L’élimination des Bleus en demi-finale de la Coupe du monde 2026, face à l’Espagne, n’a pas seulement fermé un été. Elle a refermé un chapitre long de quatorze ans. Avec le départ programmé de Didier Deschamps, annoncé dès le mois de janvier, l’équipe de France s’apprête à changer de visage sur son banc de touche, et un nom s’impose depuis des mois. Deux étoiles, une finale perdue en 2022 et un règne parmi les plus longs de l’histoire des Bleus laissent une empreinte lourde à assumer.
Ce nom, c’est celui de Zinédine Zidane. Le sélectionneur d’une équipe nationale, c’est l’homme qui choisit les joueurs, fixe le cap et incarne un projet devant tout un pays. Selon la presse, un accord aurait été trouvé avec la Fédération, pour une officialisation attendue dans les tout prochains jours. Une question tient alors en haleine des millions de supporters : l’idole de 1998 peut-elle réussir là où elle est attendue depuis si longtemps ?
Une succession qui ne surprend personne
La piste n’a rien d’une révélation. Depuis l’annonce du départ de Deschamps, le nom de Zidane revient avec insistance, au point d’apparaître comme le successeur le plus attendu de l’histoire récente des Bleus. L’ancien meneur de jeu, longtemps courtisé et resté éloigné des bancs depuis son départ du Real Madrid, semble enfin prêt à franchir le pas vers la sélection.
Fait rare, le sélectionneur sortant a lui-même adoubé son probable successeur, sans détour, dans un entretien accordé à la presse sportive. Une prise de position qui a immédiatement fait le tour des rédactions et renforcé le scénario d’une passation en douceur.
Zizou est un très bon candidat, naturel et j’ajouterai attendu. Après, je ne sais pas s’il en aura envie.
Didier Deschamps, sélectionneur sortant de l’équipe de France, dans un entretien à L’Équipe, interrogé sur sa succession
Cet appel du pied illustre un passage de témoin qui se veut apaisé, entre deux hommes liés par le sacre de 1998, où l’un distribuait le jeu quand l’autre verrouillait le milieu. Rares sont les transitions aussi balisées à la tête d’une grande sélection. La Fédération française de football, elle, verrait dans ce choix une évidence à la fois sportive et symbolique, capable de fédérer un public parfois lassé.
Un palmarès qui impose le respect
Si son nom fait consensus, c’est que le parcours de l’homme parle pour lui, comme joueur puis comme entraîneur. Rares sont les techniciens à présenter une telle carte de visite avant même de s’asseoir sur le banc tricolore. Voici les lignes qui résument son aura :
- champion du monde en 1998 et champion d’Europe en 2000 avec l’équipe de France ;
- Ballon d’or 1998, au sommet d’une carrière de joueur d’exception ;
- trois Ligues des champions remportées d’affilée comme entraîneur du Real Madrid, en 2016, 2017 et 2018 ;
- deux titres de champion d’Espagne sur le banc madrilène, preuve d’une réussite qui dépasse largement les seules coupes européennes.
Ce pedigree en fait l’un des rares candidats à la légitimité incontestable. Reste que diriger une sélection nationale n’a rien à voir avec le quotidien d’un club, où l’entraîneur travaille avec ses joueurs chaque jour. Le défi sera d’une tout autre nature.
Un chantier qui n’attend pas
Le nouvel homme fort ne disposera pas d’un long temps d’adaptation. Dès la rentrée, les Bleus enchaîneront les échéances, entre Ligue des nations et route vers les prochaines grandes compétitions, avec un premier rassemblement attendu dès le mois de septembre. Reconstruire après une désillusion à quatre-vingt-dix minutes de la finale sera sa première mission, avec une génération à faire grandir.
La question du leadership se posera vite. Kylian Mbappé, capitaine et cadre incontournable, restera le point d’ancrage de l’équipe, mais le futur sélectionneur devra aussi trancher des choix forts pour intégrer les talents révélés par le Mondial remporté par l’Espagne. Bâtir une équipe compétitive tout en préparant l’avenir sera un exercice d’équilibriste permanent. Il faudra gérer les ego, renouveler des cadres vieillissants et redonner un souffle collectif à un groupe marqué par la déception de l’été.
Le poids d’un symbole
Confier les Bleus à Zidane, c’est aussi miser sur une image. Peu de figures rassemblent autant les Français autour du ballon rond, et cette popularité constitue à la fois un atout et un piège. Son aura peut souder un vestiaire et rallumer la ferveur des tribunes, mais elle transforme aussi la moindre contre-performance en affaire nationale. Les attentes seront à la hauteur de la stature du personnage, c’est-à-dire immenses, sans réelle période de grâce ni droit à l’erreur prolongé de la part du public comme des médias.
L’histoire du football regorge de grands joueurs devenus entraîneurs sans jamais retrouver leur éclat d’antan. La réussite au Real Madrid plaide en sa faveur, mais la sélection impose ses propres codes, faits de rassemblements courts et de matches couperets. Reprendre le flambeau après le dernier banc de Didier Deschamps et son bilan de titres relèvera d’un défi que peu oseraient relever.
Ce que l’ère Zidane dira des Bleus
Au-delà du choix d’un homme, cette transition raconte une envie de renouveau après un cycle long et couronné, mais peut-être arrivé au bout de son souffle. La France cherche à conjuguer l’héritage d’une génération dorée avec l’émergence de nouveaux visages, un pari que seul le terrain viendra valider. Les symboles ne gagnent pas les matches à la place des joueurs, et l’histoire retiendra les résultats plus que les émotions du premier jour.
Les prochains mois diront si l’alchimie prend entre un vestiaire ambitieux et un sélectionneur au parcours hors norme. Entre nostalgie d’un passé glorieux et soif de nouveaux titres, les Bleus s’apprêtent à écrire une page inédite. Rendez-vous est pris dès l’automne prochain, quand le verdict se jouera sur la pelouse, loin des annonces officielles et des symboles.
