À Loja, Van Aert prive Paret-Peintre du club des trois grands tours

05/09/2026 à 13h04  ·  Julie Mirabel  ·  5 minutes à lire

Deuxième à Loja derrière Wout van Aert, Valentin Paret-Peintre a manqué l'étape qui l'aurait fait entrer dans le club des vainqueurs sur les trois grands tours. Devant, Enric Mas garde un maillot rouge que personne n'est venu chercher.

Il y a des deuxièmes places qui se comptent en centimètres. Vendredi 4 septembre, au terme des 192,8 kilomètres séparant Almuñécar de Loja, Valentin Paret-Peintre a été réglé au sprint par Wout van Aert sur la 13e étape du Tour d’Espagne, le troisième des grands tours du calendrier cycliste avec le Tour de France et le Giro.

Le coureur de la Soudal Quick-Step a déjà gagné sur les deux autres. Une victoire en Andalousie l’aurait fait entrer dans un cercle très restreint : celui des coureurs vainqueurs d’au moins une étape sur les trois grands tours. Comment une échappée de dix-sept hommes s’est-elle réduite à un duel perdu dans les quatre derniers kilomètres ?

Une échappée à dix-sept qui résiste jusqu’à Loja

Le parcours du jour n’offrait aucune ascension finale susceptible de départager les leaders. Sur un tracé vallonné et par une chaleur écrasante, l’échappée a mis longtemps à se former avant qu’un groupe important ne parvienne à creuser l’écart, laissant les équipes de sprinteurs sans prise sur la course.

Le scénario s’est emballé dans la dernière difficulté répertoriée, le Puerto de Granada, 7,4 kilomètres à 5,6 % de moyenne. Les poursuivants ont fait la jonction au sommet, portant le groupe de tête à dix-sept unités. Van Aert a alors durci la course dès la descente, réduisant l’avant de la course à neuf hommes.

Le maillot vert a placé son accélération décisive à quatre kilomètres de l’arrivée. Un seul coureur a pu prendre sa roue, et c’était le Français. La suite s’est jouée dans la montée vers le centre de Loja, sur un dernier kilomètre où le Belge n’a plus laissé passer sa chance.

Cinq secondes qui ont réglé le sort de l’étape

Suivre Van Aert sur une accélération de ce type coûte cher, et Valentin Paret-Peintre n’a pas cherché à le masquer après l’arrivée. Il a décrit ces instants comme les plus difficiles qu’il ait vécus depuis le départ de cette Vuelta, passés au maximum de ses possibilités dans la roue du Belge, sans certitude de tenir.

Le Français a malgré tout tenté sa chance dans le dernier hectomètre, avec la lucidité de celui qui connaît son adversaire et sa pointe de vitesse hors norme.

J’y ai quand même cru au sprint, il faut toujours y croire. J’ai une bonne pointe de vitesse mais bon, c’est Wout van Aert… Sur le coup, j’étais à côté de lui et je me suis dit pourquoi pas mais après, il est parti comme une fusée.

Valentin Paret-Peintre, propos recueillis à l’arrivée de la 13e étape de la Vuelta à Loja et publiés par DirectVelo le 4 septembre 2026

Van Aert ajoute une quatrième victoire d’étape sur la Vuelta

Pour le coureur de la Visma-Lease a Bike, ce succès en 4 h 34′00″ met un terme à une première quinzaine offensive mais sans récompense. Le Belge de 31 ans en est désormais à quatre victoires d’étape sur le seul Tour d’Espagne, après son succès de 2024, et continue d’alimenter un palmarès déjà large sur les grands tours.

Son coéquipier Matthew Brennan a complété le podium du jour à 24″, ce qui donne à la Visma-Lease a Bike deux hommes dans les trois premiers d’une étape qu’elle a contrôlée de bout en bout. Le classement complet est consultable sur le site officiel de La Vuelta.

Trois jours plus tôt, la même équipe voyait déjà Brennan s’imposer au sprint devant Bryan Coquard. Cette Vuelta ressemble de plus en plus à une course où les baroudeurs prennent ce que les favoris leur laissent, et le classement général du jour l’a confirmé une nouvelle fois.

Les Français ne sont pas passés loin d’un doublé

Au-delà de la deuxième place, plusieurs coureurs tricolores ont pesé sur le déroulé de cette 13e étape, dans une course où ils occupent une place croissante depuis le passage en Espagne.

  • Valentin Paret-Peintre a terminé deuxième dans le même temps que le vainqueur, après avoir été le seul à suivre son accélération ;
  • Léo Bisiaux, coéquipier de la Decathlon CMA CGM Team, a pris la huitième place à 28″ du vainqueur ;
  • Clément Berthet a profité de l’échappée pour faire son entrée dans le top 10 du classement général ;
  • Bastien Tronchon reste, avec sa victoire du 1er septembre à Elche de la Sierra, le seul Français à avoir levé les bras sur cette édition.

Cette densité n’a rien d’un accident de calendrier. Elle prolonge une saison où les coureurs français ont multiplié les places d’honneur sur les trois grands tours, sans toujours transformer l’essai, à l’image de cette première victoire arrachée aux sprinteurs deux semaines plus tôt. Le contraste avec le classement général, lui, reste marqué.

Un maillot rouge que personne n’est venu chercher

Aucun favori n’étant présent à l’avant, la hiérarchie n’a pas bougé d’un pouce. Enric Mas conserve la tunique rouge au lendemain de sa démonstration vers Calar Alto, où il avait repris 27 secondes à ses rivaux directs. Le tableau ci-dessous reprend les cinq premiers du classement général à l’issue de l’étape.

CoureurÉquipeÉcart
Enric MasMovistarMaillot rouge
Primoz RoglicRed Bull-Bora-Hansgroheà 1′45″
Felix GallDecathlon CMA CGMà 2′06″
Richard CarapazEF Education-EasyPostà 3′53″
Oscar OnleyNetcompany Ineosà 4′29″

Le principal mouvement du jour est venu de Mattias Skjelmose, longtemps à l’avant, qui a repris plus de deux minutes sans pour autant gagner de place : le Danois reste septième, à 33 secondes du sixième, le jeune Jakob Omrzel. Ce dernier, 20 ans, avait décroché la veille sa première victoire sur un grand tour au sommet de Calar Alto.

La configuration a d’autant plus de relief que le principal favori du départ n’est plus dans la course. Tadej Pogacar a quitté la course fin août sur chute, laissant un classement général bien plus ouvert que prévu.

Ce que la dernière semaine peut encore rebattre

Il reste une semaine de course, et l’écart de 1′45″ qui sépare Enric Mas de Primoz Roglic ne met personne à l’abri sur les pentes du nord de l’Espagne. Les échappées de baroudeurs comme celle de Loja se multiplient précisément parce que les équipes de leaders économisent leurs forces pour ce final : chaque étape offerte aujourd’hui est une étape défendue plus tard.

Pour Valentin Paret-Peintre, le calendrier laisse encore plusieurs occasions de rejoindre le club des coureurs vainqueurs sur les trois grands tours, un club qui compte à peine plus d’une trentaine de membres dans l’histoire du cyclisme. Ces trajectoires-là se construisent sur des années d’entraînement en endurance fondamentale, ce même socle aérobie que la pratique du vélo apporte à un cycliste du dimanche, à une intensité près. Une saison de grand tour tient rarement à un seul sprint : elle tient à la capacité à se replacer dans l’échappée du lendemain.

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