Massifs fermés, sentiers interdits : l’été où les sportifs ont perdu leurs terrains de jeu

04/08/2026 à 13h40  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Du Var à la Charente, de Fontainebleau au GR 20, les arrêtés de fermeture ont mis les forêts hors d'atteinte des coureurs, vététistes et randonneurs. Une contrainte que la saison 2026 installe durablement dans le calendrier sportif.

Un arrêté de fermeture de massif est un acte administratif court : il interdit l’accès à une zone boisée pour une durée déterminée, à tous les usagers et par tous les moyens. À pied, à vélo, à cheval, en voiture. Il s’applique même sans barrière ni agent visible sur le terrain, et le franchir expose à une amende.

Ces arrêtés existent depuis des décennies dans les départements méditerranéens. Ils se sont multipliés partout en France cet été, du Var à la Charente, de la forêt de Fontainebleau aux crêtes corses, après une saison de feux d’une ampleur inédite. Pour des millions de coureurs, de vététistes et de randonneurs, le terrain d’entraînement habituel s’est fermé du jour au lendemain. Que faire d’un été de préparation quand la forêt devient interdite ?

La Gironde en vigilance rouge, la forêt strictement interdite

Le cas girondin donne la mesure du phénomène. L’incendie parti de la commune de Saumos le 22 juillet a parcouru 42 000 hectares et développé 240 kilomètres de lisières de feu, ce qui en fait la plus grande opération de lutte contre les feux de forêt de l’histoire de la sécurité civile française. Plus de 3 300 sapeurs-pompiers ont été engagés, 208 000 personnes évacuées puis autorisées à rentrer chez elles.

Le département reste placé en vigilance rouge feux de forêt, et la préfecture rappelle que le massif demeure interdit aux promenades et aux vélos. La sécheresse des sols et la fragilité des pins brûlés justifient une interdiction qui court bien au-delà de l’extinction visible des flammes.

Notre ciel s’éclaircit mais nous redoublons d’efforts pour achever le travail afin de permettre au plus vite le retour de l’ensemble des habitants évacués. Un feu fixé n’est pas un feu éteint, il ne faut pas baisser la garde.

Sophie Brocas, préfète de la Gironde, communiqué de point de situation sur l’incendie de Saumos, le 1er août 2026

Cette distinction entre feu fixé et feu éteint explique pourquoi les restrictions durent des semaines après le passage des flammes. Un massif rouvert trop tôt, c’est un départ de feu de plus, et près de neuf incendies sur dix sont d’origine humaine selon la Fédération française de la randonnée pédestre.

Des fermetures qui débordent largement le Sud-Ouest

La carte des restrictions couvre cet été des territoires qui n’y étaient pas habitués. Le recensement fédéral des itinéraires touchés en donne un aperçu.

  • en Seine-et-Marne, la forêt de Fontainebleau a vu plusieurs secteurs et l’ensemble de leurs sentiers fermés après l’incendie déclaré le 12 juillet ;
  • en Ariège, le GR® 10 entre Esbintz et la Maison du Valier a été coupé, comme les accès aux lacs de Bethmale, d’Ayes et d’Eychelle ;
  • en Haute-Corse, la portion du GR® 20 entre Tighjettu et Ciottulu di i Mori a été fermée et le refuge de Vallone évacué ;
  • en Savoie, la circulation piétonne est restée interdite sur plusieurs portions desservant les refuges du Grand Bec et du Col de la Vanoise ;
  • dans le Var, l’ensemble des massifs du département a été interdit d’accès pour la seule journée du 1er août.

La commune charentaise de Dignac illustre l’autre versant du dispositif : un arrêté municipal du 29 juillet ferme ses massifs jusqu’au 31 août, interdit le stationnement dans un rayon de 200 mètres et suspend le camping comme le bivouac. Les décisions viennent autant des maires que des préfets, ce qui rend la carte mouvante d’une commune à l’autre.

Ce qu’un arrêté interdit vraiment

La confusion la plus fréquente consiste à croire que la fermeture ne vise que les feux de camp ou les barbecues. Un arrêté de fermeture porte sur la présence même dans l’espace boisé, quel que soit le mode de déplacement, et souvent sur une bande périphérique.

Le raisonnement tient en deux points. Une personne en forêt est une source potentielle d’ignition, ne serait-ce que par le pot d’échappement d’un véhicule garé sur un accotement sec. Elle est surtout une personne à évacuer si un feu se déclare, donc une charge supplémentaire pour des secours déjà tendus. Les sentiers forestiers ne permettent pas de croiser un camion-citerne lancé vers un départ de feu.

Vérifier avant de lacer ses chaussures

Aucun outil national unique ne recense les massifs ouverts. La vérification passe par plusieurs canaux, à consulter le matin même plutôt que la veille, puisque le niveau de risque se réévalue au jour le jour dans les départements concernés.

Les sites des préfectures publient une carte quotidienne d’accès aux massifs, avec un code couleur qui conditionne les horaires autorisés. Les offices de tourisme, les comités départementaux de randonnée et les gestionnaires d’espaces naturels relaient l’information localement. Les applications de traces GPS, elles, ne signalent pas les fermetures administratives : une trace téléchargée l’an dernier ne dit rien du risque d’aujourd’hui.

Ce réflexe reste minoritaire chez les pratiquants, alors que la randonnée s’affirme comme le loisir favori des Français et attire chaque année des nouveaux venus, moins familiers de ces réglementations saisonnières.

Déplacer sa séance sans perdre sa préparation

Pour qui prépare un trail d’automne, perdre six semaines de dénivelé n’a rien d’anecdotique. Les solutions de repli existent, à condition d’accepter de modifier le contenu des séances plutôt que de chercher un équivalent parfait. Escaliers urbains, digues, chemins agricoles hors zone boisée, pistes d’athlétisme et bords de plans d’eau offrent des supports utilisables tôt le matin.

Le vélo de route, la natation et le renforcement musculaire permettent par ailleurs de maintenir la charge d’entraînement sans exposition. Un mois de travail croisé n’efface pas une préparation, il en modifie la texture, et beaucoup de coureurs découvrent à cette occasion que ce qui les attache au trail tient autant au décor qu’à la performance.

Un été qui ressemble aux suivants

La saison 2026 a vu plus de 119 000 hectares partir en fumée en France, après trois canicules successives qui ont asséché les sols en profondeur. Les projections climatiques ne décrivent pas cet épisode comme une anomalie isolée mais comme un régime appelé à se répéter, avec des périodes à risque qui s’étirent de juin à septembre.

Les conséquences pour la pratique sportive dépassent la contrariété d’un été gâché. Les organisateurs de courses nature construisent leurs parcours plusieurs mois à l’avance, sur des sentiers qui peuvent devenir inaccessibles quinze jours avant l’épreuve. Les clubs de VTT et de randonnée voient une partie de leur calendrier estival s’évaporer, et la filière forestière girondine a été réunie dès le 3 août pour engager une réflexion sur la réhabilitation des massifs dans un contexte de réchauffement.

Se pose alors une question que le monde sportif n’a pas encore vraiment ouverte : faut-il repenser le calendrier des épreuves nature, décaler les grands rendez-vous vers le printemps et l’automne, accepter que juillet et août deviennent des mois de pratique urbaine ou aquatique ? Les fédérations disposent d’une saison d’avance pour y réfléchir, et les sentiers brûlés mettront des décennies à retrouver leur couvert.

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