La Coupe du monde féminine de basket a posé ses paniers à Berlin, et l’équipe de France y avance plus vite que prévu. Deux matchs, deux victoires larges, et un billet pour les quarts de finale déjà en poche : les Bleues de Jean-Aimé Toupane ont validé samedi soir leur qualification en battant la Corée du Sud 95-69, après avoir écrasé la Hongrie 99-53 en ouverture.
Le Mondial féminin de la FIBA réunit tous les quatre ans les seize meilleures sélections de la planète, réparties en quatre groupes dont les mieux classées rejoignent le tableau final. La France a bouclé l’affaire avec une journée d’avance, ce qui change la nature du dernier match de poule. Reste une question que deux succès ne suffisent pas à trancher : cette équipe est-elle taillée pour aller loin ?
Un début de match à contretemps, une bascule au retour des vestiaires
Le scénario de samedi n’a rien eu du récital annoncé. Surprises par le rythme et l’adresse extérieure des Sud-Coréennes, les Françaises ont couru après le score une bonne partie du premier quart-temps, menées 0-5 puis 5-10, avant de le boucler avec sept longueurs de retard, 24-31.
La réaction est venue de la défense. Un 14-0 a remis les Bleues devant au deuxième quart-temps, et la mi-temps s’est jouée sur un modeste 43-37 qui ne disait pas encore l’écart à venir. Le troisième quart-temps a été remporté 33-15, avec un pic à 28 points d’avance, et le suspense s’est éteint là.
Le jeu sud-coréen explique une partie de ce démarrage poussif. Petite de taille mais très mobile, la sélection asiatique multiplie les écrans, les changements de rythme et les tirs extérieurs pris tôt dans la possession, un registre auquel les défenses européennes sont peu habituées. Il a fallu vingt minutes aux Bleues pour ajuster leur pression sur les porteuses de balle.
Le basculement s’explique donc moins par un ajustement tactique spectaculaire que par un rapport de force physique qui a fini par peser sur la durée. Il porte aussi le nom d’une joueuse en état de grâce.
Marine Johannès en fusion, Malonga et Williams en soutien
L’arrière de Galatasaray a signé la partition de la soirée : 17 points au total, dont 14 inscrits en dix minutes et trente secondes, et trois tirs primés convertis sur cinq tentatives en première période. Autour d’elle, Gabby Williams et Dominique Malonga ont ajouté 14 points chacune, Carla Leite 11, dans une équipe qui a tourné à 52 % de réussite avec 7 tirs à trois points sur 15.
La comparaison avec le match d’ouverture éclaire la nature du groupe. Face à la Hongrie, Johannès, Williams et Malonga avaient inscrit 17 points chacune, cette dernière ajoutant 10 rebonds, et le premier quart-temps s’était soldé par un 29-11 sans discussion. Deux physionomies opposées pour un même résultat, ce qui est souvent le meilleur indicateur de solidité en tournoi.
Le sélectionneur, lui, a moins retenu les statistiques que la manière dont son groupe a encaissé le début de match raté.
J’ai vu une vraie équipe ce soir.
Jean-Aimé Toupane, sélectionneur de l’équipe de France, après la victoire sur la Corée du Sud à Berlin, le 5 septembre 2026
Le groupe B verrouillé avant la dernière journée
Deux victoires en deux sorties placent la France en tête de sa poule et lui garantissent mathématiquement une place dans le tableau final. Voici l’état du groupe B à l’issue de la deuxième journée :
| Équipe | Victoires / défaites | Points | Situation |
|---|---|---|---|
| France | 2 / 0 | 4 | Qualifiée pour les quarts |
| Corée du Sud | 1 / 1 | 3 | En course |
| Hongrie | 1 / 1 | 3 | En course |
| Nigeria | 0 / 2 | 2 | Dos au mur |
Le détail compte : la Hongrie, revenue en Coupe du monde après vingt-huit ans d’absence, s’est relancée en battant le Nigeria 71-67, ce qui laisse deux équipes se disputer la place restante derrière les Bleues. Le classement complet est mis à jour par la fédération internationale sur le site officiel de la FIBA.
Douze joueuses, deux générations qui se croisent
La liste retenue pour Berlin dit quelque chose de l’état du basket français : elle mélange des cadres installées depuis plus de dix ans et des joueuses tout juste sorties des catégories jeunes. Quelques repères :
- Valériane Ayayi compte 171 sélections, Marine Johannès 126 et Marième Badiane 89 ;
- Gabby Williams, capitaine, en est à 55 sélections pour 649 points en équipe nationale ;
- Dominique Malonga, née en novembre 2005, totalise déjà 18 sélections à vingt ans ;
- Carla Leite, née en 2004 elle aussi, n’affiche que 4 capes.
Ce mélange n’est pas qu’une question de pyramide des âges. Il donne à Jean-Aimé Toupane une profondeur de banc qu’il a pu utiliser samedi, en confiant les dernières minutes à Romane Bernies et Aminata Gueye, cette dernière terminant à sept points.
Le Nigeria lundi, puis un quart de finale à préparer
Le dernier match de poule, lundi à 14 h 30 face au Nigeria, ne décidera plus de la qualification française mais du classement final, donc de l’adversaire en quart. Une première place évite en principe les têtes de série des autres poules, un calcul que toutes les sélections font à ce stade.
Ce type de rencontre sans enjeu vital sert aussi à faire souffler des cadres et à donner du temps de jeu aux plus jeunes, comme les Bleus l’avaient fait cet été pendant l’été où le basket français a repris la parole. La gestion de ce match en dira long sur la confiance du staff dans sa rotation.
Le Nigeria, battu deux fois, jouera de son côté sa survie dans le tournoi. Une équipe dans cette situation n’est jamais la plus commode à affronter, surtout pour une sélection qui n’a plus rien à gagner au classement. Le risque de relâchement est le vrai adversaire du jour.
Ce que ce Mondial peut laisser derrière lui
Huit des douze joueuses de la sélection évoluent aussi en WNBA, de Marine Johannès au New York Liberty à Dominique Malonga au Seattle Storm. Cette exposition américaine change la visibilité du basket féminin français, dans un contexte où le sport professionnel féminin vient d’obtenir son propre cadre juridique en France.
Reste à savoir ce qu’un parcours mondial laisse dans les clubs et les gymnases, une fois les projecteurs éteints. Les Bleues avaient déjà lancé leur tournoi en écrasant la Hongrie, et la suite se jouera sur des matchs secs : un format où l’expérience accumulée par ce groupe prendra toute sa valeur, et où un après-midi manqué efface trois semaines de travail.
