Les Gets accueille les Mondiaux de VTT après un week-end qui a fait le tour du monde

26/08/2026 à 18h48  ·  Clément Haddad  ·  5 minutes à lire

De mercredi à dimanche, la station de Haute-Savoie remet en jeu les maillots arc-en-ciel du VTT, quatre jours après une manche de Coupe du monde où le public a volé la vedette aux favoris. Mathieu van der Poel s'y présente battu et prévenu.

Le VTT de compétition regroupe des disciplines qui n’ont presque rien en commun : la descente se joue en quelques minutes d’engagement pur, le cross-country se dispute sur une heure et demie d’effort continu. Toutes se retrouvent une fois par an aux Championnats du monde, où chaque nation aligne une sélection unique et où le maillot arc-en-ciel se gagne en une seule course.

Du mercredi 26 au dimanche 30 août, ces Mondiaux se disputent aux Gets, en Haute-Savoie. La station accueille l’événement quatre ans après une première édition remarquée, et surtout quatre jours après une manche de Coupe du monde dont les images ont fait le tour de la planète. Que se passe-t-il quand une discipline confidentielle remplit soudain un versant de montagne ?

Un week-end de Coupe du monde qui a servi de répétition générale

Les 22 et 23 août, la station savoyarde recevait déjà une manche de Coupe du monde, en guise de dernier test avant les Mondiaux. Le public a répondu au-delà de ce que les organisateurs attendaient, et l’ambiance a rapidement dépassé le cadre sportif pour devenir le sujet principal du week-end.

Le samedi, la victoire du Français Max Alran en descente a déclenché une explosion de joie dans la zone d’arrivée. Les vidéos de sa descente, avec la foule massée le long du tracé, ont circulé bien au-delà du milieu du VTT. Le lendemain, en cross-country, Mathieu van der Poel a été battu par le Français Boichis, dans un final où la dernière portion technique a fait la différence.

Quatre enseignements à retenir avant les finales

Ce week-end a laissé plusieurs indications aux favoris comme aux organisateurs, à quelques jours de l’ouverture des Mondiaux. Aucune ne va dans le sens d’une course écrite d’avance :

  • les descendeurs français sont capables de gagner sur ce tracé ;
  • le niveau du cross-country s’est resserré autour de plusieurs coureurs ;
  • le public savoyard transforme l’épreuve en événement populaire ;
  • la position sur la ligne de départ pèse lourd sur ce parcours technique.

Ce dernier point n’a rien d’anecdotique. Sur un circuit où les dépassements sont rares, partir cinq rangs derrière coûte parfois la course, comme l’a rappelé le plus titré des engagés.

Van der Poel avance en favori prudent

Le Néerlandais Mathieu van der Poel connaît bien ce piège. Deuxième dimanche aux Gets, il a reconnu être passé tout près de la limite dans le final, sans parvenir à revenir sur son adversaire. Son bilan personnel du week-end mêle satisfaction et lucidité, à quatre jours d’un rendez-vous qu’il vise depuis des mois.

J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir. Il me manque encore un peu de punch dans le final pour pouvoir gagner, mais je suis très content de cette performance. Je sais que le niveau est extrêmement élevé.

Mathieu van der Poel, après la manche de Coupe du monde de VTT des Gets, dans des propos rapportés le 24 août 2026

Le coureur a également rappelé qu’il avait réalisé une très bonne course aux Gets l’an dernier avant de manquer son rendez-vous mondial, et qu’il devrait à nouveau s’élancer depuis la cinquième ligne. Une contrainte qui, sur ce terrain, relève autant de la tactique que de la chance.

Quand un Britannique rêve d’être français le temps d’un week-end

La ferveur des Gets a produit une réaction inattendue. Tom Pidcock, champion olympique de VTT et coureur sur route, a repartagé sur son compte Instagram la vidéo de la descente victorieuse de Max Alran, avec une légende qui a beaucoup circulé : il y écrivait vouloir être français, descendeur, et gagner aux Gets. Un aveu rare de la part d’un coureur de ce niveau.

Cette scène dit quelque chose de la place du VTT dans les Alpes françaises. Les stations ont converti leurs remontées mécaniques à l’usage estival, les bike parks se sont multipliés, et une génération entière a appris la descente sur ces pistes avant de courir sous licence.

Pidcock sera lui-même engagé cette semaine, tout comme les coureurs qui viennent de bousculer la hiérarchie. La densité du plateau rend les pronostics inconfortables, ce qui n’était pas le cas il y a quelques saisons.

Une discipline qui vit surtout hors des compétitions

Derrière les Mondiaux, le VTT reste avant tout une pratique de loisir massive, largement non licenciée. Les 25 fédérations françaises de sports de nature réunissent un peu plus de 2 millions de licences en 2025, un total presque stable sur dix ans selon le recensement des licences sportives, alors même que la fréquentation des sentiers a fortement augmenté.

Cet écart entre pratique réelle et pratique encadrée est une constante des activités de plein air, au même titre que l’engouement récent pour le vélo au féminin. Il explique aussi les tensions d’usage que connaissent certains massifs, sujet que nous avons abordé quand plusieurs sentiers ont été fermés cet été pour raisons de sécurité ou de préservation.

Le VTT y gagne pourtant sur le plan physique : effort intermittent, travail d’équilibre, sollicitation musculaire sans les chocs répétés de la course à pied. Le calendrier complet et les sélections françaises sont publiés par la Fédération française de cyclisme.

Ce que la Haute-Savoie a construit depuis 2022

Les Gets ne doit pas ces Mondiaux au hasard. La station a déjà accueilli l’épreuve en 2022, et enchaîne depuis les manches de Coupe du monde, ce qui lui a permis de roder son tracé et son organisation sur plusieurs éditions successives. L’accueil du public de la semaine dernière est le produit direct de cette continuité.

Ce modèle intéresse d’autres stations alpines, confrontées à des hivers plus courts et à la nécessité de rentabiliser leurs installations sur l’année. Le VTT s’impose comme l’une des rares activités capables de transformer un engouement télévisuel en pratique, à condition que les infrastructures suivent.

Cinq jours pour transformer l’essai

Les épreuves s’enchaînent jusqu’à dimanche, avec des formats qui se répondent : la vitesse pure de la descente, l’endurance du cross-country, et des courses jeunes qui décideront des sélections futures. Le maillot arc-en-ciel se porte une année entière, ce qui donne à chacune de ces finales un poids sans équivalent dans la saison.

Reste la question que la semaine passée a posée sans y répondre : un public de cette ampleur, sur une discipline longtemps réservée aux initiés, se transforme-t-il en licenciés dans les clubs ? Les fédérations le mesureront à la rentrée, quand les inscriptions ouvriront dans les vallées qui ont accueilli ces courses.

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