Le tir 3D est la version forestière du tir à l’arc : pas de cible ronde en paille, mais des animaux en mousse disposés le long d’un parcours en sous-bois, à des distances inconnues que l’archer doit estimer lui-même. C’est cette discipline qui décerne ses titres nationaux cette semaine à Écouen, dans le Val-d’Oise, du 13 au 16 août. 555 archers sélectionnés et 267 clubs y sont représentés, selon la Fédération française de tir à l’arc.
Le décor sort de l’ordinaire pour un championnat de France : le parc du Musée national de la Renaissance et la forêt régionale voisine. La discipline reste méconnue du grand public alors qu’elle rassemble des pratiquants de 13 à plus de 70 ans dans les mêmes bois, et qu’elle sert cette année de porte d’entrée vers les championnats du monde. Que vient chercher un archer sur un parcours de sous-bois quand la version olympique du tir à l’arc se dispute, elle, sur un stade ?
Ce que disent les chiffres de l’engagement
La participation donne la mesure de l’événement, et surtout de sa géographie. Les archers franciliens sont nombreux, mais le plateau vient de toute la France, ce qui reste la marque des championnats de tir de parcours. Quelques données résument le format de cette édition :
- 555 archers sélectionnés, répartis sur quatre jours de compétition ;
- 267 clubs représentés, un chiffre à rapprocher de la carte des équipements sportifs français ;
- 15 représentants pour Draveil-Sénart, 13 pour Châtenay-Malabry, 8 pour le club organisateur d’Écouen ;
- quatre types d’arcs en lice, du plus dépouillé au plus technique.
La répartition par classes d’âge, du plus jeune au vétéran, explique en partie ce volume. Le tir de parcours décerne des titres dans une dizaine de catégories, ce qui multiplie mécaniquement le nombre de finalistes sur un même week-end.
Reste que le nombre d’engagés ne dit rien du terrain, et c’est le terrain qui fait la singularité de cette édition.
Un parc Renaissance transformé en parcours
Les parcours ont été tracés dans le parc du Musée national de la Renaissance et dans les bois de la forêt régionale d’Écouen, un ensemble rendu accessible grâce au musée et à Île-de-France Nature, gestionnaire du massif. Peu de championnats de France se disputent dans un domaine patrimonial de cette nature, ce qui explique l’attention portée à cette édition, organisée par les Archers d’Écouen.
Le terrain n’est pas qu’un décor. En 3D, le relief, la végétation et la lumière font partie du problème posé à l’archer, puisqu’il doit évaluer seul la distance qui le sépare d’une cible animalière posée entre les troncs. Une pente descendante fausse la perception, un contre-jour aussi. Le parcours devient un adversaire au même titre que les concurrents.
J’aime le fait d’être dans les bois, ça me plaît énormément. Avec les championnats, on se déplace sur toute la France, on profite pour visiter des lieux qu’on n’aurait jamais découverts sans ça, et rencontrer des personnes également.
Kassandra Dessirier, championne de France U21 d’arc à poulies en tir en campagne, propos recueillis par la Fédération française de tir à l’arc au Parc d’Olhain, le 7 août 2026
Cette dimension itinérante distingue le tir de parcours des disciplines qui se pratiquent toujours au même endroit. Le championnat de tir en campagne, disputé la semaine précédente au Parc d’Olhain dans le Pas-de-Calais, avait déjà distribué seize titres en une semaine dans un cadre comparable.
Les archers attendus dans les allées
Plusieurs noms installés se retrouvent sur les listes de départ. En arc nu, le couple formé par Alicia Baumert et David Jackson figure parmi les favoris, tandis que Robin Gardeur et Guillaume Quetel défendront leurs chances en arc droit. Les catégories arc droit et arc chasse s’annoncent les plus ouvertes, avec de nombreux prétendants répartis dans les différentes classes d’âge.
En arc à poulies chez les Senior 1, Joan Pauner et Rémy Albanese devraient se disputer les premières places. Chez les femmes, Anaïs Eymard devra composer avec Aude Ama-Cormerais. En arc à poulies nu, les champions de France en titre Mélanie Zerbout et Yoann Roussignol partent avec l’étiquette de favoris. Aucune de ces catégories ne se joue sur un écart confortable : en tir de parcours, quelques points séparent souvent le podium du reste du classement.
Une porte ouverte vers les championnats du monde
L’épreuve dépasse le seul enjeu national. Comme le championnat de tir en campagne du week-end précédent, elle sert de support à la sélection de l’équipe de France en vue des championnats du monde 3D annoncés par la Fédération française de tir à l’arc. Ils se dérouleront à Yankton, aux États-Unis, du 28 septembre au 3 octobre prochains.
Le double enjeu change la manière d’aborder les quatre jours. Un archer qui vise uniquement le titre peut prendre des risques sur une cible lointaine ; celui qui joue une place en sélection cherchera d’abord la régularité sur l’ensemble du parcours. Les deux stratégies se croisent sur le même terrain, ce qui rend les classements moins prévisibles qu’ils n’en ont l’air.
Un championnat ouvert aux curieux
Les organisateurs n’ont pas réservé le site aux seuls compétiteurs. Des initiations au tir à l’arc sont proposées à proximité de la zone de compétition, y compris une découverte du tir en situation de handicap visuel, discipline où l’archer se repère au toucher et au son. Des ateliers pour les enfants complètent le dispositif, et une soirée festive avec concerts est prévue le vendredi.
Le public peut également suivre une partie des parcours grâce à un cheminement spécialement aménagé, puis visiter le Musée national de la Renaissance, qui présente des collections liées à l’archerie. La gratuité et l’accès libre à ces animations rapprochent l’événement du modèle des rendez-vous de club, alors qu’il s’agit d’un championnat national.
Ce que la forêt apporte à un sport de précision
Le tir 3D occupe une place particulière dans le paysage sportif français : il combine un geste technique exigeant et une pratique de plein air, à un moment où la progression des licences sportives ralentit. Les disciplines de nature résistent souvent mieux que celles qui dépendent d’un équipement couvert et de créneaux horaires.
L’accès aux catégories d’âge y joue aussi. Comme dans d’autres fédérations qui organisent un championnat de France par tranche d’âge, un archer de 55 ans dispute son propre titre national sans se mesurer aux seniors. Cette architecture explique la longévité des pratiquants dans un sport où l’expérience du terrain compte autant que la force.
Reste la question du regard porté sur ces disciplines. Un championnat de France qui réunit 555 archers dans un parc classé et ouvre ses allées aux promeneurs pose, à sa façon, la question de ce qu’on attend d’une compétition nationale. Le résultat sportif et la découverte d’un lieu peuvent tenir dans le même week-end, ce que peu de formats parviennent encore à proposer.
