sandra Elkasevic et du Norvégien Jakob Ingebrigtsen, arrêtés à sept ;
- onze médailles européennes au total, en comptant deux médailles d’argent et un bronze ;
- dépassement du record de la Polonaise Irena Szewinska, qui en avait accumulé dix entre 1966 et 1978 ;
- statut d’athlète la plus médaillée de l’histoire de ces championnats, hommes et femmes confondus.
Ces marques se sont construites sur une décennie de continuité plus que sur une saison exceptionnelle. La longévité vaut ici autant que la pointe de vitesse, et elle explique pourquoi le sprint britannique a pu s’appuyer sur elle jusqu’à cette édition.
Le reste de l’équipe a suivi le même mouvement, avec une densité que la Grande-Bretagne n’avait plus affichée depuis longtemps.
Le sprint britannique a presque tout raflé
Sur le 100 m masculin, Romell Glave et Jeremiah Azu ont signé un doublé, Azu étant par ailleurs champion du monde en salle du 60 m. Zharnel Hughes a ajouté l’argent du 200 m, et le relais 4×100 m masculin a lui aussi été remporté par la sélection britannique.
Le pays organisateur a également gagné ailleurs qu’en sprint, notamment grâce à Georgia Hunter Bell, victorieuse du 1500 m en 4′07″78 après un dernier tour couvert en 58″44. Cette performance d’ensemble n’a pourtant pas suffi au sommet du tableau, dans un Euro que suivait aussi la nouvelle grammaire télévisuelle de l’UER.
L’Italie garde la tête du tableau pour trois centièmes
Le classement s’est joué sur la toute dernière course. Italiens et Britanniques abordaient le 4×400 m masculin avec neuf titres chacun, et l’Italie l’a emporté en 2′59″16 contre 2′59″19 pour la Grande-Bretagne, soit trois centièmes de seconde.
Ce succès a donné à l’Italie dix titres et vingt-deux médailles au total, contre neuf titres pour la Grande-Bretagne. Au classement par points, qui prend en compte les huit premières places de chaque finale, la hiérarchie s’établit à 202 points pour l’Italie, 174,5 pour la Grande-Bretagne et 161 pour l’Allemagne.
La France, elle, a quitté Birmingham avec onze médailles mais aucun titre, un résultat détaillé dans le bilan tricolore de ces championnats. L’écart avec les nations de tête tient moins au nombre de finalistes qu’à la capacité à convertir une place de finale en médaille d’or, comme le laissaient déjà pressentir les objectifs affichés à l’ouverture de la compétition.
Ce que ces quatre titres disent du sprint européen
Un athlète capable de gagner quatre finales en une semaine change la façon dont une équipe se construit. Les relais, longtemps traités comme un supplément de fin de programme, deviennent des épreuves à part entière : le 4×100 m mixte a produit dimanche un record continental et le titre décisif d’une édition. Deux relais valent désormais autant que deux courses individuelles dans une stratégie de sélection.
Cette évolution touche aussi le niveau amateur. Les épreuves collectives sur piste sont celles qui ramènent le plus facilement des coureurs en club, parce qu’elles diluent la pression du chrono individuel et créent un engagement partagé, avec les effets connus de l’exercice régulier sur le sommeil et l’humeur. Le relais reste la porte d’entrée la plus efficace vers une pratique suivie.
Reste à savoir si l’exploit sera reproductible. Les Jeux de Los Angeles arrivent dans deux ans, avec un programme plus dense encore et une concurrence mondiale sans commune mesure avec le plateau européen. Quatre finales gagnées à Birmingham posent une question de charge autant qu’une question de talent, et c’est sur ce point que se jugera la trajectoire des mois à venir.
