L’Ultimate Championship s’ouvre à Budapest avec douze Français et dix millions de dollars en jeu

11/09/2026 à 13h59  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

Sans Jeux ni championnats du monde cette année, World Athletics lance à Budapest une compétition sur invitation dotée de dix millions de dollars, avec douze Français au départ. Trois soirées pour dire si ce format tient debout.

L’athlétisme mondial vit une saison sans Jeux olympiques ni championnats du monde, et cette parenthèse a fini par produire une compétition inédite. L’Ultimate Championship, imaginé par World Athletics, s’ouvre ce vendredi 11 septembre au centre national d’athlétisme de Budapest, pour trois soirées de finales condensées. Le principe tient en une phrase : réunir sur invitation les meilleurs performeurs de l’année, sans quota national et sans tour préliminaire étalé sur une semaine.

Le plateau annoncé donne la mesure de l’ambition. Selon World Athletics, 381 athlètes venus de 65 fédérations sont engagés, parmi lesquels 26 champions olympiques de Paris 2024, 26 champions du monde de Tokyo et 25 vainqueurs de la Ligue de diamant 2026. La dotation, elle, atteint 10 millions de dollars, un montant que l’instance présente comme un changement d’échelle pour un sport longtemps sous-financé. Reste à savoir ce que ce format apporte réellement à une discipline qui ne manquait pourtant pas de rendez-vous ?

Trois soirées, vingt-huit disciplines, un format resserré

Le principe de l’Ultimate Championship tient dans une contrainte de télévision assumée. Vingt-huit disciplines seulement sont au programme, contre une quarantaine lors d’un championnat du monde classique, et tout se joue en trois soirées consécutives, de vendredi à dimanche, dans le stade qui avait accueilli les Mondiaux 2023.

Sur la piste, les 100 m, 200 m, 400 m, 800 m, les haies hautes et le 400 m haies se courent en deux demi-finales à huit athlètes, les quatre premiers de chaque série se qualifiant pour la finale. Le 1500 m, le 5000 m et les relais mixtes se disputent directement en finale. Les concours, eux, sont tous des finales sèches, sans qualification préalable.

Quelques disciplines manquent à l’appel, à commencer par le poids, le disque et le marteau féminin, ainsi que le triple saut masculin. Ce tri assumé fait partie du produit, et il est aussi ce qui alimente les premières critiques adressées à la compétition. Le format retenu pour les concours, lui, mérite qu’on s’y arrête.

Ce que change le nouveau format, épreuve par épreuve

Les règles de concours ont été réécrites pour produire une tension permanente. Elles reposent sur une élimination progressive à l’intérieur même de l’épreuve, ce qui modifie en profondeur la gestion de l’effort pour les lanceurs et les sauteurs horizontaux.

  • au marteau et à la longueur, chacun des huit engagés dispose de deux essais ;
  • un troisième essai est accordé aux six meilleurs à l’issue de ces deux tentatives ;
  • un quatrième et dernier essai revient aux quatre premiers du classement provisoire ;
  • à la perche, en revanche, rien ne change : trois essais par barre, comme partout ailleurs.

Un athlète qui rate ses deux premiers jets est éliminé avant même d’avoir trouvé ses marques, ce qui ne pardonne rien aux spécialistes des fins de concours. Le Clermontois Yann Chaussinand, qui a porté le record de France du marteau à 82,44 m en mai, ouvre le bal des Français dans cette configuration dès vendredi.

Dix millions de dollars, et personne ne repart les mains vides

La dotation est l’argument le plus commenté de cette première édition. Chaque vainqueur d’une épreuve individuelle empoche 150 000 dollars, mais la répartition descend jusqu’au bas du classement : un huitième de finale rapporte encore 10 000 dollars, ce qui change concrètement la fin de saison d’athlètes dont les revenus dépendent des meetings.

Cette mécanique répond à un reproche ancien fait à l’athlétisme, où l’écart entre une poignée de stars et le reste du plateau reste considérable. Le président de l’instance internationale, qui pilote le projet depuis deux ans, revendique une intention plus large que la seule question financière.

Nous avons créé l’Ultimate pour que chaque saison d’athlétisme se termine par un grand championnat mondial, un rendez-vous qui ait un sens réel pour les athlètes, les fans, les médias et les diffuseurs.

Sebastian Coe, président de World Athletics, cité par l’Agence France-Presse le 10 septembre 2026, à la veille de la première édition

Le même dirigeant ne cache pas que l’événement est conçu pour la télévision, avec un rythme resserré, du son et de la lumière. L’objectif affiché est d’élargir l’audience mondiale du sport, quitte à assumer un format que les puristes jugeront artificiel.

Les douze Bleus engagés et leurs chances

Douze Français figurent sur les listes d’engagés publiées par la Fédération française d’athlétisme, et pour la plupart d’entre eux, ce week-end constitue la dernière sortie de l’été. Yann Chaussinand est le mieux placé au classement mondial, devant le Canadien Ethan Katzberg et le champion d’Europe hongrois Bence Halasz, qui évoluera devant son public.

Hilary Kpatcha, cinquième de la finale de la Ligue de diamant avec 6,60 m à la longueur, se présente un mois après sa première médaille internationale. Les hurdlers Laeticia Bapté et Just Kwaou-Mathey, médaillés européens cet été, passent par les demi-finales dès vendredi soir, tout comme Rénelle Lamote sur 800 m et Muhammad Abdallah Kounta sur 400 m, seizième et dernier admis dans son épreuve.

C’est le demi-fond tricolore qui concentre les meilleures chances. Gabriel Tual et Yanis Meziane courent samedi, le second arrivant en confiance après un 1′42″87 qui lui a valu la troisième place de la finale de la Ligue de diamant. Agathe Guillemot dispute une finale directe sur 1500 m le même soir, Azeddine Habz s’aligne dimanche sur la même distance, et Gemima Joseph vise un doublé de courses sur 200 m qui l’obligera sans doute à améliorer son record de 22″57.

Duplantis en tête d’affiche, Lyles et Davis-Woodhall absents

Armand Duplantis reste l’attraction de ce type de rendez-vous. Le Suédois, qui a porté le record du monde à 6,31 m cette année, avait déjà signé son quatrième titre européen en août. Son forfait de précaution à Bruxelles, lié à une gêne musculaire, laisse planer un doute sur son état de forme réel, face à un Emmanouil Karalis passé à 6,20 m cette saison et sacré en Ligue de diamant.

Deux absences pèsent sur le plateau. Noah Lyles, champion olympique du 100 m, est blessé, et l’Américaine Tara Davis-Woodhall, titrée aux Jeux et aux Mondiaux à la longueur, a été victime d’une commotion lors d’un accident de voiture la semaine dernière. Les trois recordmen du monde des haies sont en revanche présents, avec Ja’Kobe Tharp, Masai Russell et Alison dos Santos, ce qui promet des courses très denses.

Un championnat de plus, ou le rendez-vous qui manquait

La question posée à Budapest dépasse largement le week-end. L’athlétisme cherche depuis des années à sortir d’un calendrier illisible pour le grand public, où meetings, circuits et championnats se succèdent sans hiérarchie claire, et où seule l’année olympique fait vraiment événement. Un titre mondial décerné tous les deux ans dans l’intervalle répond à ce vide, à condition que les athlètes s’en emparent.

Le pari comporte une part de risque. Une compétition sur invitation, qui écarte une douzaine de disciplines et distribue des primes sans commune mesure avec le reste de la saison, peut aussi créer une hiérarchie parallèle entre épreuves rentables et épreuves reléguées. Le bilan français de l’été, marqué par onze médailles sans titre à Birmingham, montre d’ailleurs que la visibilité ne suffit pas à produire des résultats.

Pour le public français, la réponse tiendra peut-être à un détail très concret : la compétition est diffusée en clair sur la chaîne L’Équipe, vendredi à partir de 19 h, samedi et dimanche à partir de 18 h. Trois soirées suffiront à dire si le format tient, et si l’athlétisme a trouvé là le point d’orgue qui lui manquait entre deux grands rendez-vous.

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