Quatorze manches jouées, quatorze manches gagnées. À Ljubljana, où se disputent jusqu’au 18 octobre les Championnats d’Europe individuels de tennis de table, Félix et Alexis Lebrun ont traversé leurs premiers matchs sans laisser filer le moindre set à leurs adversaires, en simple comme en double. Pour les deux Montpelliérains, l’Arena Stožice ressemble déjà à un terrain conquis.
Ces championnats réunissent l’élite du continent dans cinq tableaux : simple messieurs, simple dames, double messieurs, double dames et double mixte. Treize Français ont fait le voyage en Slovénie, avec un tenant du titre, Alexis, et un numéro deux mondial, Félix. Derrière les scores fleuves des premiers tours, une question se dessine : le cadet peut-il enfin conquérir le titre européen qui lui échappe encore ?
Quatorze manches à zéro pour les frères Lebrun
Le compte se construit à partir des résultats publiés par la Fédération française de tennis de table. Mercredi 14 octobre, en seizièmes de finale du simple, Félix a dominé le Polonais Maciej Kubik 4-0 (11-6, 11-6, 11-9, 11-5), pendant qu’Alexis écartait le Portugais Tiago Apolonia sur le même score, avec une troisième manche remportée 11-0, une rareté à ce niveau.
En double, la fratrie a enchaîné deux succès 3-0, d’abord face à la paire Szantosi et de Boer, puis contre les Slovènes Darko Jorgic et Deni Kozul, battus devant leur public 15-13, 11-9, 11-8. Quatre matchs, quatorze manches gagnées, aucune concédée : le bilan dit la maîtrise d’une paire qui avait déjà été sacrée en double à Linz il y a deux ans.
Une médaille déjà assurée en double mixte
La première breloque tricolore est tombée avant même la fin de la semaine. Alexis Lebrun et Charlotte Lutz ont battu en quart de finale le Slovène Luka Mladenovic et la Luxembourgeoise Ni Xia Lian, 3-2, au terme d’un match à rebondissements conclu 11-9 dans la manche décisive. Cette place en demi-finale garantit au minimum une médaille de bronze à la délégation tricolore.
Le duo affronte ce jeudi 15 octobre, à 13 h 05, les Suédois Kristian Karlsson et Christina Källberg, avec une finale programmée vendredi. L’autre paire mixte française, Prithika Pavade et Thibault Poret, a cédé en quart dans la cinquième manche (9-11) face au Roumain Eduard Ionescu et à Bernadette Szocs. Une médaille déjà en poche, d’autres encore possibles dans les tableaux de simple.
Les Bleus encore en lice dans les tableaux de simple
Après les seizièmes de finale, neuf Français poursuivent leur route dans les tableaux individuels, dont plusieurs avec des affiches à suivre dès ce jeudi :
- Félix Lebrun, face à Ivor Ban, après sa victoire 4-0 contre Maciej Kubik ;
- Alexis Lebrun, tenant du titre, opposé au Moldave Vladislav Ursu ;
- Flavien Coton et Simon Gauzy, réunis dans un duel franco-français après deux victoires 4-2 ;
- Léo de Nodrest, vainqueur du Belge Adrien Rassenfosse avec une dernière manche à 17-15, face à Yang Wang ;
- Jia Nan Yuan, Nina Guo Zheng, Prithika Pavade et Alexia Nodin, toutes qualifiées côté dames.
Le duel entre Coton et Gauzy garantit déjà un Français en huitièmes de finale du côté de ce tableau. Thibault Poret et Charlotte Lutz sont les seuls éliminés du simple, battus respectivement 1-4 et 2-4, avant un week-end où les finales du double se joueront samedi et celles du simple dimanche.
Linz 2024, le précédent que Félix veut effacer
Le souvenir des championnats autrichiens reste vif. Sacré en double avec son frère à Linz en octobre 2024, Félix y avait chuté en quart de finale du simple face à l’Allemand Benedikt Duda, avant de recevoir un carton rouge pour avoir jeté sa raquette. Lors de ces mêmes championnats, Alexis devenait champion d’Europe en simple.
Deux ans plus tard, le discours a changé de ton. Le cadet aborde Ljubljana avec la volonté de soigner autant le contenu que le comportement, après un tableau européen qui ne lui a jamais réussi en individuel :
Je veux faire une belle compétition dans le jeu et dans l’attitude.
Félix Lebrun, en point presse avant les Championnats d’Europe de Ljubljana, propos rapportés par l’AFP le 13 octobre 2026
Le Montpelliérain reconnaissait aussi ne pas avoir encore réussi à performer dans ce tournoi comme il le voudrait. Son entrée en matière, sans un set perdu en deux matchs, va dans le sens de cette promesse de sérénité.
Trois champions d’Europe en simple en cinquante ans
L’histoire donne la mesure de l’enjeu. Avant 2024, la France ne comptait que deux champions d’Europe en simple messieurs, Jacques Secrétin en 1976 et Emmanuel Lebesson en 2016. Alexis Lebrun est devenu le troisième à Linz, et Félix pourrait devenir le quatrième dimanche prochain, cinquante ans après le premier sacre tricolore.
Le rythme s’est nettement accéléré depuis. Selon l’AFP, les Français ont remporté tous les titres européens masculins des deux dernières années, en simple, en double, au Top 16 et par équipes. Le principal obstacle porte un nom suédois : Truls Moregard, quatrième joueur mondial, présenté avec Félix comme le favori du tableau.
Ce basculement s’appuie sur une profondeur inédite. Six Français étaient engagés en simple messieurs à Ljubljana, et cinq ont franchi le premier tour du tableau principal. Côté dames, quatre des cinq sélectionnées ont passé ce cap, ce qui place neuf Bleus en huitièmes de finale.
La place de numéro un mondial en ligne de mire
Au-delà du titre continental, Félix Lebrun joue gros au classement. Numéro deux mondial au classement WTT publié le 12 octobre, il pourrait devenir le premier Français à occuper la première place depuis Jean-Philippe Gatien, rappelle l’AFP. Sa victoire au Grand Smash de Malmö en août, face au Japonais Tomokazu Harimoto, avait déjà fait de lui le premier Français vainqueur d’un Grand Smash.
Son style atypique, en prise porte-plume, en fait un joueur à contre-courant du circuit, mais la saison n’a pas été linéaire. Éliminé en quart de finale du Grand Smash de Chine par le Brésilien Hugo Calderano, il a terminé ce tournoi le 10 octobre par une finale de double perdue avec Alexis. Ce dernier, neuvième mondial au classement du 14 septembre, se décrit comme un bon outsider derrière Moregard et son frère.
Un engouement qui dépasse les salles de Ljubljana
L’effet Lebrun se mesure aussi dans les gradins français. Le 24 novembre, la Kindarena de Rouen accueillera un match de Pro A entre le SPO Rouen et l’Alliance Nîmes-Montpellier, avec environ 5 200 places pour battre le record de 5 000 spectateurs d’un match du championnat de France, selon le président rouennais Dominique Fache. La discipline vivra ensuite une Coupe du monde à Montpellier en 2027.
Les résultats de Ljubljana, consultables au fil des tours sur la page de suivi de la Fédération française de tennis de table, diront si cette dynamique tient sous la pression d’un dimanche de finales. Le ping français n’attire plus seulement par ses médailles, mais par ce qu’il montre : un sport de réflexes et de lecture du jeu, accessible à tous les âges, qui remplit désormais des arénas. La vraie mesure de l’effet Lebrun se lira cet hiver dans les clubs du pays, au nombre de raquettes que ces images auront fait sortir des placards.
