Pickleball : le benjamin des sports de raquette accélère en France

13/07/2026 à 19h31  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Porté par la Fédération française de tennis, le pickleball séduit un public de plus en plus large. Retour sur l'ascension express d'un sport venu des États-Unis.

Une raquette pleine, une balle en plastique perforée, un petit terrain et un filet abaissé : voilà, en quelques objets, tout l’univers du pickleball. Ce sport de raquette, croisement improbable entre le tennis, le badminton et le tennis de table, gagne du terrain à une vitesse remarquable dans les clubs français.

Longtemps cantonné aux États-Unis, il débarque en France avec l’appui d’une grande fédération et une communauté qui grossit mois après mois. Facile à apprendre, peu traumatisant pour le corps, il coche beaucoup de cases de l’époque. Mais s’agit-il d’une mode passagère ou d’une discipline installée pour durer ?

Un sport né dans un jardin américain

L’histoire commence en 1965, sur une île de l’État de Washington, quand quelques familles bricolent un jeu pour occuper leurs enfants un après-midi d’été. De ce jardin est né un sport hybride, joué sur un terrain de la taille d’un court de badminton, avec des règles simples et un matériel rudimentaire.

Un demi-siècle plus tard, le succès a changé d’échelle. Le pickleball est régulièrement présenté comme le sport à la croissance la plus rapide des États-Unis, avec plusieurs millions de pratiquants et des équipements dédiés qui poussent partout. C’est cette vague venue d’outre-Atlantique qui atteint aujourd’hui l’Europe.

Son nom même sonne comme une curiosité, et cette étrangeté fait partie de son charme. Derrière l’apparente légèreté du jeu se cache pourtant une vraie exigence tactique, faite d’échanges courts, de placements et d’amortis près du filet.

La fédération de tennis prend la main

En France, le tournant est institutionnel. La Fédération française de tennis a obtenu la délégation officielle du pickleball le 2 janvier 2026, se voyant confier par l’État la responsabilité d’organiser la discipline, des débutants jusqu’au haut niveau.

Ce n’est pas une découverte de dernière minute. La FFT avait déjà intégré le pickleball à ses statuts dès janvier 2024, misant sur son réseau de clubs pour l’installer. À partir de la saison 2026-2027, une licence unique donnera accès à l’ensemble de ses pratiques : tennis, padel, beach tennis et pickleball. Le pari est celui de la multi-pratique au sein des structures existantes.

Confier la discipline à une fédération puissante change tout : cela ouvre l’accès à des milliers de terrains, à des formations d’encadrants et à un calendrier de compétitions. La structuration s’accélère d’un coup, là où le pickleball reposait jusqu’ici sur des initiatives isolées.

Les chiffres d’une montée en puissance

Les compteurs traduisent déjà un engouement bien réel, même s’il part d’une base modeste. Plusieurs indicateurs donnent la mesure du phénomène :

  • près de 30 000 pratiquants sont recensés sur le territoire, pour environ 3 500 licences délivrées ;
  • près de la moitié de ces pratiquants sont des femmes, une mixité rare dans le paysage sportif ;
  • 850 clubs proposent désormais des créneaux, les terrains s’installant facilement sur un court de tennis existant ;
  • les tout premiers championnats de France de la discipline se sont tenus à Aix-en-Provence, en juillet 2026.

Ces volumes restent loin de ceux du tennis ou du football, mais la pente est raide. La facilité d’installation des terrains, souvent tracés sur des surfaces déjà disponibles, accélère mécaniquement le déploiement dans les clubs.

Le passage de 3 500 licenciés à près de 30 000 pratiquants dessine par ailleurs un vaste réservoir. La marge entre ceux qui jouent et ceux qui prennent une licence montre tout le potentiel de conversion qui reste à exploiter.

Pourquoi le jeu séduit autant

Le pickleball a l’immense avantage d’être accessible dès les premières minutes. Le petit terrain limite les courses, la balle va moins vite qu’au tennis, et l’apprentissage des échanges se fait presque naturellement, sans années de technique préalable.

Le jeu séduit aussi parce qu’il ménage le corps et crée du lien. Pratiqué surtout en double, il combine effort modéré et convivialité, ce qui attire aussi bien les jeunes que les seniors en quête d’une activité douce. Cette ambition de diversification est assumée au plus haut niveau de la fédération.

Ce sport jeune et dynamique correspond parfaitement à notre ambition de diversifier les disciplines proposées au sein de nos 7 000 clubs

Gilles Moretton, président de la Fédération française de tennis, janvier 2026

Une vague qui bouscule les sports de raquette

Le pickleball n’arrive pas en terrain vierge. Il rejoint une famille de disciplines en plein essor, à commencer par le padel qui a dépassé le million de pratiquants en France, autre sport de raquette convivial qui a explosé en une poignée d’années. La recette du succès se ressemble étrangement d’une discipline à l’autre.

Cette dynamique s’inscrit dans un goût plus large pour les pratiques ludiques et accessibles. On le retrouve dans l’attrait du badminton en version loisir comme dans la maturité gagnée par l’escalade. Le point commun : des sports où l’on progresse vite et où l’on s’amuse tout de suite, loin de l’exigence intimidante des disciplines classiques.

Cette parenté interroge sur la place que prendront demain ces disciplines dans les clubs traditionnels. À mesure que les courts se partagent entre plusieurs pratiques, la frontière entre les sports de raquette s’estompe, au profit d’une offre plus souple, pensée pour retenir les licenciés en leur proposant de varier les plaisirs sans changer de club.

Un avenir qui se jouera dans les écoles

La trajectoire du pickleball dépendra de sa capacité à sortir du cercle des clubs déjà convaincus. Les projets scolaires et municipaux seront décisifs : c’est en installant des terrains dans les cours de récréation et les gymnases de quartier que la discipline pourrait changer véritablement d’échelle, plutôt que rester un supplément d’âme des clubs de tennis.

Difficile, à ce stade, de dire si l’engouement s’ancrera durablement ou s’essoufflera comme d’autres modes sportives. Une chose est sûre : en misant sur l’accessibilité et la convivialité, le pickleball répond à une attente de fond, celle d’un sport que l’on pratique pour le plaisir avant la performance, et qui pourrait bien redessiner l’offre des clubs dans les années à venir.

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