Le basket féminin tricolore a lancé son automne par une démonstration. Vendredi 4 septembre, à la Berlin Arena, l’équipe de France a battu la Hongrie 99-53 pour son entrée en lice dans la Coupe du monde, la compétition quadriennale organisée par la Fédération internationale de basketball, qui réunit cette année seize sélections en Allemagne jusqu’au 13 septembre.
Vice-championne olympique à Paris en 2024, la France s’est présentée à Berlin avec un effectif largement nourri par la WNBA et une hiérarchie interne remaniée : Gabby Williams a reçu le brassard de capitaine deux jours avant le coup d’envoi, lors de la réunion de lancement du tournoi. Que dit vraiment un écart de 46 points face à un adversaire qui retrouvait ce niveau après vingt-huit ans d’absence ?
Un 16-0 en cinq minutes qui a vidé le match de son suspense
Les Hongroises ont pourtant ouvert le score, par leur intérieure Dorka Juhasz, désignée meilleure joueuse de l’Euroligue la saison passée. La riposte a été immédiate : menées 5-2, les Françaises ont enchaîné un 16-0 en un peu plus de cinq minutes, poussant le banc adverse au temps mort sans que celui-ci ne change quoi que ce soit au rapport de force.
Après dix minutes, le tableau d’affichage indiquait déjà 29-11. L’écart a continué de gonfler jusqu’à un 50-14 à la seizième minute, puis 61-20 à la pause, un différentiel de 41 points au moment de rejoindre les vestiaires. La Hongrie, revenue en Coupe du monde pour la première fois depuis 1998, n’a jamais trouvé de réponse à la pression défensive tricolore.
Les statistiques collectives disent le reste de l’histoire. D’après les relevés officiels de la compétition, les Bleues ont tourné à 69 % de réussite à deux points et 43 % à trois points, pour 25 passes décisives sur la rencontre. Un rendement qui doit beaucoup à celle qui portait le brassard pour la première fois.
Gabby Williams, un brassard qui récompense cinq ans de montée en puissance
L’ailière des Golden State Valkyries a signé une entrée en matière conforme à son nouveau statut : une interception dès la première action du match, puis 15 points inscrits avant la mi-temps, et 17 points, 4 rebonds et 3 passes décisives au terme d’une rencontre où elle n’a jamais eu besoin de forcer.
Internationale française depuis 2021, Gabby Williams a changé de dimension pendant les Jeux olympiques de Paris 2024, où elle a été l’une des pièces maîtresses du parcours jusqu’à la finale et la médaille d’argent. Depuis, elle n’a plus quitté le cœur du groupe dirigé par Jean-Aimé Toupane, au point que sa nomination ressemble davantage à une officialisation qu’à une surprise.
Le brassard tricolore a une histoire longue, et elle se lit comme une généalogie du basket féminin français. La fédération recense les capitaines depuis 1938 et le nom de Marie-Louise Gravier. Gabby Williams succède directement à Valériane Ayayi, capitaine lors du dernier Euro, et rejoint la lignée de Céline Dumerc, Endy Miyem et Sarah Michel, trois joueuses qui ont structuré les vingt dernières années de la sélection.
Ce choix dit aussi quelque chose de la trajectoire du basket tricolore dans son ensemble, qui traverse une période faste sur ses deux versants et retrouve une exposition qu’il avait perdue. Chez les hommes, l’été où le basket français a repris la parole avait déjà remis la discipline au centre du calendrier estival. Les Bleues, elles, s’appuient sur un effectif que la meilleure ligue du monde a fini par absorber.
Les visages d’un effectif taillé par la WNBA
Au-delà de la capitaine, la copie française du 4 septembre a été remplie par un collectif dont l’essentiel de la rotation évolue désormais outre-Atlantique. Cinq joueuses ont porté l’attaque tricolore sans qu’aucune ne dépasse la barre symbolique des vingt-cinq minutes.
- Dominique Malonga, dernière arrivée à Berlin, a signé un double-double avec 17 points, 10 rebonds et 2 contres ;
- Marine Johannès, entrée en jeu pour libérer les espaces, a terminé à 17 points et 2 passes décisives ;
- Janelle Salaün a compilé 8 points et 7 rebonds en profitant la première des décalages créés ;
- Leïla Lacan a apporté 9 points et 4 passes décisives dans le sillage de la mi-temps ;
- Valériane Ayayi, seule joueuse au-dessus de vingt minutes sur le parquet, a ajouté 9 points en 22 minutes et 6 secondes.
La répartition des temps de jeu est peut-être l’enseignement le plus solide de la soirée. Un seul dépassement de la barre des vingt minutes, sur un match de quarante : toutes les joueuses du groupe ont foulé le parquet, ce qui a permis au staff de faire tourner sans jamais perdre le contrôle du match.
Cette rotation large tient à une contrainte que les Bleues traînent depuis le début de leur préparation, et qui pesait déjà sur les dernières semaines de rassemblement.
Un groupe qui n’a eu qu’une semaine pour apprendre à se connaître
Le calendrier de la WNBA a repoussé l’arrivée des cadres tricolores jusqu’aux derniers jours d’août. Dominique Malonga n’a rejoint Berlin qu’en soirée, la veille de la réunion de lancement, et le groupe compte moins d’une semaine de vie commune avant d’attaquer une compétition de dix jours. La quête d’automatismes sera l’un des chantiers du tournoi.
Pour les plus jeunes, cette compression du temps ressemble surtout à une porte qui s’ouvre. Carla Leite, 22 ans et seulement quatre sélections, dispute à Berlin sa première compétition internationale avec les A, après un titre européen avec les U20 en 2023.
J’essaie de ne pas trop me mettre trop de pression, c’est juste beaucoup de fierté de pouvoir représenter mon pays. Nous avons un bon groupe, j’ai juste une hâte de commencer demain.
Carla Leite, entretien publié par la Fédération française de basketball le 4 septembre 2026, la veille de son premier match de Coupe du monde
Corée du Sud puis Nigeria, la course à la première place du groupe B
Le calendrier ne laisse aucun répit : les Bleues retrouvent le parquet dès ce samedi 5 septembre à 20 h 45 face à la Corée du Sud, avant de clore la phase de poules contre le Nigeria lundi à 14 h 30. Les Sud-Coréennes ont elles aussi gagné leur premier match, ce qui installe un duel direct pour la tête du groupe B dès la deuxième journée.
L’enjeu dépasse le simple prestige du classement. Terminer premières ouvre un accès direct aux quarts de finale et évite un tour supplémentaire, dans un tournoi qui enchaîne les rencontres sur dix jours. Vous l’aurez compris : chaque match économisé vaut une journée de récupération pour un effectif qui n’a pas eu le temps de digérer sa saison WNBA.
Le format resserré de cette Coupe du monde, seize équipes réparties en quatre groupes, rend d’ailleurs les phases de poules plus tranchantes qu’auparavant. Une contre-performance et l’ordre du tableau bascule, comme le rappelle chaque édition depuis l’élargissement du format.
Une médaille mondiale que la France attend depuis 1953
Derrière la démonstration du 4 septembre se cache une anomalie statistique. Argentées aux Jeux de Paris, régulièrement médaillées à l’échelon européen, les Françaises n’ont plus rien ramené d’un championnat du monde depuis 1953. Soixante-treize ans sans podium mondial, pour une nation qui figure pourtant parmi les plus régulières du continent, dit la difficulté d’une compétition où les États-Unis et l’Australie ont longtemps verrouillé les places.
Ce décalage a une conséquence très concrète pour la pratique. Chaque parcours des sélections nationales se lit ensuite dans les gymnases : la France a franchi la barre des 17,2 millions de licences sportives dans le sillage de Paris 2024, et le basket compte parmi les disciplines qui en profitent le plus, avec ce que trois entraînements hebdomadaires apportent de capital cardiovasculaire et d’équilibre chez les adolescentes. Les Bleues jouent donc autre chose qu’un tournoi : elles jouent la visibilité d’un sport professionnel féminin qui vient tout juste d’obtenir son propre cadre juridique en France, et dont l’audience se construit sur des soirées comme celle de Berlin. Le détail des rencontres et des statistiques est suivi en direct sur le site de la Fédération française de basketball, pendant que les Bleus de Victor Wembanyama poursuivent, eux, leur campagne de qualification pour le Mondial 2027.
