Depuis le 21 août, Tarente accueille les Jeux Méditerranéens, une compétition organisée tous les quatre ans qui rassemble cette année plus de 5 000 athlètes venus de 26 pays riverains de la Méditerranée, dans une trentaine de disciplines. Parmi elles figure la nage avec palmes, une discipline de vitesse pure où les nageurs avancent équipés de palmes, en surface ou en immersion, et qui ne dispose ni de la couverture médiatique ni du public de la natation en bassin.
Sur les lignes d’eau italiennes, une Française licenciée à La Ciotat vient pourtant de signer l’un des meilleurs résultats individuels de la délégation tricolore. Camille Julien est ressortie de deux journées de compétition avec un titre, une deuxième place et une troisième place, soit trois médailles décrochées en quarante-huit heures. Que dit ce triplé d’une discipline que le grand public ne croise pratiquement jamais ?
Un record des championnats sur 200 m double palmes
Le 26 août, la nageuse s’alignait sur le 200 m double palmes, l’épreuve qui lui va le mieux. Elle l’a remportée en 1′45″63, un nouveau record des championnats, en devançant l’Italienne Elettra Calanca de 2″56. Sur une distance où les écarts se comptent souvent en dixièmes, la marge est considérable.
Sa course a suivi le plan qu’elle applique habituellement sur cette distance : partir très vite, puis continuer d’accélérer plutôt que de gérer une avance. Le chrono l’a placée tout près de sa meilleure marque personnelle, ce qui laisse penser que le titre n’a rien d’un accident de calendrier.
Il s’agissait de sa toute première participation aux Jeux Méditerranéens. Deux jours plus tard, elle ajoutait l’argent avec le relais 4×50 m puis le bronze sur 100 m double palmes, devenant la première Française de cette édition à cumuler trois podiums. Derrière ce triplé, il y a d’abord un club et une ville.
De La Ciotat aux bassins italiens, le parcours d’une nageuse de club
Camille Julien s’entraîne au Club Ciotaden de nage avec palmes, une structure des Bouches-du-Rhône dont le nom ne dit rien au-delà du cercle des initiés. Dans ce milieu, elle est surnommée « Aquawoman » pour sa capacité à tenir la vitesse là où la plupart des concurrentes décrochent. Le surnom circule dans la discipline bien avant d’apparaître dans les comptes rendus de Tarente.
Le club ciotaden a d’ailleurs placé deux de ses licenciés sur les podiums italiens, puisque Antonin Lebeau y a arraché le bronze du 400 m après être revenu sur le Grec Kalfidis dans les cinquante derniers mètres. Reste à comprendre ce que recouvre exactement cette discipline dont les épreuves déroutent le spectateur occasionnel.
Ce que recouvre vraiment la nage avec palmes
Sous une même appellation, la nage avec palmes rassemble des épreuves très différentes les unes des autres, et le programme de Tarente en donne un aperçu assez complet.
- le double palmes, nagé avec une palme à chaque pied, disputé sur 100, 200 et 400 mètres ;
- les épreuves dites de surface, où le nageur respire par un tuba placé devant le visage ;
- le 50 mètres apnée, couvert en immersion complète et sans reprendre son souffle ;
- les relais, comme le 4×50 mètres qui associe deux nageuses et deux nageurs d’une même équipe.
Cette diversité explique la moisson française : la délégation tricolore a raflé six médailles dans la seule journée du 26 août en nage avec palmes, puis a porté son total à dix podiums dans la discipline sur l’ensemble du séjour italien. Aucun sport français ne fait mieux à Tarente.
Le contraste est net avec la natation en bassin, dont les championnats d’Europe ont rempli le bassin olympique de Saint-Denis tout l’été. Les mêmes performances ne pèsent pas le même poids selon la vitrine dont dispose la discipline.
Une délégation française qui empile les podiums
Camille Julien n’a pas brillé seule. La journée du 26 août s’est soldée par onze médailles françaises en vingt-quatre heures, une en or, une en argent et neuf en bronze, réparties entre la nage avec palmes et la boxe. Albane Deage a notamment décroché sa première médaille internationale sur 200 mètres double palmes, à deux centièmes de l’argent, avant de partager la Marseillaise avec sa coéquipière sur le podium.
La France se présente avec une délégation de 330 athlètes issus de 27 fédérations, tous porteurs de cette exigence qui fait la force de notre équipe : le goût de l’effort, le respect de l’adversaire, la fierté du maillot et l’ambition du résultat.
Amélie Oudéa-Castéra, présidente du CNOSF, à l’annonce de la délégation française pour Tarente, propos rapportés le 11 août 2026
Le lendemain, la moisson s’est poursuivie avec neuf nouvelles médailles, dont deux titres, d’après le bilan quotidien publié par Équipe-France. Le boxeur Djamili-Dini Aboudou Moindze a offert à la boxe française son premier or de la quinzaine chez les plus de 90 kilos, au terme d’une finale remportée 3-2 après deux saisons perturbées par les blessures.
Cette régularité n’a rien d’improvisé : la sélection tricolore, dévoilée par le Comité national olympique et sportif français, réunit des fédérations que les Jeux olympiques ignorent. Elle prolonge une histoire déjà longue entre la France et cette compétition.
Tarente, un rendez-vous que la France connaît bien
Créés en 1951, les Jeux Méditerranéens se tiennent tous les quatre ans sur le modèle des Jeux olympiques. Au terme des dix-sept éditions précédentes, la France y avait accumulé 1 821 médailles, dont 652 en or, ce qui en fait la deuxième nation la plus titrée de l’histoire de l’épreuve, derrière l’Italie et devant la Turquie, l’Espagne et la Grèce.
Lors de la dernière édition, à Oran en 2022, les Bleus étaient repartis avec 81 médailles et une troisième place au classement général, réparties en 21 titres, 24 médailles d’argent et 36 de bronze. Le rythme observé à Tarente laisse entrevoir un bilan du même ordre, porté par des disciplines que le calendrier olympique laisse habituellement dans l’ombre.
Ce que la lumière de Tarente peut changer pour ces disciplines
Une médaille dans une discipline confidentielle ne change pas mécaniquement le nombre de pratiquants, mais elle ouvre une porte. La France comptait 17,4 millions de licences sportives en 2025, selon l’INJEP, et cette masse se concentre sur une poignée de fédérations pendant que des dizaines d’autres vivent avec quelques milliers de licenciés et des clubs tenus à bout de bras par des bénévoles.
Ces disciplines partagent pourtant un atout que les grandes fédérations leur envient : l’accès. On y entre à tout âge, sans sélection préalable, et la nage avec palmes conserve les bénéfices reconnus de la natation sur le souffle, le dos et les articulations, avec un rapport au milieu aquatique plus proche de celui que retrouvent les nageurs en eau libre depuis le retour de la nage en Seine.
Le trail a suivi exactement ce chemin, et la féminisation de ses pelotons montre qu’une discipline peut changer de dimension en quelques saisons dès lors que ses figures deviennent identifiables. La question posée à la nage avec palmes est là : saura-t-elle transformer trois médailles en visibilité durable, ou ce triplé restera-t-il une ligne dans un tableau que personne ne consulte ?
