À 20 ans et 16 jours, Paul Seixas devient le plus jeune vainqueur du Tour de Lombardie

14/10/2026 à 17h23  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Une attaque dans le Civiglio, 48 secondes d'avance à Côme et un record vieux de 121 ans effacé : Paul Seixas a décroché son premier Monument à un âge où personne ne l'avait fait. Quatrième du Tour cet été, le Lyonnais change-t-il déjà de dimension ?

Samedi 10 octobre 2026, sur les bords du lac de Côme, Paul Seixas a levé les bras seul. À 20 ans et 16 jours, le coureur de Decathlon CMA CGM a remporté le Tour de Lombardie, devenant le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’épreuve, née en 1905. C’est aussi son premier Monument, et la première victoire française dans la course depuis Thibaut Pinot en 2018.

Les Monuments sont les cinq classiques les plus anciennes et les plus prestigieuses du cyclisme sur route, de Milan-San Remo au Tour de Lombardie, qui referme chaque automne la saison. Les gagner signe une carrière, et très peu de coureurs y parviennent avant 22 ou 23 ans. Que dit ce succès de la trajectoire d’un coureur qui découvrait encore l’élite il y a un an, et jusqu’où peut-elle le mener ?

Une attaque dans le Civiglio, 48 secondes d’avance à Côme

La course de 239 km entre Bergame et Côme s’est décidée dans le Civiglio, une montée de 4,2 km à 9,7 % de moyenne, avant-dernière difficulté du parcours. Seixas y a placé son accélération à environ 19 km de l’arrivée, et personne n’a pu suivre la roue du Lyonnais. Selon Escape Collective, il a gravi la côte 38 secondes plus vite que Tadej Pogačar en 2022, dans des conditions qui n’étaient toutefois pas identiques.

Derrière lui, l’Espagnol Enric Mas, vainqueur de la Vuelta, a pris la deuxième place à 48 secondes, devant l’Italien Giulio Ciccone, à 1′05″. Remco Evenepoel a réglé le sprint du groupe de neuf poursuivants, devant Brandon McNulty, le champion du monde. Le grand absent s’appelait Tadej Pogačar, vainqueur des cinq éditions précédentes, forfait sur blessure.

Cette victoire en solitaire n’arrive pas par surprise pour qui a suivi la saison du Français. Elle vient clore une progression que les dates racontent mieux que les mots.

De Lyon à Côme, une ascension en sept étapes

Né le 24 septembre 2006 à Lyon, Paul Seixas a franchi en deux saisons toutes les marches qui séparent un junior d’un patron du peloton :

  1. 2024 : il devient champion du monde juniors du contre-la-montre, avant de passer professionnel chez Decathlon CMA CGM ;
  2. 2025 : il prend la seizième place du chrono des Mondiaux élite de Kigali, puis la septième du Tour de Lombardie ;
  3. avril 2026 : il termine deuxième de Liège-Bastogne-Liège, au bout d’un printemps marqué par ses succès à la Flèche wallonne et au Tour du Pays basque, sept victoires avant même le départ du Tour ;
  4. 18 juillet 2026 : au Markstein, il devient le plus jeune maillot blanc de l’histoire du Tour ;
  5. 26 juillet 2026 : il termine quatrième du Tour de France, après une dernière semaine passée à l’assaut du podium ;
  6. 20 septembre 2026 : il décroche le bronze du contre-la-montre des Mondiaux de Montréal, puis prend la quinzième place de la course en ligne le 27 septembre ;
  7. 10 octobre 2026 : il remporte le Tour de Lombardie en solitaire, son premier Monument.

Entre la septième place de 2025 et la victoire de 2026 à Côme, douze mois ont suffi pour passer du peloton au sommet. Bernard Hinault l’avait vu champion du monde dès le Québec ; c’est finalement en Italie que la grande victoire est venue, et elle change plusieurs repères à la fois.

Ce que la Lombardie a changé depuis Montréal

Au soir de sa quinzième place à Montréal, fin septembre, le palmarès de Paul Seixas restait celui d’un grand espoir. Trois semaines plus tard, plusieurs lignes ont basculé :

PointFin septembre 2026Depuis le 10 octobre 2026
Victoires dans un Monumentaucune, deuxième de Liège-Bastogne-Liègeune, le Tour de Lombardie
Plus jeune vainqueur du Tour de LombardieGiovanni Gerbi, lauréat de la première édition en 1905Paul Seixas, 20 ans et 16 jours
Dernier Français vainqueur en LombardieThibaut Pinot, en 2018Paul Seixas, en 2026
Meilleur résultat sur une course d’un jour en 2026victoire à la Flèche wallonnevictoire au Tour de Lombardie

D’après Tour Magazin, Seixas efface le record de précocité de Giovanni Gerbi pour environ six mois, un record vieux de cent vingt et un ans. Le détail des résultats est consultable dans le compte rendu de l’agence publié le soir de la course.

Plus jeune que Pogačar, dans le sillage des Belges d’avant-guerre

La comparaison avec Tadej Pogačar donne l’échelle. Le Slovène avait attendu ses 23 ans pour remporter sa première Lombardie, en 2021, avant d’en aligner cinq. Seixas le devance donc de trois années sur ce critère, ce qui lui ouvre, en théorie, une fenêtre de victoires plus longue encore.

À l’échelle des cinq Monuments, il devient le quatrième plus jeune vainqueur de l’histoire, derrière trois Belges : Victor Fastre en 1909, à 18 ans et 362 jours, Georges Ronsse en 1925, à 19 ans et 102 jours, et Rik Van Steenbergen en 1944, à 19 ans et 206 jours. Personne n’était entré dans ce quatuor depuis 1944, et le premier non-Belge du classement est un Lyonnais. Interrogé sur ce statut de plus jeune lauréat, il a répondu sobrement : « Honnêtement je m’en fiche un peu. »

J’ai parfois l’impression d’être dans un rêve.

Paul Seixas, en conférence de presse après sa victoire au Tour de Lombardie, le 10 octobre 2026, propos rapportés par Blue News

Le rêve repose pourtant sur un socle très concret, celui d’une saison où le Français a enchaîné trois semaines de Tour, deux courses des Mondiaux et la fin de saison italienne. Tenir une telle charge à 20 ans reste l’exception, et c’est sur ce terrain que la suite se jouera.

Le Tour de France 2027 en ligne de mire

La prochaine échéance est déjà dans toutes les têtes, sans date encore arrêtée pour son programme. Quatrième du Tour cet été à 19 ans, Seixas abordera la saison 2027 avec le statut de prétendant au podium, et peut-être davantage si Pogačar ne retrouve pas tout son niveau après sa blessure. Son calendrier de printemps, les classiques ardennaises ou les courses par étapes, n’a pas été dévoilé.

Reste une question que ce samedi rend légitime : la France, sans vainqueur du Tour depuis Bernard Hinault en 1985, tient-elle enfin le coureur capable de mettre fin à quarante et un ans d’attente ? La réponse ne viendra pas avant juillet, et elle dépendra autant de la gestion de ses premières années que de son talent, ce que chaque cycliste qui progresse d’une saison à l’autre sait mieux que personne.

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