Les Championnats du monde de badminton s’ouvrent ce lundi à New Delhi, et se disputent jusqu’au 23 août dans l’Indira Gandhi Arena. Sept jours de compétition, cinq titres mondiaux à attribuer entre les deux simples et les trois doubles, et un plateau où soixante-quatre joueuses et soixante-quatre joueurs s’alignent en simple, auxquels s’ajoutent quarante-huit paires par tableau de double.
L’épreuve fait son retour en Inde après dix-sept ans d’absence, pour sa trentième édition. Le premier match a été programmé à 11 h 30 heure de Kuala Lumpur, soit au petit matin en France, ce qui donne le ton d’une semaine où les horaires de diffusion demanderont un peu d’organisation aux amateurs.
Pour la délégation française, l’enjeu se résume à une ligne restée vide dans les archives : aucun Bleu n’a jamais ramené de médaille mondiale en simple hommes. Cette édition est-elle celle qui peut refermer cette anomalie ?
Trois Français dans le top 15 du simple hommes
La configuration est inédite. Christo Popov se présente en cinquième joueur mondial et chef de file tricolore, Alex Lanier en neuvième, Toma Junior Popov en quinzième. Jamais la France n’avait aligné trois joueurs de ce rang sur un même championnat du monde, dans un tableau où la profondeur compte autant que le talent individuel.
Le tirage a placé Christo Popov et Alex Lanier dans la même partie de tableau, ce qui ouvre la possibilité d’un huitième de finale entre eux. Les deux hommes ont chacun remporté le Japan Open ces deux dernières saisons, et aucun des deux n’avait franchi ce stade en 2025 à Paris. Une confrontation à ce niveau garantirait un Français en quarts, mais en éliminerait un autre.
Ce que Christo Popov a construit depuis Paris
Il y a un an, dans une salle parisienne acquise à sa cause, Christo Popov avait poussé le Chinois Shi Yu Qi dans ses retranchements en huitièmes de finale avant de céder. Le Chinois était ensuite allé au titre, qu’il remet en jeu cette semaine. Cette défaite s’est révélée un point de bascule plutôt qu’un coup d’arrêt.
Les douze mois qui ont suivi ont été les plus denses de sa carrière. Le Français a remporté les World Tour Finals, une première pour son pays, décroché le titre européen au printemps, emmené l’équipe de France jusqu’en finale de la Thomas Cup, puis ajouté le Japan Open à son palmarès quelques semaines avant ces Mondiaux. Son discours d’avant-tournoi mêle confiance et lucidité sur la densité du tableau.
Bon état d’esprit, et une vraie faim de médaille. On veut tellement notre première médaille en simple hommes
Christo Popov, dans un entretien accordé à la Fédération mondiale de badminton avant les Championnats du monde, le 15 août 2026
La concurrence, elle, ne s’est pas allégée. Shi Yu Qi défend son titre, le Thaïlandais Kunlavut Vitidsarn a atteint la finale des quatre derniers grands rendez-vous, et le Danois Anders Antonsen est monté sur le podium de quatre des cinq dernières éditions. Le simple hommes traverse une transition générationnelle où les anciens n’ont pas encore cédé la place.
Le tableau tricolore, tour par tour
Les Bleus entrent en lice de façon échelonnée sur les trois premiers jours, selon les tableaux et les têtes de série. Le détail des premières oppositions, publié par la Fédération française de badminton, dessine des entrées globalement abordables. C’est au deuxième tour que le niveau se relève brutalement pour plusieurs d’entre eux.
- en simple hommes, Alex Lanier affronte l’Israélien Misha Zilberman et Toma Junior Popov le Polonais Dominik Kwinta, deux joueurs classés au-delà de la 75e place mondiale ;
- Christo Popov hérite du Japonais Kenta Nishimoto, vingt-quatrième mondial, seul joueur à l’avoir battu lors de leur unique confrontation ;
- en double hommes, les frères Popov ouvrent dès lundi face aux Japonais Nomura et Shimogami, avec les champions du monde en titre en embuscade au tour suivant ;
- en simple dames, Anna Tatranova, soixante-douzième mondiale, défie la Taïwanaise Lin Hsiang Ti, dix-huitième, contre qui elle n’a jamais joué ;
- en double mixte, Thom Gicquel et Delphine Delrue entrent mercredi seulement, exemptés de premier tour grâce à leur statut de cinquièmes têtes de série.
Gicquel et Delrue constituent la carte la plus sûre de la délégation. Le duo avait décroché le bronze mondial l’an dernier à domicile et vient de confirmer sa forme par un podium au Super 1000 de Changzhou, à quelques semaines de l’échéance.
Les forfaits qui rebattent les cartes
Une série de désistements a modifié la physionomie des tableaux à la veille du coup d’envoi. En double hommes, les huitièmes têtes de série et champions du monde 2021 Takuro Hoki et Yugo Kobayashi ont renoncé, tout comme les sixièmes têtes de série du double dames, la paire coréenne Kim Hye Jeong et Kong Hee Yong.
Le double mixte perd de son côté les septièmes têtes de série, les Hongkongais Tang Chun Man et Tse Ying Suet, deux fois médaillés de bronze mondiaux, après la rupture d’un ligament croisé. Ces retraits ouvrent des places à des paires qui découvriront le championnat, et allègent mécaniquement certaines parties de tableau pour les têtes de série restantes.
Un sport de club qui vit très bien sans les Mondiaux
Le badminton de compétition et le badminton de gymnase ne se confondent pas, et c’est probablement ce qui protège le second. En France, 1 037 clubs viennent de recevoir le label École française de badminton pour la saison 2026-2027, un dispositif fédéral qui certifie l’encadrement des plus jeunes et constitue l’ossature du réseau de formation.
Cette base explique pourquoi le volant tient sans dépendre des résultats internationaux. Le badminton figure parmi les sports de raquette les plus pratiqués en dehors de toute licence, dans les créneaux municipaux et les salles d’entreprise, un usage qui échappe largement aux statistiques fédérales.
La concurrence entre disciplines de raquette s’est pourtant durcie, et le public adulte se partage entre plusieurs offres. Le padel et le pickleball, dernier arrivé sur ce marché, captent une partie de celles et ceux qui cherchent une pratique conviviale, tandis que le mouvement sportif dans son ensemble voit l’élan post-olympique se tasser plus vite que prévu.
Sur le terrain de la santé, le volant garde un argument solide. Un match de badminton loisir alterne des séquences très intenses et des temps de récupération courts, ce qui en fait un travail cardiovasculaire fractionné naturel, avec un travail d’appuis et de coordination que peu de sports collectifs sollicitent autant. La charge articulaire y reste modérée tant que les changements d’appui restent maîtrisés.
Sept jours pour changer une statistique
Une médaille mondiale en simple hommes vaudrait, pour le badminton français, davantage qu’une ligne de plus au palmarès. Elle validerait une décennie d’investissement dans une filière longtemps cantonnée aux doubles, et donnerait à trois joueurs déjà installés dans le top 15 la légitimité qui manque encore à leur génération. Le tirage a placé deux d’entre eux dans la même moitié de tableau, ce qui rend l’équation un peu plus serrée qu’elle n’y paraît.
La semaine dira aussi quelque chose du calendrier chargé qui attend ces joueurs, entre Jeux méditerranéens à partir du 21 août et tournée européenne d’octobre. Les Mondiaux de New Delhi arrivent au milieu d’une saison qui ne laisse guère de place à la récupération, et c’est peut-être là que se jouera l’écart entre une bonne semaine et une semaine historique.
