Le Scandinavium de Göteborg était plein, bruyant, et entièrement acquis à la Suède. C’est dans cette salle que l’équipe de France féminine de volley-ball a bouclé jeudi soir sa phase de poule du Championnat d’Europe, la compétition continentale qui réunit tous les deux ans les vingt-quatre meilleures nations, cette année réparties entre l’Azerbaïdjan, la Tchéquie, la Suède et la Turquie. Les Bleues l’ont emporté 3-1 face aux Suédoises.
Le résultat comptait double. Il fallait la deuxième place du groupe D pour éviter l’Italie, championne du monde et olympique en titre, dans un éventuel quart de finale. Cette victoire envoie donc la France affronter la Grèce en huitièmes, à Brno. Comment une équipe privée de sa capitaine et d’une titulaire est-elle allée chercher deux sets à 28-26 dans un chaudron scandinave ?
Deux sets arrachés 28-26 dans une salle hostile
Les Françaises ont lancé la rencontre pied au plancher, avec un 5-1 initial qui a refroidi le public local. Le premier set s’est pourtant étiré jusqu’à l’avantage, conclu sur un ace d’Eva Elouga à 28-26. Un scénario de fin de set qui allait se répéter.
La réponse suédoise a été brutale. Le deuxième set est tombé 25-13, avec douze points d’Isabelle Haak et trois services gagnants d’affilée qui ont creusé l’écart à 15-8. Les Bleues n’ont plus existé pendant vingt minutes, avant de repartir de zéro dans la manche suivante.
Menées 2-4 au troisième set, elles sont revenues grâce aux séries de service d’Enora Danard-Selosse, passant de 7-10 à 11-10, puis ont conclu 25-20. Le quatrième acte a de nouveau basculé dans les avantages, avec deux balles de set sauvées avant un 28-26 signé du vingt-neuvième point de Cyrielle Depie. Cette dernière méritait qu’on s’y arrête.
Cyrielle Depie, 19 ans, record personnel en sélection
La pointue de Levallois Paris a terminé la rencontre avec 29 points et 58 % de réussite en attaque, soit sa meilleure marque sous le maillot bleu. Elle sortait déjà d’un match solide contre l’Italie deux jours plus tôt. Meilleure marqueuse française du premier tour, elle s’est installée en quelques jours comme l’option offensive numéro un.
Autour d’elle, Lilou Ratahiry a apporté 14 points dont 3 aces pour sa première titularisation dans un Euro, et Amélie Rotar en a ajouté 13. Le staff avait construit son plan de jeu autour de cette répartition, quitte à surcharger la jeune pointue de ballons dans les moments serrés.
Je suis extrêmement fier de l’équipe parce que, même dans la difficulté, nous n’avons jamais perdu notre concentration, c’est vraiment une grande victoire.
Cesar Hernandez, entraîneur de l’équipe de France, dans les réactions d’après-match publiées par la FFVolley le 27 août 2026
Le sélectionneur a insisté sur la fatigue accumulée après le match contre l’Italie, disputé la veille et perdu 3-1 après un set arraché. Les batteries n’étaient pas pleines, et le contexte rendait la performance plus difficile encore.
Isabelle Haak, 39 points et un mur à contourner
Le principal obstacle de la soirée portait un nom et un numéro. La pointue suédoise, passée par Béziers, reste l’une des attaquantes les plus redoutées du circuit mondial. Ses statistiques donnent le vertige et expliquent pourquoi la France a construit sa tactique autour d’elle.
- 39 points inscrits sur le match, dont 12 dans le seul deuxième set ;
- 53 % de réussite en attaque, 3 aces et 1 bloc ;
- 52 points marqués trois jours plus tôt contre la Croatie ;
- une équipe suédoise dirigée par Lorenzo Micelli, ancien entraîneur du Cannet.
Face à un tel volume, la consigne française tenait en une phrase : encaisser les points de Haak et gagner les autres duels. Le pari a fonctionné dans trois manches sur quatre.
Il a fallu pour cela que le reste du groupe compense des absences qui commencent à peser lourd sur les rotations françaises.
Une équipe amputée qui tient debout
La capitaine Héléna Cazaute est forfait depuis le 15 août, avant même le coup d’envoi de la compétition. Halimatou Bah s’est ajoutée à la liste mercredi contre l’Italie, touchée à la cheville droite. Charlotte Cuette, 18 ans, rejoint le groupe pour la remplacer, à quelques jours d’un match couperet.
Perdre deux joueuses de rotation en dix jours réduit les options d’un sélectionneur, surtout quand le calendrier impose cinq matchs en une semaine. Les Bleues comptent pourtant quatre succès en cinq rencontres depuis le début de l’Euro, un bilan que peu d’observateurs annonçaient après une dernière journée de poule aussi ouverte.
La Grèce à Brno, puis un quart à conquérir
Le huitième de finale se disputera à Brno, en Tchéquie, dans la fenêtre du 30 août au 3 septembre réservée aux huitièmes et aux quarts. L’adversaire grec pointe au vingt-septième rang mondial et s’appuie sur sa pointue Martha Anthouli, passée par le championnat turc cette saison. La France avait battu la Grèce 3-1 lors du Championnat du monde 2025.
Ce sera le troisième huitième de finale consécutif des Bleues dans cette compétition. Les deux dernières éditions se sont arrêtées en quart, et c’est cette marche que le groupe cherche à franchir. Le tableau, tel qu’il se dessine, éloigne l’Italie jusqu’aux demi-finales.
Le calendrier reste serré, avec des demi-finales et des finales programmées les 5 et 6 septembre à Istanbul, selon le programme diffusé par la Fédération française de volley. Chaque tour se joue sur un match unique, sans rattrapage possible.
Ce que ce parcours dit du volley féminin français
Voir une joueuse de 19 ans porter l’attaque d’une sélection nationale en tournoi majeur n’a rien d’anecdotique. Cela traduit un renouvellement engagé depuis plusieurs saisons, comparable à celui que connaît le pari de la jeunesse fait chez les hommes après l’or olympique. La relève ne se décrète pas, elle se vérifie dans les fins de set à 28-26.
Le volley reste par ailleurs l’un des sports collectifs les plus accessibles en salle pour les adultes qui reprennent une activité, avec des séances d’une durée qui couvre une bonne part des 150 minutes hebdomadaires d’endurance modérée recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. Un match d’Euro à 21 heures fait souvent davantage pour les inscriptions de septembre qu’une campagne d’affichage, comme l’a montré l’été des très jeunes internationaux français.
Reste la marche du quart de finale, jamais franchie par cette génération. Dimanche ou lundi à Brno, une équipe diminuée et rajeunie jouera deux heures pour savoir ce qu’elle vaut vraiment.
