Léon Marchand disputera les championnats du monde en petit bassin de Pékin, du 1er au 6 décembre prochain. Le petit bassin désigne les compétitions nagées en 25 mètres, moitié moins long que le bassin olympique, avec deux fois plus de virages et un palmarès de records homologué séparément. Le nageur toulousain n’y avait jamais disputé la moindre grande compétition internationale jusqu’ici.
L’annonce est tombée dimanche soir, au terme de championnats d’Europe de Saint-Denis où il a récolté quatre médailles malgré une blessure au quadriceps. Elle ouvre une parenthèse inattendue dans une saison déjà chargée, à deux ans des Jeux de Los Angeles. Qu’est-ce qu’un quadruple champion olympique va chercher dans un format qu’il a toujours contourné ?
Une annonce lâchée en zone mixte, quelques minutes après l’Euro
Le contexte compte autant que la nouvelle. Marchand venait de boucler une semaine à Saint-Denis marquée par deux titres individuels, dont son sacre inédit sur le 400 m nage libre, et il n’a pas attendu vingt-quatre heures pour désigner sa cible suivante. Pékin accueillera l’épreuve du 1er au 6 décembre, soit trois mois et demi après la fin de l’Euro.
Le nageur n’a pas précisé son programme de courses. Sur un format où les épreuves s’enchaînent en six jours et où les quatre nages sont son terrain naturel, la question du nombre de départs pèsera lourd sur sa préparation hivernale. Aucune indication n’a filtré sur les distances retenues, ce qui laisse ouverte la possibilité d’un programme resserré.
L’intérêt de la démarche tient à ce qu’il ne s’agit pas d’un simple ajout au calendrier : le petit bassin obéit à une logique de course différente, et c’est précisément ce qui le rend instructif.
Ce que le bassin de 25 mètres change vraiment
Nager en 25 mètres ne revient pas à nager plus court, et quatre différences structurent la discipline :
- le nombre de virages double, ce qui déplace une partie de la performance vers la coulée et la poussée au mur ;
- les temps de passage sont mécaniquement plus rapides, d’où des tables de records entièrement distinctes ;
- l’endurance de vitesse prime sur la gestion longue de l’effort, les phases nagées étant plus courtes ;
- la lecture de course se complique, chaque virage rebattant les positions et rendant les remontées plus fréquentes.
Cette gymnastique récompense les nageurs les plus techniques sous l’eau. Un bon virage vaut parfois plus qu’un bras de retard, et c’est un terrain où les spécialistes du quatre nages, habitués à changer de posture en pleine course, sont rarement désavantagés.
Marchand, sur ce point, n’arrive pas du tout en terrain inconnu.
Un nageur qui connaît déjà les bassins courts
Deux années passées à l’université d’Arizona State l’ont familiarisé avec les bassins de 25 yards, soit 22,86 mètres, format standard du championnat universitaire américain. Il y détient quatre records du monde, du 200 yards quatre nages au 500 yards nage libre, en passant par le 400 yards quatre nages et le 200 yards brasse.
En bassin de 25 mètres, son palmarès se limite à une Coupe du monde disputée à Singapour en 2024, quelques semaines après ses Jeux de Paris. Il y avait signé le record du monde du 200 m quatre nages, auquel s’ajoute le record d’Europe du 100 m quatre nages et plusieurs records de France. Le format ne lui est donc pas étranger, seule la grande échéance manquait.
C’est un objectif pour moi cette année. Je n’ai jamais fait de grande compétition en petit bassin. Au niveau du timing, cela va être un peu délicat au niveau des vacances personnelles et de la préparation, mais c’est vraiment quelque chose que j’ai envie de réussir.
Léon Marchand, en zone mixte à Saint-Denis le 16 août 2026, au terme des championnats d’Europe de natation, propos rapportés par Eurosport
Un Euro de Saint-Denis bouclé à quatre médailles
La quinzaine française s’est achevée sur onze médailles, dont quatre en or, et une quatrième place au tableau derrière la Grande-Bretagne et l’Italie. Marchand y a pris deux titres individuels sur 200 m papillon et 400 m nage libre, l’argent du relais 4×200 m nage libre et le bronze du 4×100 m quatre nages.
Le bassin de Saint-Denis a aussi révélé d’autres visages, à commencer par Mary-Ambre Moluh, championne d’Europe du 100 m dos en 57″94 et détentrice du record continental à 20 ans. La natation française sort de cet Euro avec plusieurs relais compétitifs, ce qui n’était plus arrivé depuis longtemps, comme le laissait espérer l’ouverture du grand bain fin juillet.
Le calendrier, seule vraie inconnue
Décembre n’est pas une date neutre. La période sert traditionnellement de coupure et de reprise de charge chez les nageurs de haut niveau, et intercaler une compétition mondiale au milieu de cette fenêtre suppose de décaler tout le bloc de travail hivernal. Marchand a lui-même qualifié ce timing de délicat, entre vacances et préparation.
Le calendrier officiel de World Aquatics, l’instance internationale qui organise l’épreuve et dont le programme est consultable sur le site de la fédération, place Pékin sur six jours de compétition. Pour un nageur habitué à enchaîner cinq à six finales sur une même semaine, la charge est réelle, et la marche à franchir tient moins au niveau des adversaires qu’à la place trouvée dans une saison déjà pleine.
Ce que Pékin dit de la trajectoire vers Los Angeles
Ajouter un rendez-vous mondial à un hiver de transition ressemble moins à une lubie qu’à un test grandeur nature. Les Jeux de Los Angeles arrivent dans deux ans, et la question posée depuis Paris est celle du nombre d’épreuves qu’un nageur peut porter simultanément au plus haut niveau, sujet déjà central dans la trajectoire du nageur toulousain. Six jours de courses en décembre offrent un laboratoire que ne procure aucun stage.
Il y a aussi une dimension moins spectaculaire. Varier les formats, les longueurs de bassin et les rythmes de compétition fait partie des leviers reconnus pour entretenir la motivation et limiter la lassitude sur une carrière longue, un principe qui vaut pour les amateurs comme pour les champions. La régularité tient souvent à la variété plutôt qu’à la répétition du même effort.
Reste à voir ce que Pékin donnera vraiment à observer. Un programme resserré signalerait une préparation orientée vers l’été suivant ; un programme large dirait autre chose de ses ambitions immédiates. Les inscriptions, attendues à l’automne, trancheront cette lecture plus sûrement que n’importe quelle déclaration de zone mixte.
