Le premier tour de l’US Open s’est achevé lundi soir sur les courts de Flushing Meadows, et le bilan français tient en peu de lignes. Sept jours après avoir soulevé le trophée du Masters 1000 de Cincinnati, Arthur Fils a quitté New York dès son entrée en lice, battu par Stefanos Tsitsipas. Le contingent tricolore s’est réduit de moitié en quarante-huit heures.
Un premier tour de Grand Chelem oppose 128 joueurs sur trois jours, avec une règle simple : une défaite et le tournoi s’arrête. Les têtes de série y sont théoriquement protégées par le tirage, ce qui rend chaque sortie précoce d’un joueur classé d’autant plus visible. L’édition 2026 en a déjà produit plusieurs, à commencer par l’élimination de Novak Djokovic dès son premier match.
Le tournoi se poursuit jusqu’au 13 septembre, et les Français encore en lice tiennent désormais dans les doigts d’une main. Que retenir vraiment de ces deux journées pour le tennis tricolore ?
Arthur Fils, la chute du favori désigné
Tête de série numéro 10 et onzième joueur mondial, le Francilien abordait ce tournoi avec le statut d’outsider crédible après son titre à Cincinnati. Il menait d’ailleurs une manche à rien et 5-2 dans la deuxième face à Stefanos Tsitsipas, avant de perdre son service au moment de conclure. Ce jeu perdu a fait basculer toute la rencontre.
Le Grec n’a plus rien lâché ensuite. Il a remporté le tie-break sans concéder le moindre point sur son engagement (7-3), puis a déroulé dans la troisième manche (6-1) avant de breaker deux fois dans la quatrième. Score final : 4-6, 7-6(3), 6-1, 6-4, et une première victoire en six confrontations contre le Français.
Pour Stefanos Tsitsipas, ce succès met fin à trois années sans victoire contre un membre du top 20 en Grand Chelem. Pour Arthur Fils, il prolonge un rapport compliqué avec ce tournoi, où son sacre récent à Cincinnati laissait pourtant espérer un premier vrai parcours. Il n’a jamais dépassé le deuxième tour à New York.
Ce que son adversaire disait de lui la veille
La veille du match, l’entraîneur de Stefanos Tsitsipas plaçait pourtant le Français parmi les trois favoris du tournoi, dans un entretien accordé à un quotidien sportif français. Patrick Mouratoglou, qui avait déjà dirigé le Grec en 2021, y détaillait longuement ce qui distingue le jeu du Tricolore sur le circuit.
Il n’a pas de point faible. Il y a une espèce d’intensité, de puissance qui est impressionnante. Il envoie vraiment au service. C’est le mec qui frappe de loin le plus fort sur le circuit. Il faut que le corps puisse suivre, c’est tout.
Patrick Mouratoglou, entraîneur de Stefanos Tsitsipas, entretien à L’Équipe publié le 31 août 2026
Le jugement n’a pas empêché son joueur de trouver la parade. La lecture de Patrick Mouratoglou insistait sur la puissance et sur la nécessité que le physique suive : c’est précisément sur la durée que le Français a lâché prise, incapable de tenir son niveau une fois le deuxième set envolé.
Les Tricolores sortis dès l’entrée
Le premier tour a fait beaucoup de dégâts dans les rangs français, hommes et femmes confondus. Le décompte des sorties donne la mesure du week-end :
- Arthur Fils, tête de série numéro 10, battu par Stefanos Tsitsipas en quatre manches ;
- Hugo Gaston, dominé en trois sets par Daniil Medvedev (6-4, 6-2, 6-4) ;
- Terence Atmane, sorti au terme de cinq manches face à l’Espagnol Jaume Munar ;
- Giovanni Mpetshi Perricard, éliminé lui aussi d’entrée ;
- Loïs Boisson et Elsa Jacquemot, battues dans le tableau féminin ;
- Ugo Humbert, forfait avant même de disputer son premier match.
Le cas d’Ugo Humbert pèse doublement. Son forfait s’ajoute à une saison déjà difficile, sanctionnée cette semaine par une sortie du top 30 au classement ATP. Le tennis masculin français perd ainsi son deuxième meilleur classé avant même le début du tournoi.
Deux joueurs ont sauvé la mise le premier jour. Luca Van Assche a écarté la tête de série Cameron Norrie (6-7, 6-2, 6-2, 6-3) et Arthur Rinderknech est venu à bout du Japonais Sho Shimabukuro (6-7, 6-2, 7-6, 6-2), tous deux après avoir perdu la manche initiale.
Mannarino, 38 ans et une remontée en trois heures cinquante
Le rescapé le plus inattendu s’appelle Adrian Mannarino. Mené deux manches à rien par l’Argentin Thiago Agustin Tirante, le gaucher a renversé la rencontre pour l’emporter 4-6, 3-6, 6-3, 6-3, 6-3, au terme de 3 heures et 51 minutes de jeu.
Les statistiques racontent une victoire construite sur la patience plutôt que sur la puissance. Le Français n’a signé que 23 coups gagnants contre 45 à son adversaire, mais a profité des 71 fautes directes de l’Argentin, dont 16 doubles fautes. À 38 ans, il reste le vétéran du groupe tricolore et retrouvait un tournoi où il avait atteint les huitièmes de finale l’an dernier. Son deuxième tour l’oppose au Kazakhstanais Alexander Bublik, tête de série numéro 15.
Un tableau masculin déjà déséquilibré
Les Français ne sont pas les seuls à avoir trébuché. L’élimination de Novak Djokovic, quadruple vainqueur du tournoi, constitue sa première sortie au premier tour d’un Grand Chelem depuis vingt ans et ouvre en grand la moitié de tableau concernée.
Carlos Alcaraz, lui, a assuré sans trembler face à Roman Safiullin (6-4, 6-4, 6-4). L’Espagnol reste le favori désigné d’un tournoi doté cette année de 108 millions de dollars de prize money, un record absolu pour une épreuve de tennis.
Ces sorties précoces redessinent les projections faites avant le tirage. Elles rappellent aussi qu’un premier tour de Grand Chelem sur dur, joué en cinq manches et souvent sous forte chaleur, reste l’un des exercices les plus exigeants du circuit. Les corps y sont testés autant que les nerfs.
Ce que ces sorties coûtent au tennis français
Le simple français attend toujours un vainqueur de Grand Chelem depuis Yannick Noah à Roland-Garros en 1983. La génération actuelle, portée par des joueurs nés après 2000, dispose du meilleur réservoir depuis longtemps, et la Fédération française de tennis a fait de cette percée internationale un objectif affiché.
Les défaites d’entrée pèsent sur le classement autant que sur le moral. Un joueur sorti au premier tour d’un Majeur perd des points, du temps de jeu au plus haut niveau et une part de la confiance qui se construit précisément dans ces matchs. Le décalage entre le potentiel et les résultats en Grand Chelem constitue le vrai sujet de la saison tricolore.
Reste que le tournoi continue et que trois Français restent en course, avec un tirage dégagé de plusieurs favoris. La prochaine quinzaine dira si cette génération sait transformer une entame ratée en parcours inattendu, ce que le tennis français n’a plus fait depuis longtemps sur le ciment new-yorkais.
