Les Bleues écartent la Chine et disputent la première demi-finale mondiale de leur histoire

11/09/2026 à 11h43  ·  Clément Haddad  ·  6 minutes à lire

En quart de finale du Mondial à Berlin, les Bleues ont pris leur revanche sur la Chine et ouvert une porte que le basket français n'avait jamais franchie. Reste à savoir ce que ce groupe peut en faire samedi, à une marche de la finale.

Le basket féminin français a posé jeudi 10 septembre à Berlin une borne qu’il attendait depuis la création de la compétition. En dominant la Chine 90-61 en quart de finale de la Coupe du monde, l’équipe de France s’est qualifiée pour le dernier carré, un tour qu’aucune génération tricolore n’avait jamais atteint dans ce format. Organisé tous les quatre ans par la FIBA, ce Mondial réunit les meilleures sélections de la planète et sert de rampe de lancement vers le tournoi olympique.

Le contexte donne au résultat une saveur particulière. Quatre ans plus tôt, à Sydney, ces mêmes Bleues avaient buté sur la Chine au même stade, et la marche semblait alors trop haute. Vice-championnes olympiques à Paris en 2024, battues d’un point en finale par les États-Unis, puis vice-championnes d’Europe, elles sont arrivées en Allemagne avec un statut et une ambition assumée. Qu’est-ce qui a changé entre ces deux quarts de finale pour que le scénario s’inverse aussi nettement ?

Un quart de finale plié dès le deuxième quart-temps

La Chine a tenu le temps d’un quart-temps, et pas davantage. Menées 25-20 après dix minutes, les joueuses de Jean-Aimé Toupane ont installé une intensité défensive que leurs adversaires n’ont jamais absorbée, récupérant presque autant de ballons qu’elles n’ont capté de rebonds. La bascule s’est produite dans le deuxième quart-temps, quand l’écart a commencé à grandir sans plus jamais se refermer.

Le retour des vestiaires a confirmé la tendance. Leila Lacan a porté l’avance à vingt points dès la reprise, et l’écart a fini par atteindre vingt-neuf unités au coup de sifflet final. Janelle Salaün, auteure de 15 points, a été élue joueuse de la rencontre, au terme d’un match où Marine Johannès a ajouté 15 points et 7 passes décisives, et Gabby Williams 14 points.

Cette maîtrise n’a rien d’un accident de parcours. Elle prolonge un tournoi entamé par une démonstration contre la Hongrie, puis marqué par leur record en une mi-temps quelques jours plus tôt. Les chiffres d’un quart de finale racontent souvent plus que le score, et ceux de jeudi méritent d’être posés côte à côte.

Les repères chiffrés d’une soirée berlinoise

Cinq données suffisent à situer ce que l’équipe de France a produit jeudi soir. Elles disent l’ampleur du succès, mais aussi le déséquilibre progressif d’une rencontre longtemps annoncée serrée par les observateurs.

  • 90-61, le score final, soit vingt-neuf points d’écart face à une équipe sortie des barrages contre Porto Rico ;
  • 25-20, l’avance française après le premier quart-temps, seul moment où la Chine est restée au contact ;
  • 15 points et 7 passes décisives pour Marine Johannès, co-meilleure marqueuse française du match ;
  • 15 points pour Janelle Salaün, élue joueuse de la rencontre ;
  • 2,23 m, la taille de Zhang Ziyu, la pivot chinoise à laquelle les intérieures tricolores ont dû répondre pendant quarante minutes.

Ces repères pointent tous dans la même direction : la France n’a pas gagné sur un coup de chaud à trois points, mais sur un contrôle continu du rebond et du ballon. C’est précisément ce que le duel intérieur, le plus attendu de la soirée, rendait improbable sur le papier.

Le duel de Dominique Malonga face à une tour de 2,23 m

Zhang Ziyu est une anomalie statistique du basket mondial. À 2,23 m, la pivot chinoise domine physiquement à peu près tout ce qui se présente sous les panneaux, et aucune joueuse française n’avait affronté un tel gabarit auparavant. Dominique Malonga a décrit ensuite un combat atypique, qui lui a demandé d’aller chercher des ressources inhabituelles.

Le pari défensif des Bleues consistait à ne rien lui concéder de facile dans la raquette et à lui disputer chaque rebond. Il a tenu quarante minutes, ce qui explique en grande partie l’écart final. La pivot tricolore a d’ailleurs mis en avant, après la rencontre, la performance défensive de l’ensemble des intérieures françaises plutôt que sa propre prestation.

On est rentrées dans cette compétition en voulant aller chercher ça. On sait qu’on rêve encore plus grand donc on ne peut pas se relâcher mais il faut être fières de ce qu’on a fait.

Dominique Malonga, pivot de l’équipe de France, au micro de beIN Sports après le quart de finale contre la Chine, le 10 septembre 2026

Cette retenue dans la victoire dit quelque chose de l’état d’esprit du groupe. Elle dit aussi que la référence historique convoquée ce soir-là remonte très loin, bien au-delà de la mémoire des joueuses actuelles.

1953, la seule autre trace des Bleues dans un dernier carré

La France avait terminé troisième du championnat du monde 1953, une médaille que la Fédération française de basket-ball range aujourd’hui dans son patrimoine. La comparaison s’arrête pourtant là : la phase finale se disputait alors sous la forme d’une poule unique, sans demi-finale au sens où on l’entend aujourd’hui. Soixante-treize ans plus tard, le format a changé et la performance, elle, est inédite.

Entre ces deux dates, le basket féminin tricolore a construit sa réputation sur la scène européenne, avec des titres continentaux et des finales olympiques, sans jamais transformer l’essai au niveau mondial. Le quart de finale était devenu, au fil des éditions, le plafond de verre de la sélection. Ce plafond a cédé jeudi, et le sélectionneur s’est empressé de le relativiser.

Jean-Aimé Toupane refuse de s’enflammer

Le sélectionneur national a écarté d’emblée l’idée d’une revanche sur la Chine. Sa priorité affichée est de se projeter sur le match suivant, et il a listé sans détour ce qui ne le satisfait pas encore dans le jeu de son équipe, en particulier la difficulté à jouer le demi-terrain en première intention quand la transition rapide ne donne rien.

« Il y a des choses qui ne sont pas encore à mon goût mais les joueuses ont la volonté de bien faire », a-t-il résumé jeudi soir. La nuance compte : contre une adversaire capable de contenir la contre-attaque française, l’absence de solution en jeu placé pourrait coûter très cher. Les séances vidéo annoncées avant la demi-finale portent sur ce point précis.

Ce grand écart entre la satisfaction des joueuses et la vigilance du staff est assez classique dans une compétition longue. Il traduit surtout une réalité de calendrier : entre le quart et la demi-finale, il reste moins de quarante-huit heures pour corriger quoi que ce soit.

La Belgique ou l’Allemagne samedi, puis peut-être les Américaines

Les Bleues connaîtront leur adversaire à l’issue de l’autre quart de finale, qui oppose la Belgique à l’Allemagne, pays organisateur. La demi-finale est programmée samedi en milieu d’après-midi, et la France partira encore avec les faveurs du pronostic quelle que soit l’équipe en face. Les Belges restent toutefois une habituée des tournois majeurs, et les Allemandes joueront devant leur public.

Derrière cette échéance se profile l’horizon que le groupe n’a jamais caché. Une finale mondiale offrirait la possibilité de retrouver les États-Unis, quinze mois après la finale olympique perdue d’un seul point à Paris. Le scénario reste conditionnel, mais il n’a jamais été aussi proche pour cette génération.

Ce qu’une demi-finale déplace dans les gymnases français

Les parcours de ce type laissent une trace bien au-delà du résultat sportif. La séquence ouverte par les Jeux de Paris a déjà produit une vague de licences sans précédent, et les clubs de basket figurent parmi les premiers bénéficiaires de ce mouvement, en particulier chez les filles.

Ce qui se joue à Berlin n’est donc pas seulement une place dans un tableau final. C’est aussi la visibilité d’une pratique collective qui coche à peu près toutes les cases recherchées par les médecins du sport : un effort intermittent, beaucoup d’appuis, de la coordination, et un cadre associatif qui entretient le lien social autant que la condition physique. Une sélection qui reste à l’écran trois soirs de suite fait davantage pour le recrutement d’un club de quartier que bien des campagnes institutionnelles.

Reste une inconnue que personne ne maîtrise : la capacité des clubs à absorber l’afflux, faute de créneaux et d’encadrants disponibles. Les fédérations connaissent bien ce phénomène de balancier, où l’enthousiasme retombe faute de place dans les gymnases. La demi-finale de samedi dira jusqu’où l’équipe de France peut aller ; les semaines suivantes diront ce que le pays en aura fait.

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