Blandine L’Hirondel ne visait pas la victoire à l’UTMB, elle l’a prise en 21 h 54

30/08/2026 à 08h54  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

Blessée à une artère depuis mai, Blandine L'Hirondel assurait trois jours avant le départ ne pas viser le podium de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc. Ce qu'elle a fait de ces 174 kilomètres raconte autre chose.

Samedi 29 août, à 17 h 43, une Française a franchi la ligne d’arrivée de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc après 21 h 54 min 49 s de course autour du massif. Blandine L’Hirondel, 35 ans, a remporté la course reine de Chamonix, ces 174 km et près de 10 000 m de dénivelé positif qui traversent la France, l’Italie et la Suisse, et qui servent depuis plus de vingt ans de référence mondiale à l’ultra-trail.

La dernière victoire française chez les femmes remontait à 2016 et à Caroline Chaverot. Dix ans plus tard, la Normande met fin à cette attente avec le temps le plus rapide jamais réalisé par une femme sur ce tracé, dans une édition où elle affirmait pourtant, trois jours avant le départ, ne pas viser le podium. Comment une coureuse diminuée par une pathologie artérielle depuis le printemps a-t-elle pu tenir la tête de la plus disputée des courses de montagne ?

Une course prise en main dès les premiers kilomètres

Le départ, prévu à 17 h 45 vendredi, a été repoussé de deux heures en raison des risques d’orages sur la vallée. Dès Saint-Gervais, au kilomètre 22,9, la Française pointe en tête en 2 h 07 min 01 s, avec 36 secondes d’avance sur l’Américaine Rachel Entrekin et un peu plus d’une minute sur l’Australienne Lucy Bartholomew.

Courtney Dauwalter, triple lauréate de l’épreuve et grande favorite après le forfait de la tenante du titre Ruth Croft, ne figurait alors qu’à la treizième place. L’Américaine a abandonné dans la nuit, aux environs du lac Combal, après une soixantaine de kilomètres. L’Hirondel avait déjà pris le large avant cet abandon, ce qui change la lecture de sa victoire.

À Champex-Lac, au 127e kilomètre, son avance atteignait 35 minutes. Quinze heures de course dans les jambes, elle plaisantait avec les journalistes et sortait sa brosse à dents, clin d’œil à une habitude connue de Dauwalter. Ce calme apparent masquait trois chutes sur le sentier, dont elle s’est chaque fois relevée. La régularité aura décidé de cette édition privée de plusieurs de ses têtes d’affiche.

À 27 ans, elle ne courait pratiquement pas

Rien ne préparait cette Normande issue d’une famille peu sportive à devenir l’une des meilleures ultra-traileuses du monde. Ses années d’études de médecine laissent peu de place à l’entraînement, et c’est son internat à La Réunion qui bouleverse sa trajectoire. Elle y découvre le trail presque par hasard, distançant son compagnon dès la première montée alors qu’elle courait encore très peu.

Trois ans lui suffisent : en 2019, elle devient championne du monde de trail sur 44 km. Gynécologue-obstétricienne de formation, elle a longtemps mené de front la médecine et le haut niveau, et parle volontiers du doute et d’une forme de syndrome de l’imposteur. Sa trajectoire tardive dit quelque chose d’utile à qui se met à courir après 30 ans : l’endurance se construit sur des années, jamais sur une saison.

Un palmarès construit distance après distance

Sa montée en distance ressemble à un apprentissage méthodique, chaque format servant de marche vers le suivant. Voici les jalons qui mènent à cette victoire de 2026 :

  • 2019, championne du monde de trail sur 44 km ;
  • 2021, victoire sur l’OCC, 56 km au départ d’Orsières ;
  • 2022, victoire sur la CCC en 11 h 40 min 55 s avec le record de l’épreuve, doublée d’un titre mondial de trail long et d’un titre européen ;
  • 2023, troisième de l’UTMB en 24 h 22 min 50 s pour son premier 100 miles ;
  • 2024, cinquième de l’UTMB en 24 h 35 min 54 s ;
  • 2025, victoire à la Diagonale des Fous en 27 h 26 min 09 s, huitième au classement général ;
  • 2026, victoire à la Transvulcania sur 75 km en 7 h 43 min 47 s, record de l’épreuve.

Ce parcours fait d’elle la deuxième femme de l’histoire, après Ruth Croft, à avoir remporté l’OCC, la CCC et l’UTMB. Les trois finales des UTMB World Series figurent désormais à son palmarès, sur trois formats et trois niveaux d’exigence distincts.

Cette progression par paliers éclaire ce qui s’est joué samedi : ses deux premières tentatives sur 100 miles l’avaient vue céder passé le centième kilomètre, là où elle a cette fois tenu son allure jusqu’au bout.

Une victoire décrochée avec une artère malade

Depuis sa victoire à la Transvulcania en mai, la Française compose avec une pathologie touchant une artère qui irrigue sa jambe gauche. Dès que l’intensité monte, l’augmentation du débit sanguin déclenche des symptômes. Elle a très peu couru pendant plusieurs mois et a repoussé l’opération chirurgicale à l’après-UTMB.

Je ne suis pas à 100 %. J’ai une petite pathologie qui s’est développée et qui se symptomatise depuis maintenant quelques mois.

Blandine L’Hirondel, entretien au Dauphiné Libéré, 26 août 2026

Son objectif affiché tenait alors en une formule : réussir « une course pleine », en maintenant une intensité faible mais constante. La contrainte médicale a dicté sa tactique, et cette tactique s’est révélée la bonne sur une distance où les accélérations coûtent presque toujours plus qu’elles ne rapportent.

Ce que vaut son chrono dans l’histoire de la course

Comparer les temps d’une édition à l’autre demande de la prudence : le tracé évolue et les distances réellement parcourues diffèrent d’une année sur l’autre. Ces chronos restent des repères historiques plutôt qu’une comparaison à parcours strictement égal.

AnnéeCoureuseTemps
2026Blandine L’Hirondel21 h 54 min 49 s
2024Katie Schide22 h 09 min 31 s
2021Courtney Dauwalter22 h 30 min 54 s
2025Ruth Croft22 h 56 min 23 s
2016Caroline Chaverot25 h 15 min 40 s

Le temps de 2026 devance de près d’un quart d’heure la meilleure référence récente, celle de Katie Schide en 2024. Il ne sera qualifié de record qu’après validation par l’organisation de l’épreuve, qui tient compte des variations de tracé.

Un signal pour le trail français

Cette victoire arrive au moment où la discipline change d’échelle dans le pays. La France a compté 5 900 épreuves de trail en 2025, en hausse de 20 % sur un an, portées par un peloton plus jeune et plus féminin, d’après les chiffres de la Fédération française d’athlétisme. Un titre sur la course la plus suivie du calendrier pèse forcément dans cette dynamique.

Reste que l’édition 2026 aura autant fait parler d’elle pour ce qui se passe autour des sentiers. Les critiques sur la taille prise par l’événement, les flux de spectateurs et l’emprise du salon des marques ont nourri la pression exercée sur l’organisation dans la vallée. La course sportive et la course politique avancent désormais côte à côte à Chamonix.

Une victoire construite sur sept ans de montée en distance, obtenue par une coureuse qui a commencé tard et qui court aujourd’hui avec une artère abîmée, déplace un peu la frontière de ce qu’on croit possible en endurance. Elle rappelle surtout que la régularité l’emporte plus souvent que le coup d’éclat sur ces distances, un enseignement qui vaut bien au-delà des 174 km du tour du Mont-Blanc.

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