Le dernier tournoi du Grand Chelem de la saison ouvre ses tableaux ce dimanche 30 août à New York, et se termine le 13 septembre. Deux semaines sur le dur de Flushing Meadows, quatre Françaises dans le tableau dames, et une affiche de premier tour qui a fait lever un sourcil dès l’annonce du tirage : Arthur Fils contre Stéfanos Tsitsipas.
Le Français arrive pourtant dans la meilleure forme de sa carrière, une semaine après avoir décroché son premier Masters 1000. Le Grec, lui, n’est plus que 53e mondial, mais reste un ancien numéro 3 et un double finaliste de Grand Chelem. À l’échelle d’un tournoi qui dure deux semaines, faut-il vraiment craindre un tirage de premier tour quand on vient de gagner le plus gros titre de sa vie ?
Un premier tour qui ressemble déjà à un huitième de finale
Le tirage a livré son verdict le 27 août. Arthur Fils, 11e mondial et meilleur classement de sa carrière, hérite d’un adversaire que la logique des têtes de série n’aurait pas dû placer là. Tsitsipas, sorti du top 50 puis revenu à la 53e place, n’était plus protégé par un statut de tête de série : il pouvait donc tomber sur n’importe qui, et il est tombé sur le Français le plus en forme du moment.
Les précédents penchent nettement d’un côté. Fils a remporté leurs cinq confrontations, dont un 6-0, 6-1 à Miami cette saison, un score qui laisse peu de place à l’interprétation. Le Grec, de son côté, n’a jamais dépassé le troisième tour à New York en une décennie de participations, alors qu’il a atteint deux finales de Grand Chelem ailleurs.
Reste que la suite du tableau ne s’allège pas pour le Français. Il évolue dans la partie de Carlos Alcaraz, et son parcours théorique croise plusieurs joueurs du top 10 avant les quarts. Le titre décroché à Cincinnati, obtenu face à Frances Tiafoe en finale (6-3, 1-6, 6-0), lui a donné le classement, pas un tableau facile.
Tsitsipas a fait venir du renfort dans son box
Le Grec n’a pas attendu pour réagir. Depuis la séparation professionnelle d’avec son père Apostolos, fin juin, son travail quotidien est assuré par Thomas Perrin, avec Patrick Mouratoglou en superviseur du projet. Le technicien français a annoncé qu’il ferait le déplacement à New York pour suivre le tournoi depuis le banc, et pas depuis la distance.
Je suis à l’aéroport, en route pour New York, où je vais m’occuper de Stefanos Tsitsipas à l’US Open avec Thomas Perrin.
Patrick Mouratoglou, story Instagram annonçant son départ pour New York, 27 août 2026
Cette organisation avait déjà produit un effet visible : le 19 juillet, Tsitsipas remportait l’ATP 250 de Gstaad contre Raphael Collignon (6-4, 6-7(3), 6-3), son premier trophée depuis près de dix-sept mois et le treizième de sa carrière. La tournée américaine qui a suivi a été nettement moins convaincante, jusqu’à une élimination en huitièmes à Winston-Salem. Un joueur en reconstruction reste imprévisible, et c’est ce qui rend l’affiche intéressante.
Quatre Françaises, quatre premiers tours très différents
Côté dames, le contingent tricolore s’est arrêté à quatre joueuses, aucune n’étant sortie des qualifications. Voici leurs adversaires du premier tour, telles que le tirage les a désignées :
- Loïs Boisson, entrée grâce à son classement spécial, affronte Emma Navarro, tête de série numéro 26 et demi-finaliste à Flushing Meadows en 2024 ;
- Diane Parry, 50e mondiale, joue Viktorija Golubic, l’obstacle le plus abordable sur le papier ;
- Elsa Jacquemot se mesure d’emblée à une tête de série, Marie Bouzkova, classée 25 ;
- Léolia Jeanjean, invitée au titre de l’accord réciproque entre la Fédération française de tennis et son homologue américaine, ouvre contre une qualifiée.
La dernière Bleue encore en lice dans les qualifications, Clara Burel, a été éliminée mercredi par Qinwen Zheng (6-1, 7-5). Le tableau dames se joue donc à quatre, un chiffre modeste au regard des standards français des années 2010.
Diane Parry aborde ce rendez-vous avec un argument que personne n’avait vu venir : elle vient de disputer la première finale WTA de sa carrière, à Monterrey.
Ce que le tirage dit du tennis français en 2026
Le tennis tricolore vit une séquence particulière. Il n’a plus de joueur installé durablement dans le top 10 mondial, mais il aligne une génération dense autour de la vingtaine, dont Arthur Fils est aujourd’hui la locomotive avec un Masters 1000 décroché en Ohio. Un premier tour contre un ancien numéro 3 mondial devient, dans ce contexte, une bonne mesure de solidité.
Cette édition new-yorkaise avait déjà fait parler d’elle avant même le premier échange, avec une enveloppe de prix portée à un niveau jamais atteint et une semaine d’exhibitions qui a précédé le tournoi, dont un double mixte transformé en spectacle de deux jours. Le simple reprend maintenant ses droits, avec ses règles et ses tableaux consultables sur le site officiel du tournoi.
Fils et Tsitsipas, deux trajectoires qui se croisent
Sur le papier, les deux hommes n’occupent pas du tout la même place dans la hiérarchie. Quatre repères suffisent à situer ce que chacun amène sur le court dimanche.
| Repère | Arthur Fils | Stéfanos Tsitsipas |
|---|---|---|
| Classement ATP actuel | 11e | 53e |
| Meilleur classement en carrière | 11e | 3e |
| Dernier titre | Masters 1000 de Cincinnati, août 2026 | ATP 250 de Gstaad, juillet 2026 |
| Confrontations directes | 5 victoires | aucune victoire |
Le tableau penche d’un côté, mais il ne dit rien de l’usure d’un joueur qui enchaîne. Fils sort de deux semaines exigeantes à Cincinnati, avec la fatigue et l’attente que produit un premier grand titre.
Deux semaines qui pèsent lourd dans une saison
Un tournoi du Grand Chelem se joue au meilleur des cinq manches chez les hommes, avec parfois trois heures et demie de jeu sous une chaleur new-yorkaise qui a déjà fait tomber des favoris. La capacité à récupérer entre deux matchs y compte autant que le niveau de jeu, et c’est souvent la troisième semaine de tournée américaine qui trie les joueurs.
Pour les quatre Françaises, l’enjeu est d’une autre nature. Un tour passé à ce niveau représente un saut de plusieurs dizaines de places au classement et un budget de saison sécurisé. Loïs Boisson, revenue par un classement protégé après une longue interruption, mesure exactement ce que représente ce genre de rendez-vous.
Rien de tout cela ne se lit dans un tirage au sort. Ce que la quinzaine va dire, en revanche, c’est si le tennis français dispose aujourd’hui d’un joueur capable d’aller loin dans un Grand Chelem, et non seulement d’y entrer avec le meilleur classement de sa vie. La réponse commence dimanche, sur un court où Arthur Fils n’a encore rien gagné.
