Ngah Manga, deux buts et un premier sacre : le Cameroun sur le toit de l’Afrique

18/08/2026 à 08h13  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

Repêché parmi les meilleurs troisièmes, le Cameroun a battu le Malawi 3-0 en finale de la CAN féminine à Rabat, porté par un doublé de Marie-Gisèle Ngah Manga. Un premier titre continental qui rebat les cartes d'un palmarès longtemps verrouillé.

Dimanche 16 août, au stade Prince Moulay El Hassan de Rabat, le Cameroun a battu le Malawi 3-0 et remporté la Coupe d’Afrique des nations féminine pour la première fois de son histoire. Cette compétition, organisée tous les deux ans par la Confédération africaine de football, réunit les meilleures sélections du continent. Les Lionnes indomptables y avaient déjà disputé trois finales, en 2004, en 2014 et en 2016, sans jamais y inscrire le moindre but.

L’édition élargie à seize équipes leur avait pourtant ouvert la porte par la petite fenêtre. Le Cameroun n’était pas qualifié sportivement et a été repêché parmi les meilleurs troisièmes, avant d’éliminer le Nigeria, décuple champion d’Afrique, puis le Maroc organisateur. Comment une sélection entrée par la porte de service finit-elle par dominer tout un continent ?

Trois buts en quarante-cinq minutes, et une finale déjà pliée

Tout s’est joué avant la pause. À la 20e minute, un centre venu de la droite arrive sur la tête d’une Camerounaise au second poteau, la gardienne malawite Mercy Sikelo manque son intervention et Marie-Gisèle Ngah Manga pousse le ballon au fond à bout portant. Dix minutes plus tard, sur un corner, Naomie Ndjoah Eto pivote et trompe la même gardienne d’une frappe décroisée.

Dans le temps additionnel de la première période, Ndjoah Eto se mue en passeuse et centre pour Ngah Manga, qui signe un doublé de la tête. En quarante-cinq minutes de jeu, le Cameroun avait marqué trois fois, soit trois buts de plus que le total de ses trois finales précédentes réunies. La rencontre, dirigée par l’arbitre égyptienne Shahenda El Maghrabi, n’a plus jamais changé de visage.

La seconde période a tourné à la gestion. Le Malawi, meilleure attaque du tournoi avec douze buts inscrits, n’a cadré qu’une seule occasion sérieuse, par Temwa Chawinga à la 61e minute. Ngah Manga a même laissé filer un triplé à la 49e. Ce contrôle sans faille raconte le travail mené en amont, bien avant la finale.

Ngah Manga, la joueuse des grands rendez-vous

L’attaquante camerounaise était pourtant sortie blessée lors de la victoire contre le Ghana en phase de groupes, et son absence pour le quart de finale a été redoutée plusieurs jours. Les examens médicaux se sont révélés rassurants et elle est revenue à temps pour le tournant du tournoi. Avant la finale, elle comptait déjà trois réalisations dans la compétition.

Son doublé de dimanche lui a valu d’être distinguée meilleure joueuse de la finale. La statistique dit l’essentiel : sur les trois finales perdues par le Cameroun en 2004, 2014 et 2016, aucune joueuse camerounaise n’avait trouvé le chemin des filets. Ngah Manga a réglé la question deux fois en quarante-cinq minutes, sur les deux seuls ballons vraiment nets qui lui sont parvenus.

Un parcours à élimination directe sans encaisser un seul but

Le trajet des Lionnes indomptables jusqu’au trophée tient en quatre rencontres décisives qui résument l’édition, et que reprend le tableau officiel de la compétition :

  • une victoire face au Ghana en phase de groupes, avant une qualification arrachée au repêchage ;
  • un quart de finale remporté 1-0 contre le Nigeria, dix fois champion d’Afrique et tenant du titre ;
  • une demi-finale sans but contre le Maroc, pays hôte, puis une victoire 3-1 aux tirs au but ;
  • une finale gagnée 3-0 face au Malawi, sans le moindre but concédé sur toute la phase finale.

Deux buts encaissés en tout et pour tout avant la finale, zéro sur les trois matchs à élimination directe : la défense camerounaise a été la véritable colonne vertébrale de ce parcours. La gardienne Michaely Bihina a d’ailleurs été désignée meilleure portière du tournoi.

Cette solidité n’est pas tombée du ciel : la sélectionneuse en revendique la construction méthodique, entamée bien avant le voyage au Maroc.

Valentine Nguele, deux mois pour bâtir un groupe

Nommée environ deux mois avant le coup d’envoi, Valentine Nguele a misé sur un renouvellement générationnel plutôt que sur la réputation des anciennes. Autour de la capitaine Gabrielle Aboudi Onguéné, elle a mêlé internationales expérimentées et joueuses émergentes, et elle devient la cinquième femme sacrée championne d’Afrique sur le banc d’une sélection.

Chaque match était une finale pour nous. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient tenir la distance sur six matchs, six finales.

Valentine Nguele, sélectionneuse du Cameroun, propos recueillis après le sacre et publiés le 17 août 2026 par Dailysports

Le discours colle aux chiffres. Six rencontres disputées en un mois de compétition, dont trois sans encaisser de but, dans un tournoi passé de douze à seize équipes qui allonge mécaniquement les organismes. Ce format élargi profite d’abord aux sélections capables de durer, pas seulement à celles qui frappent fort d’entrée.

Le Malawi, révélation d’une CAN à seize équipes

Les Scorchers, elles, repartent avec un statut inédit. Pour leur toute première participation, elles sont devenues la première nation d’Afrique australe débutante à atteindre la finale, après avoir écarté l’Algérie 3-1 en demi-finale et affiché la meilleure attaque du tournoi avec douze buts.

Le duo formé par les sœurs Temwa et Tabitha Chawinga a porté cette campagne de bout en bout, jusqu’à buter sur la seule défense restée invaincue depuis les quarts de finale. Leur parcours illustre ce que produit l’élargissement à seize équipes, un mouvement comparable à celui qu’a connu la montée en puissance du cyclisme féminin ces dernières saisons.

Ce que ce titre déplace pour le football féminin africain

Le Cameroun devient la quatrième nation inscrite au palmarès, après le Nigeria, la Guinée équatoriale et l’Afrique du Sud. La dotation, portée à 2 millions de dollars pour le vainqueur, change aussi l’échelle économique d’une compétition longtemps sous-financée. Un palmarès qui s’ouvre est le signal le plus fiable qu’un championnat continental cesse d’être une affaire de deux ou trois sélections.

Reste la question du prolongement. Une victoire continentale attire des regards, remplit des stades quelques mois, puis se heurte aux réalités de terrain que décrit la place réelle du sport au féminin : créneaux, encadrement, licences. Le vrai test se jouera sur les effectifs de clubs à la rentrée, pas sur l’émotion de dimanche soir.

Sur ce point, l’exemple européen est instructif. Quand une épreuve féminine trouve son public, comme l’a montré la percée d’audience du Tour de France Femmes, les vocations suivent, et avec elles une pratique régulière dont les bénéfices cardiovasculaires et psychiques sont largement documentés. Le sacre des Lionnes vaut moins par le trophée que par ce qu’il autorise à espérer derrière.

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