Les Jeux méditerranéens n’occupent pas la première ligne des calendriers sportifs, et pourtant la délégation française y a vécu vendredi 28 août l’une de ses journées les plus pleines de l’été : dix médailles décrochées en vingt-quatre heures, dont quatre en or, trois en argent et trois en bronze. Cette 20e édition, organisée à Tarente dans le sud de l’Italie du 21 août au 3 septembre, réunit les pays du pourtour méditerranéen dans une compétition multisports qui sert souvent de banc d’essai entre deux olympiades.
La France y aligne 323 athlètes, dont beaucoup découvrent à cette occasion un grand rendez-vous international. La moisson du 28 août ne doit rien au hasard : elle vient de cinq disciplines différentes, dont deux qui ne font pas partie du décor habituel des podiums tricolores. Comment une seule journée peut-elle produire un tel écart avec le reste de la quinzaine ?
Le tir à l’arc a fait le plus gros du travail
Cinq finales étaient au programme des archers français ce vendredi. Ils en ont gagné trois et perdu deux, ce qui les place en tête du tableau des médailles de la discipline avec trois titres et deux places de deuxième. Thomas Chirault repart de Tarente avec trois médailles, dont deux en or, un cumul que même les meilleurs saisons de carrière produisent rarement.
L’archer de 28 ans, vice-champion olympique par équipes, a d’abord gagné le double mixte avec Caroline Lopez face à la Turquie sur le score sans appel de 6-0, avec 59 points sur 60 pour lui seul. Il a ensuite dominé l’Italien Francesco Gregori 7-1 en finale individuelle. Entre les deux, il a pris l’argent par équipes avec Kylan Hepp et Romain Viale, battus par l’Espagne. Lisa Barbelin, médaillée de bronze aux Jeux de Paris, a complété la série avec un titre individuel arraché à l’Espagnole Elia Canales, 7-3, au terme d’une finale d’une régularité peu commune.
Pour le coup, ce fut une compétition très très satisfaisante. Être engagé sur trois finales or, ça ne m’est jamais arrivé et ça n’arrive vraiment pas très souvent dans une carrière.
Thomas Chirault, à l’issue de la journée de finales du 28 août 2026, propos recueillis par le CNOSF
Cette performance collective prolonge une régularité que la Fédération française de tir à l’arc observe édition après édition sur cette compétition. Le tir à l’arc reste pourtant discret dans le paysage médiatique français, malgré une pratique de loisir en croissance et des clubs qui remplissent leurs créneaux, comme l’a montré récemment un championnat national réunissant plusieurs centaines d’archers.
Les dix podiums de la journée, discipline par discipline
La récolte du 28 août se répartit entre cinq sports, avec une nette domination des disciplines individuelles. Voici le détail des dix médailles annoncées par la délégation française :
- tir à l’arc, or en double mixte pour Thomas Chirault et Caroline Lopez ;
- tir à l’arc, or individuel pour Thomas Chirault et pour Lisa Barbelin ;
- tir à l’arc, argent par équipes hommes et argent par équipes femmes ;
- roller course, or au marathon pour Hugo Gerard ;
- badminton, argent en double dames pour Agathe Cuevas et Elsa Jacob ;
- badminton, argent en double mixte pour Elsa Jacob et Natan Begga ;
- badminton, bronze en double messieurs pour Thibault Gardon et Tom Lalot-Trescarte, et bronze en simple dames pour Léonice Huet ;
- padel, bronze en double mixte pour Louise Bahurel et Dylan Guichard ;
- judo, bronze en moins de 66 kg pour Alexis Renard.
Le badminton français mérite une mention à part : il repart avec une médaille dans chacun des quatre tableaux disputés, un rendement rare pour une délégation sur ce type de compétition. La discipline vit une séquence favorable, dans le prolongement des résultats obtenus aux Mondiaux de New Delhi quelques jours plus tôt.
Le roller course entre dans les Jeux par la grande porte
Le roller course figurait pour la première fois au programme des Jeux méditerranéens, et la France y a gagné son premier titre. Hugo Gerard a remporté le marathon grâce à une accélération placée dans les 250 derniers mètres, après une course où il s’était contenté de suivre. Nolan Beddiaf et Louis Colin ont terminé cinquième et dixième, en participant au travail collectif qui a permis ce final.
L’arrivée de cette discipline dans un programme officiel n’est pas anecdotique pour une pratique qui compte beaucoup de licenciés loisir et peu de vitrines internationales. Une victoire dès la première édition change la visibilité d’un sport pour plusieurs saisons, et souvent le nombre d’inscriptions dans les clubs qui suivent.
Trois journées, trente médailles
La journée du 28 août n’est pas un accident isolé dans cette quinzaine. Les trois dernières journées ont produit un rythme remarquablement régulier, que le décompte quotidien de la délégation permet de suivre :
| Journée | Médailles françaises |
|---|---|
| 26 août | 11 |
| 27 août | 9 |
| 28 août | 10 |
| Total sur trois jours | 30 |
Trente podiums en trois jours, sur une compétition qui en compte encore une semaine, situe le niveau de la délégation dans cette édition. Le rythme s’est accéléré à mesure que les épreuves individuelles ont remplacé les phases de poules des sports collectifs, encore en cours à Tarente.
Ces chiffres restent à relativiser : les Jeux méditerranéens ne réunissent qu’une vingtaine de nations, et les plateaux y sont plus ouverts que sur un championnat du monde. La compétition n’en garde pas moins une fonction précise dans la préparation d’un athlète.
Ce que Tarente vaut vraiment dans une saison
Pour un sportif de haut niveau, ce type de rendez-vous sert d’abord à répéter le format des grandes échéances : enchaînement de tours, gestion de la chaleur, cohabitation en village d’athlètes, présence du public. C’est un entraînement grandeur nature avant des sélections nationales, et Thomas Chirault le formulait lui-même en évoquant les échéances qui l’attendent.
Pour d’autres, la médaille est une fin en soi. Une jeune archère ou un joueur de padel dont la discipline dispose de peu de rendez-vous internationaux n’aura pas dix occasions par saison d’entendre la Marseillaise. C’est aussi vrai pour les podiums enchaînés en nage avec palmes plus tôt dans la semaine, dans une discipline qui n’a jamais franchi la porte des Jeux olympiques.
Une vitrine que peu de disciplines peuvent s’offrir
La compétition se poursuit jusqu’au 3 septembre, avec les sports collectifs qui entrent dans leur phase décisive et le basket 3×3, le water-polo et le volley encore en lice. Les compteurs vont continuer de tourner, sans que le total final change grand-chose à ce que cette quinzaine aura montré. Elle donne une scène à des sports qui n’en trouvent presque jamais.
Le tir à l’arc, le roller course ou la nage avec palmes ne feront pas la une des journaux télévisés cette semaine. Ils gagneront pourtant, dans les mois qui viennent, des licenciés et des créneaux, parce qu’un titre international finit par se traduire en inscriptions dans les clubs à la rentrée.
Reste à savoir si ces disciplines sauront retenir les pratiquants qu’elles vont attirer. C’est la question que se posent chaque automne des fédérations dont la visibilité dépend de quelques journées comme celle du 28 août, et dont les moyens n’augmentent pas au rythme de leur médaillier.
