Alpe d’Huez : les 21 virages où le Tour va livrer sa première bataille pour le podium

24/07/2026 à 08h12  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Ce vendredi, le Tour de France attaque l'Alpe d'Huez et ses 21 virages. Première vraie explication de montagne, la journée peut redessiner le podium et le maillot blanc avant Paris.

Le Tour de France a beau approcher de Paris, c’est ce vendredi 24 juillet, sur les pentes de l’Alpe d’Huez, que la 113e édition entre vraiment dans le vif. Après une première semaine de contrôle et le contre-la-montre d’Évian qui a déjà rebattu les cartes, la montagne reprend ses droits pour la première grande explication entre les favoris du classement général. Vingt et un virages, une station iséroise perchée à 1 850 mètres et un final qui ne pardonne aucune défaillance : le décor est planté.

L’étape reine, c’est cette journée de course où le parcours concentre l’essentiel des difficultés et où se dessine souvent le podium définitif. Sur seulement 127,9 km entre Gap et l’Alpe d’Huez, les organisateurs ont dessiné un tracé nerveux, presque piégeux, qui laisse peu de place au calcul. Reste une question que tout le peloton se pose au matin du départ : qui osera attaquer le premier sur la montée la plus scrutée du cyclisme mondial ?

Un tracé court, mais taillé pour l’attaque

Il ne faut pas se fier au kilométrage : cette étape avale près de 3 500 mètres de dénivelé positif, à peine moins que l’ouverture du bloc alpin à Orcières-Merlette. Le départ de Gap envoie immédiatement les coureurs dans le col Bayard, avant un enchaînement qui ne relâche jamais vraiment la pression. Selon la présentation détaillée publiée par le média spécialisé Vélofuté, l’échappée pourrait mettre des heures à se former tant les candidats à la fuite seront nombreux.

DifficultéLongueurPente moyenneCatégorie
Col Bayard4,7 km7,2 %2e
Col du Noyer7,2 km8,5 %1re
Col d’Ornon5,4 km6,4 %2e
Alpe d’Huez13,8 km8,1 %Hors catégorie

Le tableau dit l’essentiel : trois cols pour user les organismes, puis le juge de paix final. Entre le sommet du Noyer et le pied de l’Alpe, soixante-dix kilomètres de vallée laissent le temps aux équipes de reprendre la main, notamment la formation française Decathlon CMA-CGM, chargée de contrôler la course pour son jeune leader. Ce format ramassé, sans temps mort, est une signature récente des tracés modernes : on cherche l’explosion plutôt que l’usure lente, quitte à sacrifier les longues étapes de transition d’autrefois.

L’Alpe d’Huez, un monument à ciel ouvert

Gravir l’Alpe d’Huez, ce n’est pas seulement escalader 13,8 km à 8,1 %. C’est entrer dans une histoire ouverte en 1952 avec la victoire de Fausto Coppi, et prolongée ce vendredi pour la 32e arrivée du Tour à son sommet. Peu de montées peuvent se targuer d’une telle densité de légende.

Ses vingt et un lacets, numérotés dans l’ordre décroissant, forment un décompte que connaissent même les non-initiés. Chaque virage porte le nom d’un vainqueur, et le fameux virage numéro 7, dit « virage des Hollandais », se transforme chaque été en chaudron orange saturé de ferveur populaire. Dès le pied officiel, la route se cabre à plus de 10 %, une entrée brutale qui fait immédiatement le tri dans le peloton.

Cette édition sert même le mythe en double : le parcours 2026 revient à l’Alpe dès le lendemain, ce qui fait de ce week-end iséro-alpin un condensé rare de très haute montagne. Reste à savoir si les jambes suivront après une première ascension déjà usante.

Ce qui va se jouer dans les 21 lacets

Au-delà du vainqueur du jour, l’Alpe d’Huez va trancher plusieurs courses dans la course. Voici les batailles à suivre de près jusqu’au sommet :

  • le maillot jaune, que Tadej Pogačar défend avec les UAE Emirates, mais sans son armada habituellement intacte ;
  • le maillot blanc du meilleur jeune, promis à un duel entre le Français Paul Seixas et le Mexicain Isaac del Toro ;
  • le maillot à pois de meilleur grimpeur, où Richard Carapaz et Valentin Paret-Peintre se disputent chaque point ;
  • la lutte pour le podium final, encore ouverte à moins d’une semaine de l’arrivée sur les Champs-Élysées.

Chacun de ces classements peut basculer en quelques hectomètres. C’est aussi ce qui rend une étape de montagne si lisible pour le grand public : le spectacle se lit en direct sur les visages, sans qu’il faille décoder une tactique complexe. Le Lyonnais Paul Seixas, déjà salué comme le plus jeune maillot blanc de l’histoire du Tour, incarne à lui seul cet enjeu générationnel.

Pogačar en jaune, mais pas à l’abri

Le Slovène aborde cette étape avec le maillot jaune sur les épaules, dans un contexte pourtant inhabituel. Plusieurs de ses équipiers ont quitté la course ou roulent diminués, ce qui prive le champion du monde d’une partie de son contrôle collectif coutumier. La chute de son grand rival a certes simplifié la hiérarchie, sans pour autant lui garantir une fin de Tour tranquille.

La situation est telle qu’elle est. On va essayer de survivre en équipe.

Tadej Pogačar, à l’arrivée de l’étape d’Orcières-Merlette, le 23 juillet 2026

Derrière lui, les prétendants à l’exploit ne manquent pas. Sepp Kuss, libéré depuis la chute de son leader Jonas Vingegaard, ou Remco Evenepoel, en quête de rachat, ont tout intérêt à animer une échappée que les favoris pourraient laisser filer. La montée finale dira si l’usure a entamé l’invincibilité apparente du maillot jaune, à l’image du record de l’ascension, 37′35″, qu’aucun coureur n’a approché depuis Marco Pantani.

Un rendez-vous qui dépasse le vélo

L’Alpe d’Huez attire chaque été des centaines de milliers de spectateurs sur ses pentes et des millions de téléspectateurs devant France Télévisions. Ce succès populaire tient à un paradoxe : une montée devenue plus rare au calendrier conserve une aura que les cols inédits peinent à égaler. On peut retrouver le tracé complet et les horaires sur le site officiel du Tour de France.

Pour le cyclotouriste du dimanche comme pour le coureur du peloton, gravir ces 21 lacets reste un objectif à part, un patrimoine autant qu’un défi sportif. La manière dont les favoris vont l’aborder ce vendredi en dira long sur l’équilibre des forces avant Paris, et sur ce que le cyclisme moderne fait encore de ses lieux de mémoire.

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