Escrime : deux médailles et trois jours pour sauver les Mondiaux des Bleus

29/07/2026 à 10h41  ·  Julie Mirabel  ·  6 minutes à lire

Deux médailles seulement après six épreuves individuelles : les Bleus de l'escrime abordent les épreuves par équipes de Hong Kong loin de leurs ambitions de départ. Trois journées, six titres en jeu et un tableau des médailles encore ouvert.

Une seule journée sépare désormais l’équipe de France d’escrime du verdict de sa saison. À Hong Kong, la 81e édition des Championnats du monde s’achève jeudi, et les Bleus n’ont pour l’instant décroché que deux médailles sur les six épreuves individuelles disputées. L’escrime oppose deux tireurs sur une piste de quatorze mètres, avec trois armes aux règles distinctes : le fleuret, l’épée et le sabre, qui n’autorisent ni les mêmes surfaces valables ni les mêmes priorités.

Ce rendez-vous compte double. Réunis à l’AsiaWorld-Expo depuis le 22 juillet, 172 tireurs venus de 60 nations se disputent douze titres, six en individuel et six par équipes. La France abordait ce rendez-vous avec des ambitions rarement aussi élevées, forte de dix médailles aux Championnats d’Europe disputés en juin à Antony et d’un statut de meilleure nation des Mondiaux 2025. Le bilan individuel, lui, se limite à un argent et un bronze.

Trois journées d’épreuves collectives restent au programme, et elles concentrent l’essentiel des espoirs tricolores. Une question se pose donc jusqu’à jeudi soir : les collectifs français peuvent-ils sauver ces Mondiaux ?

Deux médailles pour six épreuves individuelles

Le sabre dames a offert aux Bleues leur meilleure journée. Sara Balzer s’est hissée jusqu’en finale après une demi-finale cent pour cent française remportée d’une seule touche face à Toscane Tori, sur le score de 15-14. La vice-championne olympique s’est ensuite inclinée 10-15 devant l’Allemande Larissa Eifler, et repart avec l’argent mondial.

Toscane Tori complète le tableau avec le bronze, tandis que Manon Apithy-Brunet a signé le fait d’armes le plus commenté du tournoi individuel. La Française a sorti la numéro un mondiale Yana Egorian avant de céder au tableau de 16. Sarah Noutcha, troisième au classement mondial et lauréate des Coupes du monde de Salt Lake City et de Lima, s’est arrêtée en quarts.

Ailleurs, la récolte a été maigre. À l’épée hommes, Alexandre Bardenet a signé le meilleur parcours français en atteignant le tableau de 16. Au fleuret dames, Morgane Patru s’est arrêtée au tableau de 32, et au sabre hommes Sébastien Patrice a été le dernier Bleu en lice, éliminé lui aussi en huitièmes. Trois journées d’affilée sans la moindre médaille ont refroidi une délégation qui espérait mieux.

Les collectifs, dernière carte tricolore

Les épreuves par équipes ont toujours constitué le point fort de l’escrime française, et cette édition ne fait pas exception. Chaque rencontre se joue en neuf relais jusqu’à quarante-cinq touches, un format où la profondeur d’effectif compte davantage que la performance d’un seul tireur. Quatre collectifs français abordent ces trois jours avec des ambitions de podium :

  • le sabre dames, tenant du titre mondial, avec Balzer, Tori, Noutcha et Apithy-Brunet ;
  • l’épée hommes, en quête d’un vingt-quatrième titre mondial pour la France dans cette arme, et médaillée d’argent européenne en juin ;
  • l’épée dames, sacrée championne d’Europe en juin autour de Marie-Florence Candassamy et d’Auriane Mallo-Breton ;
  • le fleuret hommes, deuxième européen, avec Rafaël Savin, champion d’Europe en individuel cette saison.

La concurrence n’a rien de théorique. L’Italie est championne du monde et d’Europe en titre au fleuret masculin par équipes, le Japon défend son titre mondial à l’épée hommes, et la Suisse a remporté trois étapes de Coupe du monde cette saison. Le Kazakhstan et la Corée du Sud progressent aussi sur chacune des trois armes, ce qui resserre encore une hiérarchie déjà dense.

Ce que ces Mondiaux disent de l’escrime tricolore

Un bilan chiffré ne raconte pas tout. La délégation traverse un renouvellement générationnel visible à l’épée masculine, privée de leader identifié depuis les retraites de Yannick Borel et de Romain Cannone. Le collectif remplace peu à peu la star, ce qui explique des résultats individuels irréguliers et des performances par équipes souvent supérieures.

J’ai croisé plein d’enfants qui m’ont dit avoir commencé l’escrime après m’avoir vue à la télé. C’est touchant.

Sara Balzer, le 24 juin 2025, lors de la Soirée des champions organisée par le CNOSF à Paris

Cette remarque dit l’essentiel de ce qui se joue à Hong Kong pour le public français. Les médailles nourrissent les inscriptions dans les salles d’armes, et la Fédération le mesure chaque automne au moment des renouvellements. Une finale mondiale diffusée à une heure regardable pèse davantage que dix campagnes de communication, ce qui rend le créneau horaire asiatique moins favorable que prévu.

Trois journées, six titres à distribuer

Le programme des épreuves collectives suit un ordre précis, avec deux armes par jour jusqu’à la cérémonie de clôture. Le tableau ci-dessous récapitule ce calendrier et ce que chaque journée met en jeu pour les Bleus.

JournéeÉpreuves par équipesEnjeu tricolore
Mardi 28 juilletÉpée dames et fleuret hommesConfirmer les titres européens de juin
Mercredi 29 juilletSabre dames et épée hommesDéfendre le titre mondial au sabre
Jeudi 30 juilletFleuret dames et sabre hommesChercher un podium avant la clôture

Les phases finales sont diffusées sur Eurosport, et la Fédération française d’escrime propose depuis Hong Kong des contenus tournés en coulisses. Le décalage horaire de six heures avec la France place la plupart des finales en début d’après-midi, un créneau rarement favorable à l’audience.

L’héritage de Paris 2024 continue de porter la discipline

L’escrime française ne vit pas seulement de ses résultats internationaux. Elle profite encore de la dynamique enclenchée par les Jeux de Paris, qui a irrigué l’ensemble des fédérations olympiques, comme le montrent les dix-sept millions de licences délivrées depuis la vague post-olympique. Les salles d’armes ont vu affluer des enfants qui n’auraient jamais poussé la porte d’un club sans ces quinze jours d’été 2024.

Cette pratique-là ne réclame ni condition physique exceptionnelle ni engagement compétitif. Un assaut sollicite les jambes, les appuis et la concentration bien plus que la force, ce qui explique la présence de licenciés de sept à soixante-dix ans dans la même salle. Les fédérations olympiques mineures en tirent la même leçon depuis deux ans, à l’image de la refonte spectaculaire engagée par le pentathlon moderne pour élargir son public.

Los Angeles 2028 se rapproche déjà

Ces Mondiaux ouvrent le cycle olympique, et c’est à cette aune qu’il faudra les lire une fois la clôture passée. Deux ans séparent Hong Kong des Jeux de Los Angeles, un délai qui laisse le temps d’installer une hiérarchie interne mais pas celui de reconstruire une génération. Les quotas olympiques se joueront sur les résultats par équipes accumulés d’ici là, davantage que sur les exploits individuels.

Le calendrier américain pose aussi une question rarement abordée. Les Jeux de 2028 se dérouleront loin du public français, dans un fuseau horaire qui compliquera l’exposition télévisée des disciplines confidentielles. L’escrime, qui a bâti sa visibilité récente sur des finales suivies en prime time à Paris, devra trouver comment exister sans cet avantage de terrain.

Reste ce que ces trois journées vont révéler du groupe France. Une nation qui gagne par équipes après avoir manqué ses individuels dit quelque chose de sa culture collective, et ce trait-là ne se décrète pas en deux saisons. Jeudi soir, le tableau des médailles aura tranché.

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