Pour son dernier US Open, Monfils fait tomber les numéros 1 mondiaux avec sa femme

26/08/2026 à 08h57  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Invités par l'organisation, Gaël Monfils et Elina Svitolina ont éliminé mardi les numéros 1 mondiaux du double et rejoint le dernier carré du double mixte de l'US Open. Le Français, qui dispute là son dernier Grand Chelem, joue sa demi-finale ce mercredi.

Le double mixte réunit un joueur et une joueuse dans la même équipe, sur le même court, avec les règles du double classique. Longtemps épreuve discrète des tournois du Grand Chelem, disputée devant des tribunes clairsemées par des spécialistes que personne ne reconnaissait, il occupe désormais à New York les deux journées qui précèdent le simple. Seize paires, deux jours et un million de dollars pour le duo vainqueur : l’US Open a fait de cette épreuve un spectacle à part entière.

Mardi 25 août, l’une de ces paires a fait lever les tribunes du court Arthur-Ashe. Gaël Monfils et Elina Svitolina, mariés à la ville, ont sorti coup sur coup deux équipes mieux classées, dont les numéros 1 mondiaux du double, Katerina Siniakova et Henry Patten. Le Français dispute là le dernier Grand Chelem de sa carrière. Que reste-t-il à jouer, à 39 ans, quand on entre dans un tournoi en sachant qu’on n’y reviendra pas ?

Deux matchs dans la même journée, un super tie-break pour finir

La journée avait commencé sans pression particulière. Invités par l’organisation, Svitolina et Monfils ont expédié leur premier tour face à Alexandra Eala et Félix Auger-Aliassime, battus 4-1, 4-1 en trente-huit minutes devant un court déjà bien garni à dix heures du matin. Deux heures plus tard, le couple retrouvait le même terrain pour les quarts de finale.

En face les attendaient Siniakova et Patten, respectivement numéro 1 mondiale du double dames et numéro 1 mondial du double messieurs. Le duo venait d’éliminer Novak Djokovic et Aryna Sabalenka, l’affiche la plus attendue du tableau. Les Franco-Ukrainiens ont d’abord sauvé trois balles de set avant d’emporter le jeu décisif 8 points à 6, puis ont cédé la seconde manche au tie-break, 7 à 3.

Le super tie-break qui départageait les deux équipes a tenu le public en haleine jusqu’au dernier point. Menés 7 à 5, Svitolina et Monfils ont renversé la fin de partie pour l’emporter 10 points à 8, au terme d’une heure et trente-cinq minutes de jeu. Entre les deux, un point défensif du Français, parti chercher un smash au fond du court pour lober son adversaire, a fait le tour des réseaux sociaux dans la soirée.

Un format taillé pour remplir les tribunes avant le simple

Ce scénario doit beaucoup aux règles retenues par l’organisateur, qui n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’un double mixte classique. Le tournoi a été reconstruit de fond en comble pour tenir en quarante-huit heures et pour accrocher un public venu voir des vedettes du simple. Quatre paramètres résument la formule :

  • des sets en quatre jeux gagnants au lieu de six, avec point décisif à égalité ;
  • un super tie-break en dix points en guise de troisième manche ;
  • seize paires seulement, réparties sur les courts Arthur-Ashe et Louis-Armstrong ;
  • un million de dollars pour l’équipe victorieuse, sur une dotation globale de 108 millions de dollars.

Le calcul se lit sans difficulté : en programmant l’épreuve avant le premier tour du simple, l’US Open remplit deux journées jusque-là désertes. Les spécialistes du double, eux, ont été renvoyés à un tour préliminaire, ce qui a nourri quelques critiques sur le circuit. Le détail du tableau et des horaires est consultable sur le site officiel du tournoi.

Ce que deux ans de vie commune apportent sur un court

Reste que la formule ne fabrique pas la complicité. Svitolina, neuvième joueuse mondiale, et Monfils, redescendu au-delà de la 300e place, forment sur le papier une paire déséquilibrée. Ce qu’ils compensent par autre chose : une lecture immédiate des réactions de l’autre, précieuse dans un format où tout va très vite et où les points s’enchaînent sans temps mort.

Le format est vraiment très bien. Comme Gaël l’a souligné, il y a beaucoup de monde pour dix heures du matin. Je suis vraiment heureuse de cette victoire.

Elina Svitolina, interrogée sur le court après sa victoire au premier tour du double mixte de l’US Open, le 25 août 2026

Interrogé un peu plus tard sur ce que change le fait de jouer avec sa femme, Monfils a répondu d’un sourire par une formule devenue virale, « femme heureuse, vie heureuse ». La séquence a été vue des centaines de milliers de fois sur les comptes officiels du tournoi, bien au-delà du public habituel du double.

Vingt-deux ans de circuit et une dernière saison

Derrière la bonne humeur se joue quelque chose de plus grave pour le tennis français. Gaël Monfils a annoncé que 2026 serait sa dernière saison professionnelle, après vingt-deux ans passés sur le circuit et dix-huit participations à l’US Open. Sa carrière en Grand Chelem devait s’arrêter fin mai à Roland-Garros, faute d’un classement suffisant.

Elle a été prolongée par une invitation accordée par sa fédération, dans le cadre d’un accord de réciprocité entre la Fédération française de tennis et son homologue américaine. Une place que son 307e rang mondial ne lui devait pas, et qui lui offre une dernière quinzaine new-yorkaise.

Le joueur qui se présente aujourd’hui à Flushing Meadows n’est plus celui qui atteignait les demi-finales du tournoi en 2016. Sa capacité à gagner des points impossibles, elle, n’a pas bougé d’un pouce, et c’est précisément ce que le public est venu chercher. À 39 ans, il tient encore deux matchs de haute intensité dans la même journée.

Cette endurance-là n’a rien d’un hasard de nature. Elle se construit sur deux décennies de préparation et de soins, avec une adaptation permanente des charges d’entraînement, une gestion qui explique aussi pourquoi certains joueurs disparaissent à 28 ans quand d’autres tiennent quinze ans de plus.

Tenir vingt ans, un sujet qui dépasse le haut niveau

La longévité sportive intéresse bien au-delà des vestiaires professionnels. Elle repose sur des principes que n’importe quel joueur de club peut s’approprier : régularité plutôt qu’intensité maximale, travail de renforcement, récupération réellement respectée. L’Organisation mondiale de la santé recommande 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée par semaine pour un adulte, un volume que la plupart des pratiquants atteignent en deux ou trois séances.

Le tennis coche plusieurs cases à la fois, entre travail cardiovasculaire, coordination, appuis et sollicitation osseuse. Les fédérations ont d’ailleurs adapté leur offre en conséquence, avec des formats courts et des surfaces moins traumatisantes pour prolonger la pratique après quarante ans, période où les abandons sont traditionnellement les plus nombreux.

Voir un joueur de 39 ans enchaîner deux matchs devant vingt mille personnes envoie, sur ce terrain, un message plus efficace qu’une campagne de prévention. Reste à savoir jusqu’où ce dernier tour de piste peut le mener.

Une demi-finale ouverte, mercredi à New York

Le tableau s’est ouvert dans la nuit de mardi à mercredi : Carlos Alcaraz et Serena Williams, l’affiche que tout le monde attendait en demi-finale, ont été éliminés en quarts par Flavio Cobolli et Belinda Bencic. La voie vers le titre s’en trouve nettement dégagée pour le couple franco-ukrainien.

Ce mercredi 26 août, une victoire enverrait Monfils disputer une finale de Grand Chelem quelques jours avant son quarantième anniversaire, sur le court où il a joué dix-huit fois. Le million de dollars promis au duo vainqueur compte peu au regard de ce que représenterait, pour lui comme pour le public de Flushing Meadows, une dernière ligne au palmarès.

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