Il pleuvait sur Paris jeudi soir, et l’Accor Arena a pourtant passé la soirée debout. L’équipe de France de basket y recevait la Slovénie pour le deuxième tour des qualifications à la Coupe du monde 2027, ce rendez-vous planétaire qui réunira les meilleures sélections dans deux ans et vers lequel chaque fenêtre internationale fait avancer les nations. Les Bleus l’ont emporté 92-67, sans jamais laisser planer le moindre doute sur l’issue.
Ce genre de match ressemble souvent à une formalité inscrite au calendrier. Celui-ci ne l’était pas : c’était la première rencontre officielle de Victor Wembanyama à Bercy depuis la finale olympique de 2024, et la salle le lui a fait savoir dès l’annonce des cinq de départ. Le pivot de San Antonio a répondu par 22 points, à cinq longueurs de son record en sélection. Que retenir d’une soirée dont le score n’a jamais fait débat ?
Une salle pleine sous l’orage
Les maillots floqués au nom du capitaine ont remplacé les imperméables dans les travées. Près de 16 000 spectateurs avaient rempli l’Accor Arena pour ce France-Slovénie, dans une atmosphère qui tenait davantage du grand soir que de la soirée de qualification.
L’enceinte parisienne occupe une place à part dans la mémoire récente du basket tricolore. Elle a accueilli la finale des Jeux de 2024 face aux États-Unis, puis un succès contre l’Espagne l’été suivant. Y regagner un match officiel avait donc une charge symbolique que les joueurs n’ont pas cherché à minimiser, deux ans après la médaille d’argent olympique.
Un capitaine tout près de son record en bleu
Victor Wembanyama a pris la rencontre à son compte dès les premières minutes. Le natif du Chesnay a inscrit le premier tir à trois points français du match et bouclé la première période avec 14 points et 5 rebonds au compteur, sans avoir eu besoin de forcer son jeu.
Le total final raconte la même histoire : 22 points à 6 tirs réussis sur 10, 9 rebonds et 1 contre. Son record sous le maillot bleu reste fixé à 27 points, marqués le 6 juillet 2024 à Cologne contre l’Allemagne, pendant la préparation olympique. Il en avait passé 26 aux États-Unis lors de la finale des Jeux, dans cette même salle.
Capitaine depuis cette fenêtre estivale, l’intérieur occupe désormais un rôle qui dépasse largement sa production statistique. Le sélectionneur Frédéric Fauthoux l’a aligné en pivot pur aux côtés de Jaylen Hoard, plutôt que de l’associer d’emblée à Rudy Gobert. Ce choix a donné le ton du match, avec un 11-3 après quatre minutes et une salle déjà acquise.
Son parcours éclaire une partie de cet engouement. Formé à Nanterre, passé par l’ASVEL puis les Metropolitans 92, il a été choisi en tête de la draft NBA 2023 par les Spurs et n’a manqué aucune occasion de revenir en sélection depuis son retour en bleu au début de l’été. Sa seule présence modifie l’économie d’une équipe, autant par la menace au cercle que par la dissuasion qu’il installe dans la raquette.
Ce que dit la feuille de match
Le score final masque un déséquilibre que les statistiques rendent plus lisible. Cinq données résument la soirée des Bleus face à une Slovénie sans répondant physique à l’intérieur.
- 54-35 à la mi-temps, soit 19 points d’avance déjà installés ;
- 22 points, 9 rebonds et 1 contre pour Victor Wembanyama ;
- 13 points chacun pour Matthew Strazel et Maxime Raynaud, avec 6 passes décisives pour le premier ;
- 9 points, 7 rebonds et 2 contres pour Rudy Gobert ;
- 7 tirs primés réussis sur 34 tentés, soit 20,6 % de réussite à trois points.
Ce dernier chiffre reste la fausse note d’une soirée par ailleurs maîtrisée. Une adresse extérieure à 20,6 % ne pardonne pas contre des adversaires du calibre de la Serbie ou de l’Espagne, et le staff le sait.
Les Bleus ont compensé par leur agressivité vers le panier, avec un secteur intérieur très rentable sur la ligne des lancers francs tout au long de la rencontre.
Le duo Wembanyama-Gobert avance à petits pas
L’association des deux plus grands joueurs du groupe reste le chantier de l’été. Testée sur une dizaine de minutes contre les Slovènes, elle a mieux fonctionné que lors des deux répétitions disputées face à la Serbie, où le tandem avait paru se marcher dessus. Deux pivots de cette taille sur le terrain posent un problème de spacing que peu de sélections savent résoudre.
C’est vraiment difficile de faire 40 bonnes minutes quand on mène de 25 points à la mi-temps. Mais ce soir, nous les avons faites, ces 40 bonnes minutes. Nous sommes restés concentrés, avons fait du bon travail défensivement d’abord, puis offensivement bien sûr.
Frédéric Fauthoux, sélectionneur de l’équipe de France, en conférence de presse après France-Slovénie, le 27 août 2026 à Paris
Le sélectionneur a insisté sur la dimension stratégique de ce choix face à une équipe amoindrie dans le secteur intérieur. Les automatismes se construisent match après match, et chaque minute passée ensemble compte pour un groupe qui ne se retrouvera pas avant l’été prochain.
Une équipe en construction avant le Mondial 2027
Le succès de Bercy porte le bilan des Bleus à six victoires en sept rencontres de qualification. La France conserve la tête de son groupe et poursuit la campagne de qualification engagée depuis plusieurs fenêtres, avec un billet pour le Mondial 2027 qui se rapproche sans être encore acquis.
Le déplacement de dimanche en Suède refermera cette fenêtre estivale. L’adversaire scandinave a déjà battu la Finlande chez elle, ce qui suffit à écarter l’idée d’une formalité, selon le compte rendu publié par la Fédération française de basket-ball.
La suite ressemblera à un long tunnel. Les internationaux repartent vers leurs clubs, la NBA reprend, et le groupe ne se reformera qu’au prochain été. Construire une équipe sur quelques jours par an reste l’exercice le plus ingrat du basket international, et la France n’y échappe pas.
Ce que le basket français gagne à remplir Bercy
Une salle comble un jeudi soir de fin août, pour un match de qualification sans enjeu immédiat, dit quelque chose de l’état du basket dans le pays. La finale olympique de 2024 a laissé des traces, et les clubs le mesurent chaque rentrée dans leurs inscriptions.
Le sport collectif a cette particularité de transformer un résultat en pratique. Un enfant qui a vu ce match jeudi soir poussera peut-être la porte d’un gymnase en septembre, et il y trouvera bien plus qu’un ballon : les recommandations officielles fixent à 60 minutes par jour l’activité physique nécessaire aux plus jeunes, un seuil qu’un entraînement hebdomadaire ne suffit pas à atteindre mais qu’il aide à installer. La visibilité d’une équipe nationale reste le meilleur recruteur dont disposent les clubs amateurs.
Reste à savoir ce que produira l’attente, longue, qui sépare cette soirée du prochain grand rendez-vous. Les Bleus disputeront la Coupe du monde 2027 avec une génération qui n’aura eu que quelques dizaines de matchs pour apprendre à jouer ensemble, et Bercy aura joué son rôle de chambre d’écho dans cette construction.
