Purées énergétiques Baouw : deux années de sorties longues au banc d’essai

09/07/2026 à 18h36  ·  Eroan Boyer  ·  12 minutes à lire

Deux ans, plusieurs centaines de gourdes et trois saveurs conservées sur cinq. Retour détaillé sur les purées énergétiques bio Baouw, leur composition, leur digestibilité, leur prix, et la frontière à respecter entre purée et gel.

Une purée énergétique est une gourde de 90 grammes remplie de fruits mixés, sans sucre ajouté, que l’on avale en courant. Le produit se situe à mi-chemin entre la compote de l’enfance et le gel de compétition, avec une différence qui n’a rien d’anecdotique : les sucres proviennent uniquement des fruits, jamais d’un sirop de glucose ou d’une maltodextrine.

Baouw, marque française née dans les Alpes, s’est construite sur ce refus. Ses recettes ont été dessinées par Yoann Conte, chef doublement étoilé, et par Benoît Nave, nutritionniste et cofondateur, à la demande d’athlètes d’ultra-endurance qui ne supportaient plus les produits classiques. La maison est aujourd’hui certifiée B Corp et fournisseur officiel de la Fédération française d’athlétisme. Rien de tout cela ne dit ce que le produit vaut en sortie longue.

Voilà deux ans que ces gourdes accompagnent mes entraînements, entre trois et quatre sorties hebdomadaires de 16 à 20 kilomètres, préparation marathon comprise. J’en consomme une à trois par séance selon la durée. Le tarif, lui, pique : 3,08 € l’unité, quatre fois le prix d’une compote de supermarché. La question mérite donc d’être posée franchement : qu’est-ce qu’on achète vraiment à ce prix-là ?

Ce que Baouw met dans ses gourdes

Des fruits, de l’huile d’olive, et pas grand-chose d’autre

La liste d’ingrédients de la poire-pomme-menthe tient en une ligne : purée de poire 47,17 %, purée de pomme 47,17 %, huile d’olive vierge extra 2,36 %, fécule de tapioca, vinaigre de cidre, gingembre en poudre, jus de menthe, coriandre et aneth. Aucun additif, aucun arôme de synthèse, aucun édulcorant. La banane-kiwi-vanille répond au même principe, avec 62,47 % de purée de banane et 32 % de kiwi.

L’huile d’olive n’est pas là par coquetterie. Elle apporte des lipides qui ralentissent l’absorption des sucres, lisse la courbe glycémique et donne cette texture grasse en bouche que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans la nutrition sportive. Le chef y a vu un exhausteur naturel, le nutritionniste un régulateur métabolique, et les deux avaient raison.

Zéro sucre ajouté, un parti pris qui s’entend au goût

Le sucre naturellement présent dans les fruits se comporte différemment d’un sirop concentré. Là où un gel classique délivre un pic glycémique brutal, une purée Baouw affiche un index glycémique modéré et libère son énergie plus progressivement. Le revers existe : l’apport glucidique est nettement plus faible, autour de 15 grammes en moyenne contre 25 à 30 pour un gel.

Les écarts entre recettes sont réels, et c’est précisément ce qui rend la gamme intéressante. La poire-pomme-menthe plafonne à 66 kilocalories et 11 grammes de glucides pour 90 grammes, quand la mangue-passion-gingembre grimpe à 112 kilocalories et 19 grammes de glucides, dont 15 grammes de sucres, avec 3,5 grammes de lipides. La banane-kiwi-vanille se pose entre les deux, à 98 kilocalories et 15 grammes de glucides.

Une signature de chef, une caution de nutritionniste

Le duo Conte-Nave n’est pas un argument marketing plaqué après coup. Xavier Thévenard, triple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, fait partie des athlètes qui ont réclamé ces purées, et la recette salée patate douce-carotte-poivre timut a été formulée pour son UTMB. Le produit est né d’un besoin de terrain, pas d’un brief d’agence.

Après 10 h d’effort, il devient compliqué de s’alimenter. Mâcher demande un effort dans l’effort. Et la purée, eh bien, ça passe tout seul !

Benoît Nave, nutritionniste, préparateur physique et cofondateur de Baouw, sur le site de la marque

Deux ans plus tard, un trio gagnant sur le podium

Le mix découverte, un passage presque obligé

J’ai commencé par un pack mix, ce qui reste la seule façon honnête d’aborder cette gamme. Les recettes sont trop typées pour se choisir sur la foi d’une étiquette, et une purée à la coriandre et à l’aneth ne se devine pas. Sur cinq saveurs testées, trois sont restées, et ce tri s’est fait en trois ou quatre sorties, pas davantage.

Le bénéfice de ce tri dépasse la question du plaisir. Chaque recette affiche une composition différente, plus ou moins salée ou fibreuse, plus ou moins chargée en électrolytes naturellement présents. Les trois que j’ai conservées se complètent plutôt bien sur ce plan, ce qui n’était pas prémédité mais qui s’est révélé cohérent à l’usage.

Sur les 5 goûts proposés par Baouw, 3 m'accompagnent désormais sur toutes mes sorties
Sur les 5 goûts proposés par Baouw, 3 m’accompagnent désormais sur toutes mes sorties

La poire-pomme-menthe comme base de travail

C’est ma référence, celle que j’emporte systématiquement. La plus légère de la gamme, la plus neutre aussi, avec cette pointe de menthe qui rafraîchit sans jamais tomber dans le chewing-gum. Sur une sortie d’une heure, elle suffit seule. Le vinaigre de cidre et le gingembre lui donnent une acidité discrète qui relance la salivation, détail que l’on n’apprécie qu’après quarante minutes de course en plein soleil.

Ses 11 grammes de glucides en font le format le plus léger. Une qualité en endurance fondamentale, une limite dès que l’intensité monte, puisque l’organisme puise alors bien moins dans les lipides. Le produit ne prétend d’ailleurs pas autre chose.

Banane-kiwi-vanille et mangue-passion-gingembre en renfort

Quand la sortie s’allonge, j’alterne. La banane-kiwi-vanille apporte de la densité et une texture plus épaisse, presque nourrissante, avec ses 62 % de purée de banane. La mangue-passion-gingembre joue la carte inverse : plus acide, plus vive, plus sucrée aussi, avec ses 19 grammes de glucides qui en font la plus énergétique du trio. Alterner les trois évite l’écœurement, ce phénomène bien connu qui transforme la troisième gourde identique en épreuve.

Le point qui me retient depuis deux ans tient en une phrase. On a la sensation de manger des fruits broyés, pas une pâte parfumée façon bonbon industriel. Le goût est celui du fruit, avec ses défauts, sa variabilité, son acidité. Cette franchise gustative n’a l’air de rien sur le papier, elle fait toute la différence à la quatre-vingt-dixième minute.

Les versions salées ne sont jamais passées

Le cari de légumes et la patate douce-carotte-poivre timut n’ont jamais trouvé leur place chez moi. Je les trouve plus lourdes à avaler, moins naturelles à consommer en courant, et je peine à décrire cela autrement qu’en parlant d’habitude. Le cerveau attend du sucré quand il attend de l’énergie, et le salé le prend à contre-pied.

Cette réserve reste très personnelle et je me garde de la généraliser. Ces recettes existent parce que les ultra-traileurs saturent du sucré au bout de dix heures, et elles apportent des profils nutritionnels différents, notamment en sodium. Elles sont donc complémentaires des versions fruitées plus qu’elles ne leur font concurrence. Simplement, sur des sorties de deux heures, je n’en ai jamais eu le besoin.

Sur le terrain, ce que ça donne vraiment

Une gourde toutes les quarante minutes

La marque conseille une purée toutes les trente minutes environ. J’ai stabilisé mon rythme autour de quarante, ce qui donne une gourde sur une heure de course, deux sur une sortie de deux heures, trois au-delà. Ce cadencement suffit à maintenir une allure stable en endurance fondamentale et jusqu’en zone 3 ou en bas de zone 4, à condition de boire de l’eau en parallèle.

La différence se sent, et elle se sent surtout en creux. Les rares sorties longues faites sans rien ne se vivent pas de la même façon : la fin devient laborieuse, l’allure s’effrite sans raison mécanique, la tête décroche avant les jambes. Je ne pars plus sans, et ce réflexe n’a rien d’une superstition.

Une purée ne remplace pas l’hydratation. Ces 90 grammes contiennent de l’eau, ce qui aide, mais ne dispensent jamais du bidon ou de la fontaine. La règle vaut d’autant plus l’été, quand les bons réflexes pour bouger sans risque par forte chaleur prennent le pas sur toute considération de performance.

La digestion, juge de paix de tout produit d’effort

C’est le critère qui élimine les prétendants. En deux ans et plusieurs centaines de gourdes, je n’ai eu aucune remontée acide, aucun mal de ventre, aucune de ces sensations de blocage gastrique qui nécessitent d’interrompre une sortie pour visiter un buisson sur le bas-côté. Un produit concurrent m’avait donné des reflux systématiques, ce qui a suffi à le rayer définitivement de ma short-list.

L’explication tient probablement à trois choses : l’absence de sirop de glucose, l’huile d’olive qui tempère l’arrivée des sucres, et une osmolarité proche de celle d’un aliment ordinaire. Le produit passe tout seul, littéralement. Pour qui a un estomac fragile en course, c’est l’argument principal, au-delà du traditionnel discours sur le bio.

Format, texture et bouchon

Le volume est parfaitement calibré. Ni trop généreux, auquel cas on jette la moitié, ni trop chiche, auquel cas on ouvre la suivante dans la foulée. La texture est homogène du début à la fin, sans morceaux, avec ce petit bouchon légèrement plus épais qui stagne près de l’embout et qu’il faut aller chercher. Aucune purée n’a jamais coulé dans une poche.

Le bouchon s’ouvre et se referme d’une main, sans effort, et je n’en ai jamais fait tomber un seul en courant. Attention néanmoins : il n’est pas solidaire de la gourde. On referme, on garde le tout sur soi, et on jette dans une poubelle de tri en rentrant. La gourde est fabriquée à 85 % à partir d’ingrédients végétaux issus de la canne à sucre, ce qui ne change rien à l’obligation élémentaire de ne rien laisser sur un sentier.

Je les glisse dans ma ceinture Compressport, où elles ne bougent pas et ne se font pas sentir. Le confort de portage compte autant que le contenu, veillez donc à prévoir une solution de portage ou de stockage adaptée : ceinture, gilet de running, short avec poche zippée…

Une astuce que je n’ai lue nulle part

Je ne pars jamais avec une gourde d’eau, préférant m’appuyer sur les fontaines publiques de mon parcours que je connais comme ma poche. Une fois la purée terminée, la gourde vide se remplit d’eau à la fontaine suivante. Le rinçage récupère les dernières gouttes de compote, ce qui transforme un déchet en contenant d’appoint avec le petit bonus du 1% d’énergie par rapport à de l’eau pure.

Le geste n’a rien d’anodin sur une sortie de deux heures en été. Il économise le poids d’un bidon à l’aller, offre une réserve d’eau au retour, et règle la question du gaspillage sans y penser.

Purée ou gel, deux outils qui ne servent pas à la même chose

La confusion est fréquente et coûte cher, en argent comme en confort digestif. Voici comment je répartis les deux familles de produits selon le contexte d’effort :

  • sortie d’endurance fondamentale, une à trois heures, allure conversationnelle : purée, une toutes les quarante minutes environ ;
  • séance en zone 3 ou bas de zone 4, avec des portions soutenues : purée encore, en veillant à boire davantage ;
  • fractionné court et intense, effort inférieur à une heure : rien du tout, les réserves suffisent ;
  • semi-marathon et marathon, allure de course, intensité haute et prolongée : gel, avec ses 30 grammes de glucides par unité ;
  • ultra-endurance au-delà de six heures : alternance des deux, avec bascule progressive vers le salé si l’estomac sature.

En course, j’utilise le gel Baouw pêche-thé matcha, construit sur du sirop d’agave à index glycémique 15 et 60 % de fruits, avec la même huile d’olive vierge extra. Trente grammes de glucides pour 85 grammes de produit, soit le double d’une purée, ce qui correspond aux besoins réels d’un effort tenu à haute intensité. J’y reviendrai dans un comparatif dédié, car je consomme aussi d’autres marques sur ce créneau.

Certains coureurs prennent des gels à chaque séance, y compris à l’entraînement. Je ne le recommande pas. La surdose de glucides ne sert à rien sur une sortie tranquille, elle habitue l’organisme à des apports qu’il ne devrait avoir à gérer qu’exceptionnellement, et elle expose la dentition à un risque acide sous-estimé. Le sujet mérite mieux que le silence poli qui l’entoure.

Le prix, la question qui fâche

Ce que coûte réellement une sortie longue

Une purée coûte 3,08 € à l’unité au tarif plein sur le site de la marque. Deux gourdes sur une sortie de deux heures représentent donc 6,16 €, soit près de 25 € par semaine à raison de quatre séances. C’est cher, très cher même, comparé aux compotes classiques vendues en rayon nutrition des grandes surfaces de sport. Il faut le dire avant tout argument sur la qualité.

Les leviers d’économie existent et je les utilise tous. Le mix de 30 purées revient à 2,53 € l’unité, affiché 75,78 € au lieu de 92,42 €. Les opérations promotionnelles reviennent régulièrement, avec des remises de 10 à 15 %, et une période de soldes est en cours au moment où j’écris, la poire-pomme-menthe tombant à 2,62 €. La livraison est offerte à partir de 75 € en point relais.

Payer le prix de la qualité, un choix assumé

Je paie volontiers cet écart, et je préfère l’assumer plutôt que de le justifier par des détours. La logique est exactement celle qui me fait acheter les compléments Nutripure passés au banc d’essai il y a peu : je privilégie les marques transparentes sur l’origine des ingrédients, sur leur composition réelle et sur leur démarche générale. La traçabilité se paie, et elle ne se simule pas.

Le calcul change de nature quand on rapporte la dépense à l’usage. Une sortie de deux heures coûte bien plus que 6 € en temps, en fatigue et en récupération. Économiser trois euros sur le carburant d’une séance dont on attend un bénéfice physiologique relève d’une drôle d’arithmétique. Reste que ce raisonnement n’est pas accessible à toutes les bourses, et il serait malhonnête de le présenter comme une évidence universelle.

Ce que la marque pourrait mieux faire

Une fidélité récompensée à moitié

Avec trois à quatre sorties hebdomadaires, ma consommation est importante et constante. En 2025, cela m’a valu de figurer parmi les cent premiers clients de la marque sur son site, et de recevoir un bon d’achat à ce titre. L’attention est agréable et rare dans ce secteur, où la fidélité se mesure rarement autrement qu’en newsletters.

Un vrai programme structuré ferait pourtant mieux. Un cashback en bons d’achat, indexé sur le volume cumulé, transformerait un geste ponctuel en mécanique lisible. Le parrainage existait auparavant et a disparu, ce que je regrette sincèrement, car je n’ai que du bien à dire de ces produits et je les recommande de vive voix sans rien attendre en retour.

Un site marchand qui fait le travail

Je travaille dans le web, donc je regarde ces choses-là avec un œil qui pardonne peu. Le site est propre, rapide, correctement structuré, et la commande se passe sans friction ni parcours à rallonge. L’ergonomie n’est pas un détail cosmétique quand on recommande un pack de trente unités toutes les six semaines.

La communication produit reste lisible, avec des valeurs nutritionnelles accessibles recette par recette. Un comparateur alignant glucides, sel et fibres des différentes purées manquerait moins s’il existait, tant le choix se joue là pour un pratiquant régulier.

Ce qui reste dans le placard

Dans mon placard dédié à la course à pied, deux cartons présentoirs de la marque tiennent lieu de distributeurs. Les boîtes de vingt se transforment en boîtes ouvertes, dans lesquelles je pioche par réflexe avant chaque sortie… une mécanique domestique qui en dit plus long qu’une note sur cinq : un produit qu’on n’a plus besoin de choisir est un produit adopté.

Au moment de partir courir, il suffit de piocher dans le stock selon la durée de la sortie et l'envie du jour. Simple et efficace.
Au moment de partir courir, il suffit de piocher dans le stock selon la durée de la sortie et l’envie du jour. Simple et efficace.

Il m’arrive d’en passer à ma femme, qui enchaîne parfois des séances de jiu-jitsu brésilien intenses sans avoir mangé. Son retour rejoint le mien, sur un usage pourtant très différent. Le produit n’a rien de spécifique à la course à pied, et il rendrait probablement les mêmes services à qui commence à courir et cherche à tenir ses premières sorties longues sans se retourner l’estomac.

Reste la question qui traverse toute la nutrition sportive du moment. Une gourde bio à 3 € ne fera jamais courir plus vite qu’un sachet de maltodextrine à 60 centimes, et personne ne prétend le contraire. Ce qu’elle change, c’est la manière dont le corps encaisse deux ans de sorties répétées, et le rapport qu’on entretient avec ce qu’on avale en mouvement. Quand des sportifs soucieux de leur santé fabriquent pour leurs pairs, le résultat se voit rarement sur le chronomètre, et presque toujours sur la durée.

Associé à : , , , , , , , , , , ,

Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous en source préférée